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Publié par elsapopin

Lorsque Diderot rencontre Sophie Volland il a 42 ans et elle 37. 53 lettres d'amour entre Diderot et celle qu'il appelle " sa muse". Lettres, tendres, empressées, passionnées, preuve d'un amour partagé qui durera jusqu'au décès de Sophie le 22 février 1784. Diderot ne lui survivra que six mois.


  Denis Diderot à Sophie Volland

Je ne saurais m’en aller d’ici sans vous dire un petit mot. Eh bien, mon amie, vous comptez donc beaucoup sur moi? votre bonheur, votre vie sont donc liés à la durée de ma tendresse! ne craignez rien, ma Sophie. Elle durera et vous vivrez, et vous vivrez heureuse. Je n’ai point encore commis le crime, et je ne commencerai pas à le commettre, je suis tout pour vous, vous être tout pour moi, nous supporterons ensemble les peines qu’il plaira au sort de nous envoyer. Vous allégerez les miennes, j’allégerai les vôtres. Puissé-je vous voir toujours telle que vous êtes depuis quelques mois, pour moi, vous serez forcée de convenir que je suis comme au premier jour. Ce n’est pas un mérite que j’aie, c’est une justice que je vous rends. L’effet des qualités réelles, c’est de se faire sentir plus vivement de jour en jour. Reposez-vous de ma constance sur les vôtres et sur le discernement que j’en ai. Jamais passion ne fut plus justifiée par la raison que la mienne. N’est-il pas vrai, ma Sophie, que vous êtes bien aimable? Regardez au-dedans de vous-même. Voyez -vous bien, voyez combien vous êtes digne d’être aimée, et connaissez combien je vous aime. C’est là qu’est la mesure invariable de mes sentiments. Bonsoir, ma Sophie, je m’en vais plein de la joie la plus douce et la plus pure qu’un homme puisse ressentir. Je suis aimé, et je le suis de la plus digne des femmes. Je suis à ses pieds, c’est ma place, et je les baise.
23 juillet 1759


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Nous recevrons, vous, mes lettres, moi, les vôtres, deux à deux, c’est une affaire arrangée. Combien d’autres plaisirs qui s’accroissent par l’impatience et par le délai
? Éloigner nos jouissances, souvent c’est nous servir. Faire attendre le bonheur, c’est ménager à son ami une perspective agréable, c’est en user avec lui comme l’économe fidèle qui placerait à un haut intérêt le dépôt oisif qu’on lui aurait confié. Voilà des maximes qui ne déplairont pas (à) votre sœur. J’en ai entendu de plus folles encore. Il y en a qui préfèrent l’espoir à la possession et qui disent qu’on ne s’ennuie presque jamais d’espérer et qu’il est rare qu’on ne s’ennuie pas d’avoir. Je réponds, moi, qu’on espère toujours avec quelque peine, et qu’on ne jouit jamais sans quelque plaisir. Et puis la vie s’échappe: la sagacité des hommes a donné au temps une voix qui les avertit de sa fuite sourde et légère, mais à quoi bon l’heure sonne-t-elle, si ce n’est jamais l’heure du plaisir. Venez, mon amie, venez que je vous embrasse. Venez et que tous vos instants et tous les miens soient marqués par notre tendresse, que votre pendule et la mienne battent toujours la minute où je vous aime et que la longue nuit qui nous attend soit au moins précédée de quelques beaux jours. (….)
Chère femme, combien je vous aime
! Combien je vous estime! En dix endroits, votre lettre m’a pénétré de joie. Je ne saurais vous dire ce que la droiture et la vérité font sur moi. Si le spectacle de l’injustice me transporte quelquefois d’une telle indignation que j’en perds le jugement et dans ce délire je tuerais, j’anéantirais, aussi celui de l’équité me remplit d’une douceur, m’enflamme de chaleur et d’un enthousiasme où la vie, s’il fallait la perdre, ne me tiendrait à rien. Alors il me semble que mon cœur s’étende au-dedans de moi, qu’il nage, je ne sais quelle sensation délicieuse et subtile me parcourt partout, j’ai peine à respirer, il excite à toute la surface de mon corps, comme un frémissement, c’est surtout au haut du front, à l’origine des cheveux qu’il se fait sentir, et puis les symptômes de l’admiration et du plaisir viennent se mêler sur mon visage avec ceux de la joie, et mes yeux se remplissent de pleurs. Voilà ce que je suis quand je m’intéresse vivement à celui qui fait le bien.
Oh, ma Sophie, combien de beaux moments je vous dois
! combien je vous en devrai encore! Oh Angélique, ma chère enfant, je te parle ici et tu ne m’entends pas, mais si tu lis jamais ces mots quand je ne serai plus, car tu me survivras, tu verras que je m’occupais de toi et que je disais, dans un temps où j’ignorais quel sort tu me préparais, qu’il dépendrait de toi de me faire mourir de plaisir ou de peine. […]

18 octobre 1760


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