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Publié par S.Granjon

Sur la route de Memphis…Slim

 

Portrait de Memphis SlimAprès le violoniste soviétique Igor Oïstrakh et le grand orchestre symphonique de Sofia, la salle stéphanoise des Mutilés du Travail recevait le pianiste américain Memphis Slim. Bel exemple d’éclectisme, en pleine Guerre froide, toujours d’actualité le 11 juin 1965.

 

Memphis, Etat du Tennessee…Dans ce vivier à chanteurs de blues, une fillette jouait de la guitare au hasard des rues, lors des premières années 1900. Un passé qu’elle ne renierait pas, au point, la gloire venue, de se choisir pour nom de scène Memphis Minnie. Semblable titre dut plaire à John, alias Peter Chatman. Fier des mêmes origines, il allait adopter un pseudonyme voisin, qui ferait de lui Memphis Slim. Aussi vrai que « slim » correspondait à son physique tout en minceur, le mot ne pouvait se prendre au figuré. Comme pour « minnie », sa devancière, personne ne saurait y voir, sans perfidie, la légèreté du talent.

 

Il jouait du piano…assis !

Memphis Slim fut d’abord formé par son père. Pianiste et guitariste, il l’initia au rythme, dès l’enfance. Un virtuose du clavier assura la relève, en lui inculquant une technique parfaite. De telle sorte qu’à seize ans commençait sa carrière de professionnel, avec la frénésie du boogie-woogie. Né dans les honky-tonks, autrement dit les pires bastringues du Sud américain, il s’agissait d’un blues roulant ainsi qu’un torrent, côté musicien, et dansé la rage au corps, côté trousseurs de cotillons. Sur le clavier du piano la main gauche servait aux basses, quand l’autre improvisait à profusion. Memphis Slim rappelait son baptême du feu des années trente, qui n’avaient rien à envier aux saloons de l’époque des Dalton : « Dans les honky-tonks, le patron vous demandait de jouer quoi qu’il arrive dans la salle. Que les gens se battent, ou tirent, il fallait continuer à jouer, et jouer plus fort pour attirer leur attention ».

A Saint-Etienne, salle des Mutilés, l’ambiance était tout autre. De sages étudiants, cravatés pour beaucoup, écoutaient Memphis Slim, autant recueillis que s’il avait interprété du gospel. Il faut dire que le chant, jailli des profondeurs de la chair et du cœur de l’Afrique, vibrait d’une tendresse qui rattrapait le temps, bien avant l’esclavage. Monté à Chicago dès 1937, Memphis Slim y avait côtoyé les grands musiciens. Il avait retiré de « la Cité des Vents » un souffle à l’âme qui pétrissait la voix en instrument docile.

 

Etabli en Europe, et surtout à Paris, au début des années soixante, il annonçait dans ses concerts en montrant sa mèche de cheveux blancs : « Je défends aussi l’intégration ». Car il savait ce que ségrégation veut dire…

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