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Publié par dix vins blog

Orfèvre à Shiraz, fameuse ville de Perse, le nommé Azar possédait une maison en banlieue qu’il vendit à son ami Tibal. Ce Tibal, retiré des affaires,  avait acquis une honorable aisance dans le commerce des pierreries. Veuf, il avait acheté cette maison pour y vivre avec sa fille unique.

Tibal était un jour dans son jardin à rêver, quand il fut surpris par un violent orage. Il n’eut que le temps de gagner un petit salon de l’habitation, pour ne pas être tout trempé par la pluie.  Une lourde averse tombait à grosses gouttes sous un sombre ciel sillonné d’éclairs tragiques.

Avec fracas un coup de foudre renversa un pan de mur du petit salon ; et,  terrifié Tibal faillit être enseveli sous les pierres écroulées.

Heureusement, il n’était pas blessé, rien qu’étourdi. Quand il revint à lui, ce fut pour ses yeux un émerveillement.

Il voyait autour de lui une grande quantité de bourses remplies d’or, lesquelles provenaient d’une sorte d’armoire secrètement placée dans l’épaisseur du mur détruit.

Le lendemain matin, il s’en fut à Shiraz chez son ami l’orfèvre.

- Azar, lui dit-il, remercie le ciel qui te fit vendre ta maison de campagne à un homme que les richesses ne tentent pas, et viens te rendre maître d’une fortune qui t’appartient légitimement.

Et il lui raconta l’éboulement de la veille, en ouvrant l’un des bourses qu’il avait apporté avec lui.

- Vois, lui dit-il,  un échantillon de cette fortune que tu possédais à ton insu. Cette bourse contient mille pièces d’or et il y en a 199 toutes pareilles.

Azar regarda Tibal avec surprise, mais aussi généreux que son ami :

- Pourquoi viens-tu me tenter ? Me crois-tu donc assez injuste pour accepter ton offre ?  la maison que je t’ai vendue n’est plus à moi. Ne m’en as-tu pas payé entièrement le prix ?

- Si fait Azar mais…

- Il n’y a pas de mais ! tant pis pour moi si ma maison contenait un trésor, je n’ai plus aucun droit sur elle, et c’est donc tant mieux pour toi !

- Pourtant…

-  Non et non, Tibal, je ne veux rien entendre. Remporte cette bourse chez toi, sans plus chercher à m’éblouir avec ce vil métal. Si la maison que je t’ai vendue avait été consumée, hier, par le feu du ciel,  m’aurais-tu demandé de te la faire rebâtir ?

- Prétention folle ! reconnut l’ancien marchand de pierreries.

- Eh, bien mon cher ami, dit Azar, pour la même  raison, le trésor découvert par l’écroulement de ce pan de mur ne doit appartenir qu’à l’actuel propriétaire de la maison. N’en parlons plus !

Or bien que l’intègre Azar demeurât ferme dans son refus, Tibal, lui, n’en démordait pas. Il insista tellement qu’ils adoptèrent le parti d’aller trouver le cadi et lui soumettre leur différend.

Le cadi en admiration devant leur mutuel désintéressement les conduisit devant le trône du souverain, lequel, après un minutieux interrogatoire,prononça le jugement que voici :

- Puisque personne n’en veut, ce trésor m’appartient, mais je ne veux pas être moins généreux que mes sujets. J’en donne donc un tiers aux pauvres gens de ma bonne ville de Shiraz. Quant aux deux autres tiers, ils reviendront au fils d’Azar et à la fille de Tibal, à la condition qu’ils s’unissent par le mariage, s’ils n’ont pas d’inclination opposée.

Obéissant joyeusement  au désir de ce sage monarque, les deux jeunes gens furent mariés sur-le-champ.

Voilà bien le monde tel qu’il devrait être, et tel sans doute que jamais on ne le verra.

F.

Almanach Vermot 1938 - Le trésor imprevu, une légende orientale
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