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Publié par H.Bouziane

057.jpgUn cri strident déchira le silence de la nuit, John Venture, fraîchement assoupi, loin d'être saisi par les profondeurs du sommeil, promptement éveillé par la tonalité aiguë de cette vibration sonore insolite, souleva d'une tension extrême la globalité de son corps meurtri par de longues heures de déambulations pédestres configurées par le tracé d'une errance sans destination précise. Depuis plus d'un mois lunaire, il arpentait seul les pistes tourmentées de ce no man's land, semi-désertique. La peur d'une quelconque rencontre, vissée au ventre, lui permettait d'accomplir une performance d'avancée kilométrique, inégalée dans les annales éthiopiennes.


Et voici qu'au coeur des ténèbres, pourtant si proche d'une délivrance pieusement souhaitée, lui, John Venture, roi des aventures de toute nature, se voyait rattrapé dans le sillage des affres d'une déchirure sonore inhumaine, par la cohorte noire et mystérieuse de l'infra-monde. En ses intérieurs et par le chuchotement de quelques jurons intraduisibles ici, il maudissait le jour fatidique où sa famille et ses amis les plus chers s'étaient réunis en un cénacle des plus secrets, dans le but de délibérer et de voter, après une savante étude, la décision acceptable par tous, en ce qui concerne le choix approprié d'un présent à son égard, pour célébrer et couronner quarante années de vie ordinaire.
Lors de la cérémonie d'anniversaire surprise, organisée par les mêmes protagonistes de la mise en valeur des idées lumineuses, il reçut solennellement des mains maternelles le cadeau d'exception, sous un tonnerre de hourras et d'applaudissements ininterrompus.

La chose se résumait à une invitation au voyage et quel voyage ! Monsieur ! Un de ceux que l'on rêve les yeux écarquillés. Le billet, bien caché sous quelques colifichets fantaisistes de circonstance, se dévoilait sous l'entrave d'une enveloppe cachetée à la cire royale. La missive, confectionnée sur papier de riz longs grains, laissait entrevoir le tracé de lettres latines dorées à l'or fin, de facture manuelle, elles révélaient à leur lecture une étrange formulation verbale, laissant planer dans les esprits les questionnements divers et variés, dus aux provocations énigmatiques d'un vocable secret, que voici pour l'occasion : " l'ultime voyage intérieur de votre vie, ici et nulle part, mais assuré d'un retour " et , agrémenté d'une déclaration, des plus familières que voilà :
" Sentiments offerts par la famille Venture et la congrégation des amis réunis de John V. à l'occasion de ses quarante hivers ". Pour les remerciements attendus en de pareilles circonstances, l'étrange parchemin miniature, laissait entrevoir en bas de page la signature de chacun des protagonistes.

 

Malheureusement l'idée même de quelques embrassades chaleureuses, surgissant de l'esprit de John, fut spontanément annihilée par un changement instantané et radical de décor, la salle à manger familiale, transformée en salle des fêtes, à l'occasion, pourtant connu et reconnu dans toute son architecture par notre homme, s'estompa en une fraction de seconde, de même que la présence des convives, gommés par la magie de l'événement.


John Venture et ses quarante ans de vie ordinaire se retrouvaient funestement transportés, corps et âme, au milieu de nulle part en une région à l'identique, de par ses aspects géologiques, de ses plaines semi-désertiques du Nouveau Mexique.
L'expérience incluait un changement vestimentaire, l'habillement de citadin en fête de Venture laissait place à une panoplie complète d'aventurier et pas des moindres puisqu'il devenait le roi incontesté de l'aventure de toute nature, par la grâce portée de cet accoutrement saillant. Passons sur la description, une simple référence à Indiana Jones suffira.


John Venture, surpris par cet étrange décalage spatio-temporel, s'essaya à rationaliser la situation, en premier lieu par une étude topographique visuelle du lieu. Suite à une rotation giratoire sur lui-même, égale à trois cent soixante degrés, la lunette d'observation rivée à l'oeil gauche lui révélait une vaste plaine de verts cactus et de noirs épineux, balayée  d'une brise du soir, qui annonçait le crépuscule caractérisé par un ciel teinté de gris et de bleu de Prusse à l'hémisphère est et orangé et à celui de l'ouest, où se mourait le soleil, circulairement, par la dentelle stylisée de vagues chaînes montagneuses enneigées en leurs sommets. En cette heure d'entre chien et loup, l'air demeurait étrangement doucereux, John Venture, esseulé en cette contrée, pour donner le change à un étrange vague à l'âme prit la décision de s'asseoir à même le sol terreux.


Il se situait exactement au centre de ce territoire oublié des hommes, loin de trouver la paix, ses multiples et agiles pensées spéculatives ne purent endiguer l'inquiétude sourde qui le submergea, d'être là et nulle part ailleurs, au centre de lui-même extériorisé par cet environnement périphérique.


Les larmes se mirent à couler abondamment sur les joues burinées par le renoncement et le ressentiment d'une vie ordinaire. Malgré le flot sonore de l'écoulement lacrymal, une voix forte se fit entendre emplissant l'espace tout alentour, masculine et chaude, elle tint ce langage : " John Venture, le roi de l'aventure ". Tel un slogan publicitaire elle résonnait en un écho fractal dans l'atmosphère de ce pays de nulle part.


Requinqué par la sentence d'intervention céleste, John Venture sécha du revers de la main gauche, les pleurs indignes de sa nouvelle nature. Maintenant il lui restait à découvrir la mission inhérente à toute raison d'être de l'aventure avec un grand " A ". La définir par soi-même serait une attitude contraire, indigne de sa nouvelle stature aventurière.
La voix angélique se fit de nouveau entendre : " John, John Venture, tu te dois de visualiser l'ultime passage, de déjouer la force noire et sa cohorte démoniaque et de passer à la circonférence suivante, ou bien mourir en cette basse fosse maléfique ".


Ni une, ni deux, le frisson d'une telle perspective redoutable lui donna l'impulsion du départ. Il courait promptement sans s'alourdir d'une quelconque réflexion, ses pieds tels des yeux magiques l'acheminant vers le point de passage intimement chéri d'une délivrance visualisée intérieurement et dopée par la prégnance d'une alchimie trompeuse que l'on nomme désir absolu.


Le lieu ne se laisse pas si simplement apprivoiser, il avançait en lui-même, ce qui se résumait à tourner en rond autour de soi, il pressentait vaguement la menace d'une présence indescriptible, peut-être l'incarnation de ses propres démons intérieurs, mais son orgueil de roi lui donnait le courage d'avancer coûte que coûte, même dans l'illusion d'un évident sur-place.


L'instant de l'écroulement ne tarda pas à survenir, il terrassa le corps de John Venture, roi de l'aventure, telle une masse informe, le sol stérile de la plaine inhospitalière le recueillit pour que s'accomplisse l'endormissement de ce petit moi en déshérence.


Un cri strident déchira le silence de la nuit, l'alarme incendie de l'hôtel du désert INN venait de retentir, encore ce couillon de Venture, VRP de la Texan Pétroleuse qui s'est endormi, imbibé de sky et la clope au bec ! Pour se faire pardonner il s'en alla rêver, engagé volontaire dans le conflit d'un tout autre désert et ceci le jour même de sa quarantième année de vie ordinaire.


Extrait de la vie Ordinaire de John Venture, roi de l'aventure de toute nature.
2 novembre 2008

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