Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par s. Granjon

Omnibus : des transports peu communs

 

 

 

La  Terrasse : à l’assaut du Grand Nord

 

 

Certains dimanches de 1855, les six petites voitures de la place Royale conduisirent à Bellevue 1900 voyageurs. ‘’ La Compagnie Générale des Voitures de Saint-Etienne voulut doubler la mise.

‘’ Ils partirent  à deux …en guise de renfort il ne s’en trouva qu’un en arrivant au port.  ‘’
Par des vers de Corneille à ce point remaniés, le conseil municipal aurait pu faire le chœur, suite à un  ‘’ couplet  ‘’ du maire lors de la séance du 6 novembre 1855. Mais le sujet apparut trop sérieux pour donner lieu à un semblant d’opérette, fût-ce à la manière d’Offenbach.

Omnibus omniprésent

Les deux entrepreneurs se portant sur les rangs quelques dix mois plus tôt pour fonder  ‘’ le service d’omnibus de Saint-Etienne à Bellevue ‘’avait fondu comme papier monnaie au temps des assignats.
Il ne fut plus question d’aucun candidat : ni du sieur Autin, ni du sieur Pays. Le maire proposa l’unique adjudicataire : Auguste Avril, agent de change à Lyon, agissant pour le compte d’une compagnie dont il se portait garant.

Le premier magistrat lui supposait des reins solides, assez pour lui concéder dix ans du privilège de stationnement sur les places publiques de la ville, autrement dit les arrêts d’omnibus. Quand au reste, le courtier sut faire preuve de persuasion. Une voiture toute les demi-heures ? Allons donc ! Au diable la frilosité ! Et il gagna le maire à sa cause : ce serait un départ à chaque quart d’heure, et cela comme le prévoyait déjà l’horaire, douze heures durant, soit  ‘’ quatre-vingt-seize mouvements de voitures se croisant constamment  ‘’.


 

Histoire de battre le fer…des cerclages de roues pendant qu’il était chaud, l’homme d’affaires lui fit admettre le principe d’omnibus conformes à ceux de Paris, à places d’intérieur et banquette, bonne occasion pour gonfler les tarifs. Il ne fut plus question d’en pratiquer un en semaine, et un autre le dimanche. Ce fut bien l’unique concession faite à un prix uniforme, contrairement aux désirs naguère exprimés par la municipalité. A la façon des bateaux et des chemins de fer il fut créé des classes : pour monter sur la banquette, c’est-à-dire sur l’impériale ouverte à tous les vents, il faudrait s’acquitter de 15 centimes, et de 25 pour s’installer à l’intérieur, soit cinq centimes de plus qu’un plafond initialement prévu uniquement les dimanches et jours fériés.

Ce n’était pourtant pas un montant abusif, compte tenu d’un service élargi : le double de celui proposé au début.
Abandonnée, l’idée d’un transport de Saint-Etienne à Bellevue, avec cette fois une desserte joignant les deux bouts de la ville, de la Terrasse à Bellevue.  Le projet approuvé sans réserve par le conseil municipal, reçut l’autorisation du préfet…et l’enthousiasme de la préfecture que devint Saint-Etienne le 1er janvier 1856. Assurément ce ne fut pas un pur effet du hasard si neuf mois après sa naissance le grand Saint-Etienne, devenu chef-lieu du département, choisissait le 1er janvier pour accorder une concession de dix années consécutives à un service de transport d’une telle ampleur.

De l’audace encore de l’audace….

 

 

 

amg288



L’installation n’en fut pas immédiate :  ‘’ la Compagnie Générale des Voitures de Saint-Etienne ‘’ fit savoir qu’elle mettrait en circulation une nouvelle génération d’omnibus, conformes aux tout derniers sortis à Paris entre le 10 et le 15 mars 1856. Dotés de 14 places à l’intérieur et de 12 en banquette, ils comprendraient, en plus du cocher, un conducteur pour les recettes et la commodité du service.
Sur la place Royale, un inspecteur se tiendrait dans un local spécial afin de recevoir les réclamations des voyageurs.
A peine en action , la Compagnie tricotait déjà d’autres mailles : elle envisageait pour la même période des voitures à deux et quatre places stationnant place Marengo, derrière l’hôtel de ville, pouvant être louées à l’heure ou à la course, avec un tarif identique à celui de Lyon. Et pour le 1er juin, elle prévoyait de desservir l’Ondaine, jusqu’à Firminy, avec un départ à chaque heure, depuis six heures du matin jusqu à huit heures du soir. A la fin février 1856, bien pourvue en voitures et chevaux, elle avait acquis, dans la rue d’Annonay, une large bâtisse pour installer écuries et remises.

La Compagnie n’ignorait pas les débuts difficiles qu’avaient connus ses homologues à Paris, autant qu’à Lyon, pour garnir leurs voitures. Aussi alla-t-elle au-devant du succès, le vendredi 14 mars 1856, jour de l’inauguration : beaux chevaux attelés, et non des rossinantes, cochers et conducteurs en nombre suffisant, très décemment vêtus, voitures gracieuses et confortables, jusqu’aux dossiers de l’impériale. Tant et si bien que les dix omnibus durent, toute la journée, mettre l’écriteau  ‘’ complet  ‘’. quand aux voitures de place, elles furent prises d’assaut.

Le triomphe, hélas, fut de courte durée : dans les premiers jours de juillet 1857, la Compagnie Générale des Voitures de Saint-Etienne avait, dans la ville, cessé de circuler.

Prés d’un quart de siècle plus tard, eut lieu l’étrange résurrection d’un service d’omnibus du centre-ville à Bellevue, appelé car Ripert… et que le public intitula  ‘’ Tramway  ‘’  anticipant un peu un autre modèle, surnommé ‘’ à fumée  ‘’.
Chevaux de trait contre chevaux-vapeur : d’ores et déjà le combat s’annonçait inégal.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article