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Publié par S.Granjon

Un pont flottant

 

Num-riser0073-copie-1.jpgJuste avant le 15 août, chacun se mit à rêver flots, sinon flonflons. A des trains de plaisir, pour le baigneur épris de la mer…ou à des bords de Loire, pour le danseur friand de guinguettes.

 

N’existaient alors ni la journée des « trois huit » (travail, repos et sommeil), moins encore la semaine de quarante heures, sans parler des congés payés. Or, cette année, l’Assomption tombait un mardi. Devant le dilemme posé par la perspective d’un nouveau pont, un mois seulement après le précédent du 14 juillet, les Chambres de commerce furent chargées de trancher. Le calme des affaires, en pleine morte saison, les incita à donner l’exemple.

 

Le pont suspendu…à un fil

 

L’Union des marchands de soie, schappes et coton invita ses adhérents à fermer bureaux et magasins, du samedi 12 août à midi, selon la mode anglo-américaine, au jeudi suivant. Quant à la Caisse d’Epargne, située rue d’Arcole, elle n’allait pas renier…un pont, qui par hasard concernait aussi la fameuse victoire de Bonaparte.

 

La presse, après coup, composa une variation autour du mot. « Moins solidement établi que celui du mois passé, celui-ci était un pont de pierre et celui d’hier un pont suspendu. Beaucoup de gens n’ont pas passé dessus…Ce n’était qu’une passerelle ». Fait est que de nombreux magasins avaient ouvert. Les armuriers n’avaient pas cessé le travail, pressés par la chasse qui allait commencer. Et les administrations, telles que la préfecture ou la trésorerie, avaient retenu leurs employés.

 

Il existait peu de familles, sans femme qui s’appelât Marie. Et l’Assomption servait d’occasion à des retrouvailles. Sur le plan local, le 16 août avait aussi valeur religieuse. Jour de Saint Roch et fête de Saint Etienne, il demeurait souvent chômé. Fidèles à la tradition, les Stéphanois se rendirent à Villeboeuf, où d’ordinaire la place était pleine de baraques foraines. Mais au début de l’après-midi un orage éclata, et jusqu’à dix heures du soir, il n’arrêta presque pas de pleuvoir. Restait à découvrir des merveilles dans une tente à deux sous, ou à courir sa chance vers une « roue » à vaisselle. Tout cela valait mieux qu’un voyage dans la lune d’ailleurs tombé à l’eau, avec une machine qui ne fonctionnait pas.

 

Ainsi s’achevait, morose, un pont prometteur. Transformé en aqueduc, il avait vu lancer des bouteilles à la mer…« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville ». Persistait sur les pavés un clapotis dolent.

 

Serge GRANJON

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