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Publié par Serge Granjon

 

Libre-Pensée au Pays Noir

 

Cou-Tors admirait chez Raspail le savant, au point de s’en improviser coursier en produits camphrés. Mais sa philosophie, héritière de celle de Voltaire pour lequel il vouait un culte, le trouva, là aussi, ardent propagandiste.

 

Farceur plus souvent que complice, le sort jouait des tours à Cou-Tors, Etienne Faure de son vrai nom…comme en ce 29 novembre 1880, jour où la municipalité stéphanoise émit le vœu que « la rue jusqu’ici dénommée rue Faure (fût) désormais nommée rue Raspail ». Mais cinq ans plus tard encore, au moment de son projet d’alignement, la nouvelle place Raspail était, sans distinction, appelée place Faure.

 

 

François-Vincent Raspail

Le lien ne pouvait échapper aux rieurs, même en demeurant purement fortuit. Car s’il s’agissait bien du vrai François-Vincent Raspail, l’origine de son rival, un mystérieux Faure, de son côté restait inexpliquée. En tout cas il n’était ni Cou-Tors, ni même l’un des siens. Ce qui ne l’empêchait pas de s’être trouvé uni à Raspail par des points communs plus vrais que leurs noms, associés par hasard sur des plaques, à une croisée de chemins.

Jusqu’aux derniers jours de sa vie, à côté des flacons d’eau sédative, Cou-Tors garnissait son éventaire des feuillets du Libertaire. Un titre qui résumait la doctrine de Raspail. « Liberté pleine et entière de la pensée », écrivait-il en épigraphe dans son premier numéro de L’Ami du peuple, au début de la révolution de 1848. Vingt ans plus tard, alors qu’on le croyait oublié, nombre de ses fidèles lui vouaient une gratitude intacte. Et Cou-Tors plus que quiconque.

 

Banquet du Vendredi saint

Le Vendredi saint 15 avril 1870, Cou-Tors prenait place à l’une des tablées de Libres-Penseurs, installées dans un restaurant de La Digonnière. En rupture avec la tradition chrétienne, les convives tenaient à faire gras ce jour-là, non par provocation, affirmaient-ils, mais pour manifester leur complète indépendance d’esprit. La présidence honoraire du banquet avait été offerte à Raspail, qui répondit par une lettre.

« Citoyens, j’accepte avec reconnaissance le titre de président que la Société des Libres-Penseurs de Saint-Etienne a bien voulu me confier, pour son agape du 15 avril 1870. Permettez-moi de joindre à mon remerciement le vœu que je forme qu’à la fin du repas vous adoptiez le plan d’une école laïque et obligatoire pour vos enfants. L’instituteur devant être marié, ainsi que l’institutrice, ce sera un double bon exemple. Salut et Fraternité, F.V.Raspail, Député de Lyon, 22 germinal, an 78 de la République ».Cette façon de rayer d’un coup de plume les régimes antérieurs avait un fameux précédent. Louis XVIII, à peine installé sur le trône, signait bien, après tout, ses ordonnances de « la dix-neuvième année » de son règne. Quant à disserter sur l’obligation scolaire, indispensable en fait à former l’esprit critique, il n’en était plus temps. A onze heures du soir, lorsque se termina le repas, les cinquante enfants présents n’insistèrent pas outre mesure pour retenir leurs parents.

 

Raspail plébiscité

C’était aux élections de l’année d’avant que Raspail devait un regain de popularité. Elles l’avaient fait député du Rhône. Et fin 1869, le 2 décembre, célébrant à sa façon la date fétiche de l’Empire, il remercia la Société des Libres-Penseurs de Lyon de l’avoir nommé président honoraire. « J’accepte ce titre avec enthousiasme, mais permettez-moi d’y mettre une condition : c’est que tous ceux qui font partie de cette société se mettent à donner l’exemple de la Libre-Pensée en adoptant pour devise : Naître sans prêtre, se marier sans prêtre, mourir sans prêtre ».

L’Eclaireur, journal d’opposition, apparut dans la Loire après l’assouplissement, en 1868, de la loi sur la presse. Il eut bientôt l’occasion de montrer un anticléricalisme que Raspail n’aurait pas désavoué, lorsqu’il s’en prit à « la liberté de conscience publiquement outragée par les processions, par la subvention des cultes, par les faveurs dont jouissent les corporations religieuses ». D’où l’annonce que lança le quotidien en forme, selon lui, de « protestation », le Vendredi saint 1869 : « Ce soir à huit heures précises, aura lieu, chez M.Jeannez, 2, rue Valbenoîte, un BANQUET DE LIBRES PENSEURS ». Une expression écrite en caractères gras…comme il se doit pour manger de même. Et le 2 de la rue Valbenoîte se révélait bien trop proche du domicile de Cou-Tors, logeant au 47 de la même rue, pour qu’un aussi fervent Libre-Penseur restât en dehors de la manifestation…et d’une autre, bientôt changée en braise au pays du charbon.

 

Libre-Pensée au Pays Noir

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