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Publié par P.Guillaume

 " Décidément,le western ne mourra jamais ! " C'est ce qu'un cinéphile disparu à l'époque où Sam Peckinpah réalisait " Pat Garret et Billy le kid " dirait en voyant le film des frères Cohen. Ne gâchons pas la joie de ce ressuscité en lui racontant les quarante années qui le séparent de " True Grit "et constatons que les frères Cohen reprennent l'histoire à zéro,sans clins d’œil, références, distorsion et distanciation parodique.

Pas question pour eux d'élever un mausolée ou d'ouvrir une foire à la brocante. Ceux qui n'ont jamais vu un film de Ford ou  d'Hawks et ne remontent pas plus loin que Clint Eastwood et Sergio Leone peuvent apprécier ce film.

" True Grit ",sans en avoir l'air, renoue avec un genre cinématographique qui ,dans ses meilleurs moments, réactiva la symbolique et l'enseignement des récits fondateurs.

Certes,les Cohen ne se sont pas mesurés à " La prisonnière du désert "  ou à " Rio Bravo ". Ils ont préféré rectifier le tir de la winchester d'Henry Hathaway, un peu rouillée en 1969, année où il tourna ce " Cent dollars pour un shérif " qui valut à John Wayne le seul oscar de sa carrière. Le " Duke ",d'ailleurs, jugea bon de reprendre le rôle de Rooster Cogburn en 1975 dans un western encore plus poussif et laborieux (" Une bible et un fusil " ) .

La stature massive et la tête à la Bukovski de Jeff Bridges sur l'affiche m'ont de suite incité à y aller voir de plus près. Inconditionnel mais pas sectaire, je trouvais le Duke mal à l'aise dans la peau de ce descendant de Long John Silver.

Malgré bandeau sur l'oeil et nombreux rictus,l'homme finissait par bouffer le personnage. Ajoutons des interprètes un peu trop fadasses et têtes à gifles et nous obtenions un de ces " grands films malades "dont parlait Truffaut. Les Cohen ont donc décidé de le guérir en le lestant de poussière, de sueur et de poudre, lui redonnant ainsi sa dimension de beau récit initiatique.

C'est la même histoire, séquence après séquence, les mêmes situations ,les mêmes dialogues...et pourtant...Eh oui,voilà encore la preuve qu'au cinéma la mise en scène prime sur le scénario Après tant de remakes inutiles comptant sur l'esbrouffe et la pyrotechnie pour rajeunir un film, les Cohen ont noué une sorte de dialogue stylistique avec leur aîné. Certes, leur film accentue  les défauts de celui d' Hathaway mais curieusement il nous rend plus sensibles à des qualités que plusieurs visions avaient occultées.

                                                                                        

(1)Horatius Coles ( borgne ) et Mucius Scaevola ( manchot ) sont deux figures légendaires de la République Romaine.

Georges Dumézil a reconnu en eux une récupération du mythe indo-européen du dieu borgne et du dieu manchot (dans " Mythes et épopées ").

Voilà une piste en ce qui concerne la dimension mythique de " True Grit ".Non ?

                  

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Marine 21/03/2011 19:38



Bien que n'ayant pas vu la dernière version de Wayne (malheureusement seulement disponible en VF dans de nombreux sites en ligne), je trouve cette critique tout à fait excellente : les frères
Cohen et surtout Jeff Bridges donnent une belle intensité à ce film qui se rapproche plus d'un film d'initiation que d'un film "de cow-boy". Merci pour tous ces éclairages, pour cette critique de
John Wayne (pourtant rare sur ce blog et qui va à l'encontre d'un académisme bien-pensant) et cet optimisme très rafraichissant (et rare lui aussi) : le western n est pas mort :).



harry-l-blackbird et elsapopin 24/03/2011 13:35



merci marine j transmets à Philippe votre commentaire je suis sure qu'il sera touchée tchoun elspopin