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Publié par le cla

DES VILLES ET DES HOMMES

 

Ce serait chose aisée, j'en conviens, naturelle, que de brosser un portrait idyllique d'une ville en fin de mutation.

Le noir mis en déroute, les quartiers jetés bas où pullulait la vermine.

Plus tendre le vert des jeunes pousses et les jets d'eau plus remuants.

Le ciel, ce qu'il faut de ciel variable, haut juché sur les tours porteuses de grands ensembles contemporains.

Les voies express ouvertes au trafic dont augmente de jour en jour l'intensité.

L'obligeante accalmie des zones protégées.

Les hauts lieux de la gastronomie et la débauche des néons, le spectacle permanent des grandes surfaces.

A peine un retour en arrière.

Il me souvient des hommes à gueule noire et au sang vif, en provenance pour la plupart des hauts plateaux et dont la vocation fut de fouiller en profondeur la terre nourricière pour en extraire le feu, ou à défaut du feu, l'élément minéral d'ou jaillirait le feu.

Des hommes durs à l'alcool, aux fièvres animales, à la poussière compactée en nuages épais et pourtant pénétrant les chairs, les gravant de bleus tatouages et testant la fragilité des tissus pulmonaires.

Des hommes fous de chansons et de gestes, de rires et de cris et d'exploits amoureux. Manants à figure de proue, héros en peine de quiétude, mordant la vie à pleines dents, conscients du peu de temps qu'il leur restait à mordre.

Mais les hommes ?

Les hommes, aujourd'hui, s'accommodent mal de l'oisiveté qui leur est faite. Ils n'en pratiquent ni plus, ni mieux l'amour et quand ils font un feu, s'il font un feu, c'est moins pour le plaisir de voir la flamme s'élever, pour la chaleur qu'elle diffuse, pour la fumée aigre-douce qui s'en dégage, que pour tenir l'inquiétude éloignée, comme en son temps le feu, contre le noir des loups.

Poésie en Stéphanie - 1997

 

 

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