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Publié par ph.Guillaume

Andrew Mc Laglen grandit dans le vivier et c'est tout naturellement qu'il devint l'assistant de John Ford avant de passer à la mise en scène, investi du devoir d'entretenir la flamme et de servir au mieux les copains de son père le grand Victor.

C'est tout aussi naturellement qu'en 1963, alors qu'il allait s'attirer les foudres de la gauche américaine en votant pour Barry Goldwater que le " Duke "confia au jeune Andy la réalisation de ce " Mc Lintock " qui, après l'épopée d' " Alamo ", présente sur le mode de la comédie les grandes lignes de sa vision du monde.

Comme Chisum, Mc Lintock est un " cattle baron ", un empereur sans couronne qui règne sur les terres environnantes  et la ville à laquelle il a donné son nom. Autour de lui, quelques survivants des temps héroïques et tragiques de la conquête de l'ouest : Drago, son bras droit, le commerçant Burnbaum et les ennemis d'hier, vaincus mais respectés : les indiens ( on reconnaît toute l'équipe des navajos de John Ford ).

 Tous les problèmes de société sont désamorcés, pas besoin d'antiracisme quand les protagonistes se saoulent ensemble, pas d'antagonisme générationnel, il suffit d'un peu de bon sens pour règler tout ça.

Une jeune fille disparaît, on accuse les indiens mais le temps de " La prisonnière du désert "   et des " Deux cavaliers " est terminé, une enquête rapide révèle que la gamine est allée conter fleurette au clair de lune.

Pendre un vieil indien pour ça ? Quelle connerie ! et l'affaire se termine dans une bagarre homérique où la boue remplace les tartes à la crème du bon vieux " Splastick ".

 

Et les femmes dans tout ça ? ( Maureen O'Hara et Yvonne de Carlo beautés mûrissantes et épanouies coiffent sur le poteau la jeune Stéphanie Powers).

Elles se font fesser comme d'habitude, recouvertes de mélasse et de plumes. On aurait tort d'agiter le spectre du machisme car dans cette guerre des sexes Maureen tient la dragée haute à son ex mari, son snobisme de femme de l'est n'est qu'une posture dont elle se débarrasse assez vite quand elle rejoint le vieil Ouest, dénoue ses cheveux et retrouve la sensualité qui était la sienne dans ses films d'aventures " orientaux " ou " maritimes ".

La bonne éducation de pimbèche vole en éclat comme la porte de la chambre, et, décolletée, les jambes nues (1) dans le foin, elle se donne avec un zeste de coquinerie comme si elle avait lu " L'éloge de la fessée "de Jacques Serguine (2). On envie le Duke qui, ivre et heureux roule dans l'escalier pour se retrouver cul par dessus tête avec Yvonne et Maureen...

Les gandins de l'Est ne sont pas ménagés, pas plus que les politiciens d'où vient tout le mal : gouverneur, directeur du bureau des affaires indiennes tout juste bons à recevoir des oœufs pourris sur la tronche !

Quant aux jeunots...Patrick Wayne est moins tête à gifles que d'ordinaire et Stéphanie Powers, la future Jennifer Hart de " Pour l'amour du risque ", moins nunuche que les jeunes premières habituelles de cette " comédia dell'arte " de l'Ouest où on revoit toute la famille, premiers et seconds rôles confondus : Chill Wills, Edgar Buchanan, Stother Martin, Michael Pate, Bruce Cabot, toutes les vieilles connaissances de la Batjac, maison de production de Wayne, et cette complicité s'étend à l'équipe technique puisque les splendides extérieurs sont encore photographiés par le grand William H.Clothier.

Tout cela véhicule l'image de la société américaine de 1963 selon John Wayne, une société qui ne connaît pas sa chance et qui plutôt que de se chercher des poux dans la tête ferait mieux de regarder le chemin parcouru depuis les origines.

Naïf et utopique ? Sans doute, mais à coup sûr jubilatoire !

 

                                                                                    

(1)Dans le bonus du DVD Maureen O'Hara sous-entend qu'on aurait pu aller plus loin mais qu'il fallait tout de même rester dans les limites d'un spectacle " familial."

(2)Vous saurez tout sur les vertus de la fessée en lisant outre les " Confessions " de Jean-Jacques Rousseau, bien sur, l'excellent petit bouquin de Jacques Serguine: " Eloge de la fessée " aux éditions Folio.

 

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