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Publié par Hacène-George Bouziane

 

« Terra incognita post-humaine »

Le conquistador échoué sur cette plage d’outre-espace, saisi d’inconscience pleine d’artifices, le vêtement trempé d’eau saline et mis en lambeaux par la rudesse de son dernier naufrage de voyageur psychique, ouvre un œil, le gauche, reptilien des plus prédateurs.

Le sable collé en paillette donne à son allure soldatesque, sous les feux de la rampe d’un soleil naissant, un air de parade carnavalesque.

L’autochtone embusqué dans la luxuriance végétale d‘une forêt tropicale, s’interdit le moindre mouvement corporel, ne serait ce qu’une once de vague soupir, voire de battement de cil, de peur d’éveiller le moindre soupçon chez ce visiteur inattendu en cet instant, mais depuis de longues lunes présagé par les Ancêtres.

Il observe attentivement , cet étranger parvenu jusqu'aux confins du connu, par delà toutes latitudes et longitudes répertoriées par la perspicacité hautement technologique d’une multitude satellitaire.

Une caisse en flottaison ne tarde pas à rejoindre notre rescapé de l’au-delà des mers, elle s’échoue près de son propriétaire, sur un point d’ancrage naturellement rocailleux de cette Terra Incognita si longtemps préservée de toutes impuretés vulgaires.

Sa profanation semble être scellée, par cette visite inopportune.

D’un bond souple et ample, l’éspingoin prend possession du lieu.

D’une gestuelle anodine, mais hautement manipulatrice, le couvercle de la boite mystérieuse s’ouvre au grès d’une pression digitale et identificatrice.

Notre néo-missionnaire éprouvé aux meilleures stratégies de soumissions, en territoires hostiles, retrouve d’instinct sa résolution de principe et de vie conquérantes.

Notre espiègle silencieux, encore dérobé aux yeux noirs d’avidité sous entendue, semble discerner une grande magie, chez cet homme blanchi, tel un dieu de sa propre mythologie.

La boite chante une étrange musique, elle libère une mélodie cristalline envoûtante et notre indigène fasciné et mystifié, assiste à l’ahurissante métamorphose de ce mortel échoué à demi-trépassé, quelques secondes plus tôt.

L’humanoïde venu de l’est, de l’au-delà du levant, par delà les grandes eaux du monde intermédiaire, contrée humide et sacrée des Ancêtres, laisse émaner de par sa présence insolite, une force prégnante et irrésistible, rehaussée par le fluide d’une combinaison saillante, aux couleurs de l’indéfini.

Pablito n’en croit pas ce que semble lui signifier ses propres yeux de chair. Il en maudit silencieusement son bénéfacteur Génaro, qui le laissa là quelques lunes plus tôt, aux confins de la terre sacrée du connu, consentie en légation par les Ancêtres, dans le but ultime de parfaire son Art de traqueur - rêveur.

« Seule la référence à la rencontre ultime d’avec le Pouvoir, te laissera présager l’émergence de l’inconnu, en cette histoire que te chantera intimement de par sa non-présence, l’allié Mescalito », lui avait soufflé son maître Ruanito, quelques lunes plutôt, avant de disparaître d’un bon majestueux dans la trouée de l’outre-espace-temps .

Pablito, aux prises d’avec le simple prémisse de la frousse provoquée par l’aspect terrifiant du Nagual, en mangerait sa propre mère la Pacha Mama, (façon de creuser sa tombe, d’après le dicton populaire Toltèque), voir userait de son don d’ubiquité, pour ne pas confronter sa conscience, même éprouvée au feu des états multiples, à une telle fatalité de perception, dictée par cette rencontre ultime d’avec le Pouvoir, qui semble s’actualiser pour lui, par l’étrange présence de cet homme pâle.

Lui le dernier chasseur cueilleur de rosée, le discret, le vague courrier de son clan, le voici seul face aux stratagèmes des redoutables artifices des virtualités post- modernes.

Les redoutables sorciers noirs de la post- infra- humanité, déploient devant sa petitesse d’homme primordial, les prouesses hautement technologiques d’une réplique syncrétique en reflet, de l’aboutissement évolutionniste, toute à rebours du plan divin. L’envers de la vie ainsi se sacralise, de par la rencontre de ses deux extrémités.

Cette chose mi-humaine, mi- machine, entichée d’un panoplie de technicités surnaturelles, ne tarde pas à le visualiser dans son cortex génétiquement modifié. Elle lui tint ce langage, en un phrasé Toltèque des plus châtié : «  Et vous l’ami, auriez-vous l’obligeance de me renseigner ?- Suis –je bien télé-porté, euh arrivé en Terra Incognita ? ».

Pablito, de nature serviable et plutôt rassuré par les propos du discours de son invité surprise, se rapproche de lui et lui confirme de la tête, par l’affirmative.

