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Publié par hacène Bouziane

Num-riser0064.jpgQuelque part, au cœur des Cévennes, un bref aperçu de l’état d’âme d’un de ces nombreux randonneurs cheminant allègrement, en destination de Saint-Jacques de Compostelle.

Ali :

« Mais où suis-je ? Une chose est sûre, je suis bien en vie, rien de cassé apparemment… Comment se fait-il, que le groupe ne se soit pas rendu compte de mon absence, aurait-il mieux valu que je me pisse dessus ? » Temps de silence.

Maya :

« Tu te trouves au cœur du val fleuri, bien en vie et se suffisant à soi-même. Quand une certaine température liquide vient à frapper la pierre aux fées, les combinaisons aléatoires du temps et de l’espace, se jouent des lois cycliques »

Ali :

« Mais qui parle ? C’est quoi ces frusques moyenâgeuses ? et mon portable, il est où, putain ? »

Maya :

« Peut-être bien ta conscience, la laine vierge sied bien au repentir, seules les communications subtiles de la prière circulent aisément, sur cette voie de pèlerinage. Je suis parfaitement vierge »

Ali :

« Suis-je en train de devenir dingue ? Non je dois rêver, tout simplement »

Maya :

« Quantifier son pas n’est que pure folie, une porte ouverte sur la perdition de l'âme. Qui rêve ? le veilleur ou le rêveur, tout semble être une question de point de vue »

Ali :

« Bon ok, revenons en au tangible, on est arrivé au gîte et les autres pour me foutre la trouille de ma vie et me faire payer le simple fait d’être le seul musulman de la bande, en partance pour ce foutu bled de culs bénis, ils m’ont fait boire une tisane de champignons hallucinogènes et à présent ils doivent bien délirer sur mon compte »

Maya :

« Il n’y a qu’une réalité, la réalité divine. Qu'importe le lieu de repos, c’est la qualité de la rencontre et de la communion qui scelle la véritable compassion fraternelle. Le sceau de la prophétie ne fait que poétiser ce qui est de toute éternité. L’unicité ne se conçoit, par charité, que dans la multiplicité. Par reflet et miséricorde, la voie lactée essaime sur la terre, la luminosité des pôles célestes. Seul le centre demeure invariable milieu. Quant au ravissement, les plantes de pouvoir n’en procurent que l’amertume du prodige. Un état qui ne sert que le vil sorcier, englué dans les méandres du monde intermédiaire »

Ali :

« Apparemment rendu en un tel état, toute rationalité semble être exclue. Ces réponses me semblent être tout à la fois étranges et familières. »

Maya : « Juste une question d’états multiples de l’être. Questions, réponses, tout coule de Soi et retourne au Soi » 

Ali :

« Je savais bien qu’un jour j’aurais à regretter mes lacunes en philosophie »  Num-riser0067.jpg

Maya :

« L’amitié en matière de sagesse n’est que le préambule à toute  véritable connaissance »

Ali :

« Concrètement, je suis là au milieu des fleurs, somme toute, belles et odorantes, à deviser avec une inconnue qui se dérobe à ma vue. Hier encore, je me faisais une joie de participer à cette randonnée, entouré d’amis et fier de dépasser mes propres limites physiques. Dorénavant, aucune destination en vue, des conditions d’indigence handicapantes et une impossibilité de retrouver le fil de ma propre histoire »

Maya :

« Le parfum de la vertu enivre le sentiment de sainteté. Maya n’est qu’illusion pour le profane et immaculée conception pour l’initié. Seule la rédemption de l'âme, procure le sentiment d’une victoire d’étape. La croisée des chemins sert à séparer le bon grain de l’ivraie. Heureux les pauvres d’esprit, le royaume des cieux leur appartient. L’étoffe de la révélation se tisse en fil de Soi »

Ali :

« Bon, si je comprends bien, me voici devenu pèlerin de St Jacques, en une espèce de non-temps »

Maya :

« Jérusalem, Saint Jacques, La Mecque, ceci est secondaire et pourtant relie à la primordialité. L’éternel présent demeure au-delà de toute dualité. »

Ali :

