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Publié par s. Granjon

La conquête de l’ouest

 

 

 

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Prévue à l’origine pour les classes populaires, la promenade Marengo intéressa la bourgeoisie. Cependant l’extension du jardin à l’ouest servit, plus encore que celui de l’est, à donner du travail aux rubaniers chômeurs.

Nouvel an 1858. C’était coutume dans les villes de France : semblable aux embruns venus cingler la rive, la foire battait son plein. Sur toute la longueur de la grande artère, de la rue Saint-Louis à la rue de Paris, en passant par celle de Foy, les étalages montaient à l’assaut des boutiques. Place Royale, pantins, poupées et polichinelles côtoyaient les oranges ou bien les sucreries. Tandis que place Marengo d’autres baraques déballaient verreries, porcelaines ou simples poteries. Les commerçants se réjouirent, aux jours blafards d’un hiver que déjà voilait la crise : les affaires furent bonnes.

Et pourtant, l’an suivant, sans même un chant d’adieu, ils se trouvèrent congédiés : le lieu exorcisé des poteries l’encombrant et du prétendu « fumier » laissé par les marchands, l’unique jardin public de la ville se voulait le mail des élégantes. Pour se donner bonne conscience, on cria haro sur la Loire : tout un assortiment, paraît-il, de rebuts de fabriques, de fonds de magasins. L’alibi officiel évoquait l’intérêt général : rendre chaque année la promenade à la population, un mois ou six semaines de plus.
Plus question d’affecter l’une ou l’autre aux seules classes laborieuses. Si les bourgeois possédaient « leur campagne », mot employé à la sauce gagasse, ils ne dédaignaient pas d’y entendre la musique. D’autant plus qu’en mars 1860, il fut question d’ouvrir un second jardin, faisant pendant à celui de l’est.

LE SECOURS DE L’ETAT

Le mois suivant, le projet de l’architecte Boisson fut adopté avec rocailles et bassins, plantations et palissades en fer. En attendant, la conquête de l’ouest s’annonçait difficile : il fallait d’abord faire disparaître les cailloux  tranchants et le sol raboteux dissimulé par une couche de sable.

La main d’œuvre fut facile à trouver : l’espace de deux années, la crise économique amorcée avait pris de l’ampleur. Le 12 mars 1860, le préfet annonçait  au ministre de l’Intérieur l’existence de 18 à 20000 ouvriers sans travail dans l’industrie rubanière de Saint-Etienne. Et il sollicitait un secours de l’Etat pour les plus nécessiteux. Le ministre accorda une subvention de 40000 francs, imputable sur un crédit extraordinaire : deux millions récemment alloués, destinés à aider les communes et les établissements charitables. Somme quadruplée par rapport aux 10000 francs prévus pour le jardin à l’est de la place. Le préfet le rappela sans équivoque : « ce secours devra être exclusivement affecté aux travaux de terrassement à effectuer pour convertir en square la place Marengo ». En soutenant la lutte contre le chômage, Napoléon III faisait de Marengo une tout autre bataille, d’un genre inattendu, mais non moins dépourvue de grandeur.

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rosae68100.over-blog.com 31/03/2011 16:56



Toujours aussi intéressant et docmenté     amitié   dominique



harry-l-blackbird et elsapopin 01/04/2011 04:44



merci de ta fidélité et c'est vrai que Serge écrit très bien amicalement eldapopin