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Publié par Serge Granjon

 

 

 

 

 

 

D’un côté la marche forcée du gouvernement Laval, à coups de décrets ayant force de lois…En face l’épreuve du feu pour l’unité syndicale, comme un test au serment du Rassemblement populaire…S’engageait dès lors une course contre la montre, où chacun cherchait à déborder l’autre.

 

Puisque la dépression des années 30 semblait s’essouffler, le président du Conseil Pierre Laval jugeait opportun de retrouver l’équilibre budgétaire, par des économies. Les premiers décrets, lancés en juillet, ouvrirent une politique de déflation, pour dégonfler surtout la masse monétaire. Furent diminués les loyers, le prix du gaz et du sac de charbon, ainsi que celui du pain, après entente avec les boulangers. Ce qui prouverait aux salariés une augmentation du pouvoir d’achat et ferait mieux passer la baisse de leurs bulletins de paye. L’exemple fut d’abord donné par l’Etat. Il réduisit les rentes, les traitements et retraites des fonctionnaires. La vague de mécontentement qui s’ensuivit trouva son point d’orgue le dimanche 24 novembre 1935, au cours de la journée nationale contre les décrets-lois.

 

 



 

Vital Descos, Barthélémy Ramier, Antoine Salis et les autres…

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Interdite à Clermont-Ferrand, préfecture du département dont Laval était originaire, la réunion du Cartel des services publics fut autorisée à Saint-Etienne. Le préfet ne fit que refuser le défilé. Par contre le maire Louis Soulié, élu du Front populaire avant l’heure, lui avait donné son accord. Pour montrer son soutien au mouvement, il était présent à la réunion de la Bourse du Travail, prévue le matin du 24 novembre ; la municipalité aussi, dont les adjoints Barthélémy Ramier et Vital Descos. Barthélémy Ramier, qui entrerait le mois suivant au Comité central du Parti Communiste Français, rappela que son parti se tenait à l’avant-garde dans la lutte contre « les décrets-lois de misère ». Pour lui, il fallait en priorité faire payer les riches. Il termina par un appel au maintien du front syndical. Vital Descos, secrétaire adjoint de la Section Française de l’Internationale Ouvrière, lui apporta son appui.

Antoine Salis, aveugle de guerre, était le fondateur-président de la Fédération des non-voyants de France, puis de leur première coopérative et de leur maison de Malataverne en Haute-Loire. Il s’éleva contre la réduction du taux d’aide…jusqu’à lancer un appel pathétique à l’extrême-droite ainsi qu’à l’extrême-gauche, en faveur de tous les aveugles, de guerre ou bien civils. Il évoqua le droit de vivre de ces 700.000 malheureux, avant de conclure par ces mots : « Nous mettrons 300 « cannes blanches » en tête des défilés et nous verrons si les gardes-mobiles oseront nous charger ! »

Ce matin-là en tout cas, il n’y eut pas lieu d’en venir à de telles extrémités. Les deux milliers de manifestants quittèrent dans le calme la Bourse du Travail, après l’adoption de deux ordres du jour : une protestation contre les décrets-lois et une autre contre l’interdiction préfectorale du défilé.

Un baroud d’honneur, sans doute, mais qui valait toujours mieux qu’un baroud…tout court.

Photo : Louis Soulié, Maire de Saint-Etienne de 1919 a1930 puis de 1935 à 1939

Sénateur de la Loire de 1920 à 1933.

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