« Après une telle épreuve, vais-je pouvoir retrouver mon état normal ? Je n’aurais pas dû abuser du kif, pendant toutes ces années. Moi qui me faisais un honneur à conclure mon sevrage, lors de cette randonnée, par une bonne épuration du corps et de l’esprit. »

Maya :

« La normalité se conforme à la norme, parfois le fou en Dieu est un des êtres les plus lucides, en ce qui concerne sa condition de créature. Le jeûne répété procure la vision juste. L’ivresse est une des voies de sainteté, des plus périlleuses. Tout est pur, pour celui qui est parfaitement pur. Seuls le corps et l'âme sont soumis aux péchés, l’esprit est au-delà de toutes contingences de la souillure. »

Ali :

« Si je fais montre de compréhension en ce dialogue énigmatique, je n’ai qu’à cheminer suivant ma bonne conscience. Je veux bien poursuivre le chemin de l’inconnu et me mettre en marche, à une condition : celle de pouvoir te voir. »

Maya :

« La discipline sied bien au novice. Le Maître n’est que le reflet du Guru intérieur propre au disciple. Connaissance, voie, délivrance, cheminant, tout se résorbe dans l’Identité Suprême. Vis, Va et Sois ! Ceci suffit amplement à l’homme de connaissance. Quant à me voir, toute précipitation n’est que négation du principe. »

Num-riser0060.jpgAli :

« Courage Ali, te voici en bonne compagnie. Toute mauvaise conscience, envolée ! . La voix de Maya me rappelle, la mélodie bienfaisante de ma propre mère, paix à son âme. Une telle baraka, ne peut être que propice à un beau voyage. Et puis ce n’est pas tous les jours que la providence d’un changement radical de vie se présente, telle une miséricorde divine. Un pas devant l’autre et intériorisation oblige ! Une telle résolution d’homme qui marche, ne peut que symboliser une réelle initiation. Point de celles qui ensorcellent, mais de celles qui délivrent pleinement. Voilà que je me parle comme empli de sagesse. »

Maya :

« le silence de l’écoute porte ses fruits, la récolte ne peut être qu’abondante. L’Esprit souffle où bon lui semble, surtout chargé de sainteté. Bon voyage Ali et sache que je chemine en toi, au rythme de ton pas. Rendez-vous, à Jérusalem, st Jacques ou bien La Mecque. »

Notre randonneur, transformé après clarté et acquit de conscience, en humble pèlerin, sans demander son reste, chemina, tant bien que mal, jusqu’à destination, en l’occurrence, Saint Jacques de Compostelle. Son allure sarrasine, ne lui porta aucunement préjudice. A chacune de ses étapes de fortune, ses hôtes lui procurèrent, sans questionnement, gîte et couvert, en parfaite gratuité, trop heureux de faire œuvre de piété.

Il faut dire qu’en cette époque moyenâgeuse, l’obscurantisme n’obstruait pas autant les esprits, avec toutes ces balivernes de fausses lumières atomiques.

Ali :

« Ma damoiselle, excusez-moi de vous importuner, auriez-vous l’obligeance de m’indiquer le chemin le plus court, pour accéder à la cathédrale de St Jacques »Num-riser0070.jpg

Maya :

« Assurément, vous êtes entre de bonnes mains, doux et miséricordieux Ali. Ma présence en ces lieux n’a d'autre oblligation que celle de vous servir »

Ali :

« Par Dieu, enfin je peux mettre corps et âme sur l’esprit bienveillant, de ma conscience. Maya, je vous vois ! »

Épilogue : Nos deux tourtereaux, réunis par la grâce divine, par delà le temps et l’espace, convolèrent en nobles épousailles, dans l’heure qui suivit leurs retrouvailles, au cœur sacré de la cathédrale dédiée à Saint-Jacques.Quelques angelots orientaux en furent les dignes témoins.

Conclusion : En Randonnée, les pauses pipi, peuvent s’avérer un soulagement, non seulement du corps, mais aussi de l’âme soumise à retrouver bonne conscience, pour le bien-être de l’esprit.

 

Toiles Hacène Bouziane

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