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Publié par Pierre Thevenin

 

ARTHUR

 

 

Sa mère l’aurait bien vu dans la fonction publique,

Cette idée le rendant plutôt mélancolique,

Elle pouvait redouter qu’il ne devînt poète

Mais fut rassurée quand sur la Grande Muette,

L’armée des fiers-à-bras, pas celle du salut,

Avec jubilation il mit son dévolu.

 

Et s’en fut au pas cadencé,

Lancé

Tout jeune encore dans l’aventure,

Arthur.

 

 

Se pavanant déjà comme un gros plein de gloire,

Il ne se doutait pas qu’il allait lui falloir

Renoncer tout de go, et ce parce qu’il avait

Une fesse plus gauche que l’autre, personne n’est parfait,

Pourtant on aurait pu estimer à les voir

Ces messieurs bien trop cons pour s’en apercevoir

 

Allait-il, décontenancé,

Cesser

De s’enflammer pour l’aventure,

Arthur ?

 

Non, car il lui suffit d’une orgie sabbatique

Pour noyer son dépit et dans la politique

Il eut à coeur de se refaire une ambition :

Avisant justement une Révolution,

D’un vieux bonnet phrygien qu’on avait laissé là

Il se coiffa soudain, s’écriant : ? Me voilà ! ? :

 

Une chance qu’il ne pouvait laisser

Passer

De connaître enfin l’aventure,

Arthur.

 

A de si beaux élans, regrettable défaut,

Il y a pour couper court toujours un échafaud,

Arthur, quand il monta sur les marches ultimes,

D’un quelconque faux pas sans nul doute victime,

C’est dire s’il avait déjà la tête ailleurs,

Vint s’écrouler devant un parterre de rieurs

 

Et puis il dut recommencer,

Bissé,

Au péril de son ossature,

Arthur ;

 

En plein Bicentenaire et par inadvertance,

D’un théâtre donnant une pièce de circonstance

Il s’était en effet retrouvé le bouffon,

Et s’il eut grand succès cela prouve qu’au fond

Tout le monde se fout de vos trancheurs de cous

Et préfère de loin s’esclaffer un bon coup.

 

De les voir ainsi se gausser,

Blessé,

Il se dit : ? Quelle déconfiture ! ?,

Arthur.

 

 

Certes, au pinacle ou bien les quatre fers en l’air,

L’important n’est-il pas que l’on soit populaire ?

Le bruit se répandit parmi les midinettes,

Et même, paraît-il, jusque chez les nonnettes,

Qu’on pouvait admirer tous les soirs en action

Le plus fameux tombeur de sa génération,

 

Mais des galipettes forcées

Lassé,

Il rêvait d’autres aventures,

Arthur .

 

A quelque temps de là, il advint par grand vent

Que le chef de l’Etat, spectacle décevant,

En revenant de la revue se cassa la figure,

Perdant d’un coup d’un seul toute son envergure,

Car lui, moins entraîné, ne s’en releva point,

Alors la voix du peuple dit à brûle-pourpoint :

 

Il nous faut sans tergiverser

Hisser

A la plus haute magistrature

Arthur.

 

Ainsi, notre héros, démocratiquement,

Se vit-il largement payé de ses tourments,

Ce qui laisse à penser que le haut du pavé

Est tenu par des gens simplement bien tombés,

Bref, il prit ses fonctions et l’on n’en revint pas

Lorsque sans trébucher sur le trône il grimpa :

 

Pas la moindre chute esquissée,

Pensez,

Au cours de son investiture,

Arthur.

 

Il savait se tenir dès lors qu’il le fallait

Et l’on n'aurait pas cru qu’un beau jour il allait,

Passant tranquillement devant le Panthéon,

Se dire tout à trac :  Si pour Napoléon

Je me prenais un peu, ne serait-ce que pour voir

Jusqu’où l’on peut aller quand on est au pouvoir ? ?

 

Bien sûr, il y eut dans le passé

Assez

De tyrans d’une autre stature

Qu’Arthur.

 

N’empêche qu’atteint bientôt de mégalomanie,

Pour prévenir une longue et cruelle agonie,

Par ses proches, pourtant contre l’euthanasie,

Il fut écartelé, était-ce bien choisi ?

Quelle binette il a dû faire en s’apercevant

Qu’il avait l’air encore plus grand mort que vivant !


C’est là que finit l’aventure

D’Arthur.

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