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Publié par Hacène- Georges Bouziane

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Thème : A partir de mots issus du dictionnaire, ( gamosépale, nélombo, hiérophante, nonidi, potlatch, lampadophore, sorite, concaténation, digamma, podzol), écrire une histoire, une poésie…, voir inventer quelques définitions fantaisistes à ces mots.

Mots en italique dans le texte.

Le Grand Hiérophante Vladimir Nipoinimesure, Grand Maître de Justice de la province Ouïgour de l’empire du milieu, administré d’une main de douceur par le Grand Abou Khan, impassible, assis sur son trône de justice de bois d’olivier, jugeait équitablement les dilemmes cornéliens, justiciables, de ses concitoyens de la ville d’Azarabiloute et ceci chaque jeudi, de chaque semaine, de chaque mois, de chaque année, que dieu faisait, qu’il vente, qu’il neige, qu’il pleuve, qu’il tempère n’importe comment, même enfiévré, aphone, voir blessé, il se faisait un point d’honneur à marquer de sa présence corporelle, son engagement solennel, existentiel de Grand Maître de Justice, en ce jour dédier à Jupiter, Grand Architecte de l’Univers.

Le Noble St Louis, bercé dès l’enfance par les doux vers dédiés au mythe de cette légende vivante, s’inspirait fréquemment, pour rendre équitable justice sous son chêne, des plaidoiries prosaïques, à charge et à décharges, du Grand Hiérophante, que ce dernier finalisait fréquemment par de judicieuses sentences paraboliques, compris de tous et particulièrement des protagonistes de ces histoires engendrées par l’ontologie humaine.

Ce jeudi 23 ème jour du mois de Taurus, de l’an de grâce, de la 64000 années du septième Manou, la septième heure après midi tapant, venait de raisonner sur le gong du grand monastère shivaïte. Vladimir sans trahir l’expression de noblesse commune à son visage angélique, n’affichait aucune fatigue de quelque façon perceptible par son auditoire passant, de toute l’expression de son corps, il tenait ferme la droiture de son devoir ancestral.

Sa voix raisonnait amplement entre chaque colonne de pierres taillées, au grès de la géométrie abstraite de la grande salle des offices de justices d’Azarabiloute.

« Gardes faites entrer le plaignant suivant »…

Un homme de condition modeste issu de la caste des paysans, fit son entrée tout en genoux flexions et autres salamalekoums d’usages.

« Alors mon brave, exposes moi donc ta requête justiciable »

Les ames de basses castes d’Azarabiloute usaient d’un patois local, étrange mélange de divers parlers François-indo-asiatiques, que le grand Hiérophante dans sa grande érudition comprenait parfaitement, sans en faire usage, pour préserver une certaine distance d’avec ses ouailles justiciables.

Krishna Patata, cultivateur de son état, mineur en free lance à ses heures perdues, à cet effet associé à un étranger, d’origine douteuse, puisque issu d’au-delà du soleil couchant et fils pseudo-adoptif du père et de la mère Mma.

Krishna âgé d’une trentaine de printemps, malgré le trouble que cette entrevue lui inspirait, exprima tant bien que mal ses griefs, en vue d’obtenir équitable réparation, auprès du Grand Hiérophante.

« Eh bin grande fiente, vla donc ce qui m’amène jusqul'a ton trône d'la balance… Jé le né-lom-bo (nez long beau) tout goutteux de sang, comme ti peux le zieuter de tes propres zieutes… Le di-ga-Mma (le dit gas Mma), fils du padré et de la madré Mma, ce Potlatch (ami lâche) me laissa chagriner seul au taf de rien, plus de sept jours sans compter les nuits…

Faut bafouiller, que notre colle de compères branleurs de volailles (contrat de travail), li commence à battre de l’aile, faute de glue…

La semaine suivante, la bouille toute pleine de farine, vla ti pas que le di-ga-Mma s’la ramène le cuicuit merleur aux lèvres, pour taffer au taf de rien…

Alors Potlatch, qué j’lui lance à sa bouille de feignasse, ta rien à bafouiller en excuses…

Non-i-di (non, qu’il dit)…

Quoué ! bougre de saligaud, qué j’lui retourne dans ses feuilles de choux… Ti mit fait marner solo sous la croûte di misère di cite terre creuse… Eh bin podzol (peau de zob), pour qui j’i gribouille une nouvelle croix, aux paperasses di notre colle de compères branlots de piafs, qui j’lui crachouille à sa face de fesses de rats, de sa mère…

Con-ca-ténation (comme ça ta (la) nation), li va ti catapulter en enfer, vu qui ti es sans papelard, si ji ti grabouille pas la croix, sous li paperasse di chagrin di notre colle di lascars branle tout piafs…

Ti rêvasse qui ti va rien branler, pendant qui ji sue, comme un turc, toute la semaine d’avant le repos du seigneur… ti ma lâcher là comme un crottin d’âne, plus di un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, levers du grand luminaire, la lamp-a-do-phore (la lampe pour dos fort, sorte de lampe de mineur des temps anciens, accrochée sur le dos lors des progressions souterraines, a quatre pattes), qui mi ruine li do, pendant qui ji crapahutais telle une taupe, dans ce trou du cul du monde du dessous…

Sorite (pardon en langue grande bretonne) qui di et illico presto il li mi bousille le né-lom-bo, qui ma mama ma chier en pleine bouille…

Aussitôt ji li criasse de bave de rage, ga-mo-sé-pale (gas mais c’est pale, pas brillant) ci qui ti ma fasse subir à ma face…moé ti associé qui ti suové, di la caravane di sans paperasses, plus dune fuoié ! … ti va voir ton cul, sale di-ga-Mma, ji va mi plaignasse sans trainasse, di ci pas, à la grande fiante…

Et mi voici divan toi, grande fiante, en criasse et pleurasse pir ti grondasse ta justice…

Le Grand Hiérophante habitué aux sordides histoires épiques de ces concitoyens d’Azarabiloute, émit sa sentence :

« Ton histoire de travailleur clandestin, ne me semble pas recevable en ce lieu hospitalier que demeure la Province Ouïgour, pour quiconque en foule le sol, saches le donc avant de venir solliciter ma clémence, quant à ton né-lom-bo, mouches le donc ! il n’en sera que des plus joli, pour humer le parfum légendaire de nos roses libertaires, distiller en nos contrées… »

Krishna, pas mauvais bougre, compris instantanément sa bévue et se retira, bien sentencé.

Suite à cette énième plaidoirie, Vladimir, Grand Hiérophante de la province Ouïgour, referma le livre de justice, pour se consacrer à l’une de ses passions : l’hagiographie historique de son peuple.


Toiles Hacéne Bouziane

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