L’assoiffé d’or spirituel frelaté, sourit en son fort intérieur, l’indigène semble peu farouche et affiche une physionomie benette, de celle qui vous incite à l’abus de pouvoir, sans scrupule.

En l’espace de quelques mots, lâchés sur la portée du temps, notre voyageur pseudo-argonaute du 21 ème et dernier siècle connu, prend possession de l’attention de son hôte et croit prendre ascendance sur la crédulité, toute relative, de ce dernier spécimen de la race rouge.

Il jubile déjà, en son orgueilleux fort intérieur et se voit tel le héros post- antique des traversées de nulle part, l’invité privilégié de son Altesse l’Imperator scientologue Nicotine Zykotsar premier du nom, lors des cérémonies de remerciements en grandes pompes, au château versaillais, en contrepartie du service ultime rendu à la confédération ultra-libérale des commerces unis.

Lui le bâtard de son père et le fils de pute de sa mère, entrera dans les anales de la fin de l’histoire, comme celui qui aura effacé toutes traces primitives, au sein de cette pos-infra-humanité reconstituée et génétiquement modifiée, mais purifiée de toute animalité. Depuis le temps que cet animus erectus se dérobait aux sagacités expertes des forces spéciales, surentraînées aux techniques de chasse à l’homme ordinaire, usant pourtant de technologies guerrières de dernières générations, ce qui devenait financièrement problématique, en conclusion froide et rationnelle la solution finale devenait impérative !. 

Lui le mercenaire des bas fonds du trou du cul de la planète mondialisée, permettra ainsi de par sa bravoure, l’aboutissement de l’utopie politique des élites de la contre tradition, qui se concrétisera pas la généralisation de la programmation globale de L’Ultimate -Human -Design, dernière génération, sans craindre le grain de sable…

Pablito s’en laisse conter, il entrevoit toute la virtualité du discours spéculativement appris, dans le regard saurien de ce dernier G.I. Joe de la fin des temps.

Appelons le John, John Rambo…

John Rambo semble jouer sur du velours et sa panoplie cybernétique, numérique, à fragmentation génétique, répond à merveille, à la moindre de ses impulsions cérébrales.

Pablito, rêveur du Rêvé, ne laisse rien transparaître face à ce nouveau petit el Tyranos, de gros con de chercheur d’or spirituel frelaté. IL accepte même avec le sourire, de se voir numériser sa propre vie, dernière naturelle du mot. Il laisse croire à son hôte, à ce qui se substitue à sa propre intériorité, cet ego au tonal des plus rétréci, qu’il a su façonner au feu du Nagual, juste histoire de voir ; et « Voir » ça le connaît Pablito, son maître Ruanito lui en a enseigné toute l’étendue de la pratique et surtout la règle.

John Rambo sûr de son fait, s’apprête à condenser les données numériques de cet être insignifiant, (pourtant clef de sa reconnaissance), avant de le réduire en cendre à l’aide de son pulvérisateur de forme, portatif.

Pablito, sous l’injonction de la seconde attention harmonisée par le chant de la non – présence de l’allié, en un croche pied de l’esprit, fait goûter à ce cuistre de « l’Art que personne ne possède », à la suite duquel le propre tonal de cette île de Terra Incognita, perçu par l’intrus, s’efface peu à peu, pour laisser place à l’inconnu, l’infini, ce que les Toltèques désignent par le Nagual.

Arrivé à cette échéance eschatologique, John Rambo maudit la silice qui l’a vu renaître de la putréfaction de sa chair mortelle.

Tel un Saint - possédé, il se voit assailli par les plus monstrueux djinns du monde intermédiaire, non répertoriés dans son manuel militaire numérisé de base.

N’étant qu’un exécutant de basses œuvres, il n’en subira que le chatouillement terrifiant en des visions infernales, telle une métanoia purificatrice, avant de retrouver ses esprits en ses pénates.

Par contre ses commanditaires et maîtres embusqués derrière leurs consoles de contrôle, devront assurément craindre les affres de ce qui est communément désigné par la seconde mort, voire la désintégration totale de l’être.

Pablito quant à lui, sain et sauf de toute frayeur, ainsi débarrassé de cet inopportun émissaire contre-traditionnel, plutôt comme lavé, régénéré par cette intrusion bénéfique du Nagual, reprend sereinement le seul chemin terreux du ciel qui vaille, celui du cœur.

Ainsi grâce à cette mille et unième histoire de pouvoir, encore une escroquerie de verroterie échangée contre de la sacralité de la vie, qui ne finira pas selon le raisonnable dicta post-moderne, mais plutôt d’une manière poétique d’avant ce monde, permettant ainsi le renversement véritable des pôles de l’Esprit et par suite l’immigration subtile, nomade, orientale de l’âme, au secours de l’enfante occidentale, sans autre souci que l’Eternité, pour la multitude silencieuse.

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