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Publié par serge Granjon

L’hospice des femmes incurables

 

Dans le matin d’une Sainte-Barbe, les ogives de la Grand’Eglise unissaient leurs mains jointes à de vibrantes incantations.

 

« Pour les êtres courbés sous les maux d’ici-bas, /Pour ceux qui, sans espoir, gravissent pas à pas/Un sentier de misère ; /Pour les humbles chargés d’une trop lourde croix, /O riches ! Ecoutez la suppliante voix/De l’Ange du Calvaire. » Entre autres par ces vers d’Antoine Roule chantés, une messe de charité exhortait les nantis à donner « à mains pleines aux vaincus de la vie ». Le tout en faveur d’un surprenant hospice, celui des femmes incurables.

Vers 1840, une jeune Lyonnaise, veuve et décidée à soigner des malheureuses frappées d’ulcères répugnants, en avait recueilli trois dans sa propre maison. Fortifiée par l’amour qu’elle aurait voué à ses enfants morts au berceau, elle présenta à Mgr de Bonald un projet de « Dames veuves »consacrées aux femmes pauvres et incurables.

 

L’ « Association des Dames du Calvaire »

Image de Louis-Jacques-Maurice de Bonald (1787 -1870 )

Louis-Jacques-Maurice de Bonald, archevêque de Lyon

L’archevêque de Lyon l’intitula ainsi, comme un rappel des plaies dont le Christ avait souffert sur le Chemin de Croix. Après Paris, Saint-Etienne ouvrit une fondation à ce nom au milieu de l’année 1875.

Un aumônier de l’Hôtel-Dieu en prit l’initiative. Sensible à la douleur d’indigentes refusées par l’hôpital, et même par la Charité, il eut recours à des bourgeoises au grand cœur. Elles louèrent d’abord un modeste logis à la Croix du Garat, située à la Digonnière, puis rue de l’Abbé-de-l’Epée. Quelques mois plus tard, des dons permirent l’achat d’une petite propriété rue Franklin, et plus tard de l’agrandir.

A la fin du XIXe siècle, l’œuvre était dirigée par une veuve, assistée de trois autres. Quatre filles de service entretenaient la maison. Une ou deux fois par semaine, des dames de la ville y montaient à heures fixes pour panser bénévolement les malades. Bien qu’à l’écart de toute congrégation, elles se sentaient proches de saint François d’Assise. A sa manière, elles se penchaient sur les plaies du corps, quand ses disciples, les Capucins, venaient en voisins pour soigner celles de l’âme.

S’il reste de nos jours un vieux linteau de porte qui conserve, gravé, « Hospice du Calvaire », l’ombre des Capucins et des Dames de Saint-Etienne a fini par s’envoler, telle une feuille en automne. Et l’hospice s’est placé sous l’invocation de Sainte Elisabeth, qui fut cette princesse attentive aux souffrances, dans la chair et l’esprit chez les plus délaissés.

 

SERGE GRANJON (Paru en décembre 2004 dans Centre Dimanche – Le Progrès, rubrique Le roman de l’histoire.)

L’hospice des femmes incurables

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