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Publié par S. Grangon

4 décembre 1895 : en r’venant de l’Eden

 

« Gais de l’aubaine,

Nous étions des centaines

En r’venant de l’Eden

Le cœur à l’aise... »

 

Num-riser0073-copie-1.jpgSous cette forme ou une autre, Saint-Etienne aurait bien pu entonner le refrain que Paris chérissait naguère. Il suffisait après tout de l’adapter à la circonstance, l’air du fameux retour de Longchamp.

La revue du général Boulanger s’y était achevée en triomphe. Le soir même du 14 juillet 1886, Paulus la chantait dans ses couplets. Comme un drapeau, il brandissait son gibus au bout d’une canne.

Sur la leur en forme de pic, il aurait suffi aux porions de remplacer son couvre-chef par le petit chapeau adopté depuis peu par les mineurs.

En ce jour de Sainte-Barbe, M.Bonnardel, directeur de l’Eden, avait eu l’idée de les inviter à la représentation qu’assurait la compagnie des Colombos. Et il n’avait pas failli à la réputation de l’établissement, voué au café-concert depuis sa création. Il recevait les vedettes du music-hall, produisait des revues dont celle, inoubliable, au nom à double sens en l’honneur du général Boulanger. Sans doute le fringant officier, paradant le sabre au clair, toutes plumes frémissantes, s’était-il laissé écraser…de chagrin sur la tombe de sa compagne. Mais si l’homme était mort, la revanche dont il rêvait restait de plus belle d’actualité.

« Sur une scène machinée, dans des décors changeant à vue, l’Eden donne de véritables pièces musicales », se plaignaient les directeurs du théâtre des Ursules, sans compter les conditions d’accueil… « Alors que chez nous le public est obligé à toutes sortes de privations, à l’Eden, il boit et fume à son gré ». M. Bonnardel trouvait d’ailleurs là le secret de sa réussite.

 

En ce mercredi…descendre

Tel semblait en effet le mot d’ordre, l’après-midi du mercredi 4 décembre 1895. D’où le curieux aspect de la salle pour la reprise de l’inoubliable « en revenant de la Revue ». Le rez-de-chaussée étant gratuitement offert, les spectateurs y fourmillaient, des mineurs surtout et leurs familles. En haut les places demeuraient vides, à commencer par les loges à trois francs. Ce qui n’empêchait pas le champagne Marconnet, langage codé pour désigner la limonade, de circuler d’une rangée à l’autre. Soucieux de ne pas laisser mourir de soif, Bonnardel ajustait sa bosse du commerce à son sens de la philanthropie. Comme d’habitude, l’entracte fut long pour permettre de consommer eau-de-vie, bière ou vin. D’autant plus qu’eu égard à l’affluence, les garçons hésitaient cette fois à placer des verres sur les petites tablettes fixées derrière chaque fauteuil.

Il faut dire que le futur ministre de l’Intérieur, Georges Clemenceau, n’avait pas encore interdit la vente des consommations dans les salles de spectacle. Qu’à cela ne tienne, Bonnardel augmenterait alors le nombre de ses buvettes. Sa façon à lui de trouver la parade, en mettant…le Tigre dans son moteur.

 

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