Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par Serge Granjon

Télé-visions

 

Pour son dernier anniversaire avant l’âge de raison, la foire économique de Saint-Etienne se terminait sur un brin de folie.

 

Alors que la France ne comptait que 130.000 téléviseurs, y fut lancé un projet audacieux. Il faisait fi des craintes de l’époque : le risque d’abrutissement, la panne, et l’hypnose sur les enfants qui en oublieraient leurs devoirs. Devançant les attentes de la couleur ou du relief, il s’attaquait aux prix, sur une initiative de « Terem-Radio-Hall », 39 rue Michelet.

A partir du principe que la demande dépassait l’offre, ce distributeur proposait une formule d’« épargne-télévision ». Les postes se paieraient en vingt-quatre mensualités. La première année, il s’agirait d’acomptes donnés dès la commande, jusqu’à la livraison. Les douze mois suivants les versements correspondraient à l’avance proprement dite ; et sans majoration de prix. Ainsi échelonné, le règlement pouvait sembler indolore auprès de maint foyer.

Avec une double condition cependant. Le montant des échéances, réactualisé au moment de la livraison des modèles 1955, risquait bien de l’être à la hausse. Et surtout le récepteur pourrait-il capter les images du relais au mont Pilat, projeté pour la fin de cette même année ? Sinon, il serait possible, affirmaient les concepteurs, de choisir un autre modèle soit à « Radio-Hall », soit au « Palais de l’Electricité » ou à « Rex Radio », situés côte à côte dans la rue Wilson.

 

Mettre la charrue avant les boeufs

Tel n’était pas l’avis d’Henry Brun. Fabricant d’appareils de T.S.F. au 20 rue Gambetta, et précurseur dans la région en télévision, il ne proposait à la foire rien que de la radio : « Ne connaissant pas l’émetteur qui pourra couvrir la région, et ne pouvant pas prévoir si les conditions particulières permettront à chacun des réceptions de télévision, il est prématuré de vendre un appareil dont nous ne pouvons pas garantir le bon fonctionnement. Toutefois, pour faire bénéficier notre clientèle d’une priorité de livraison, nous pouvons enregistrer dès maintenant les demandes, sans aucun versement bien entendu ». Une guerre était déclarée.

En fin de compte, le journal « Le Patriote » écrivait : « Il est permis de prévoir qu’en l’an 2.000 il suffira de tourner un bouton pour voir apparaître Pékin, Bombay ou Vladivostok, New York, Montevideo ou Dakar ». A ce détail près qu’on ne tournerait plus de boutons…

 

SERGE GRANJON

27 septembre-2octobre 1954 : télé-visions

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article