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Publié par Hacene Bouziane






Num-riser0063.jpgComment une si douce et frêle jeune fille, issue de la basse caste des Gopis, pouvait – elle contrevenir aux règles élémentaires, que se doit d’observer toute jouvencelle soumise au diktat patriarcal, immuablement en vigueur, au sein de la société Avarim ?…


De prime abord, la réponse ne peut être appréhendée qu’au travers d’un prisme, pareil à ces figures géométriques singulières prenant la fantaisie de s’adonner au transformisme mutagène et spontané de ses propres  contours.


Tel que la rondeur qui se mire dans le miroir doté de quatre faces, parfaitement identiquement répliquées,  pour que se reflète aisément toute la circonférence de sa périphérie charnelle.


En préambule, juste une question de principe, que condense par ses non- agissements, le centre initial de cette histoire.


Quoi qu’il en soit, sortir de la forme ne pourrait que desservir le contenu. L’information primordiale du récit vibre encore à l’unisson d’un cri primal, que dis-je d’une plainte d’outre-tombe, emplissant de par ses origines, à l’instantané d’un expire, tous espaces en devenir.


L’innocence sanctifiée mise en croix sur le bûcher des exécrations usurpatrices, psalmodia en une glossolalie universelle, toute la vertu de sa raison d’être, puisée au cœur de son intuition intellectuelle fulgurante. La négation faite femme, diront les faux dévots, immanence et transcendance de la Shékinah, taira l’initié.


L’auditoire du cercle le plus extérieur de la confrérie Ephrata jura par l’entendement de ses deux feuilles de choux, qu’Hana fille de Yabboq nia toute appartenance corporative, subtile, voire spirituelle,  au cercle des sorcières Ouriyadou. Encore une vile  assertion hâtive que s’empressa de répandre l’âme sombre d’Issakar par effet de  ricochet, sur toutes les longitudes et latitudes des provinces Avarim.


Cette tournure des événements, suscitée par le retournement de situation, que seul un coupable injustement présumé peut impulser, par sa force victimaire légitime, se fraya une fulgurance dans le sillon de la survie.  Vérité mise en bandoulière, tracée en  lettres de feu sur le buste de Liberté, Hana nia !
 

 

Tel un chant épique, le fait s’empara de toutes les préoccupations du peuple Avarim. Il se fredonnait sur tous les tons des verbiages Avarimins, jusqu’au fin fond Num-riser0068.jpgdes contrées désertiques de cette terre du milieu. Le vocable usité en la circonstance se décomposait ainsi, Hananya, Hananya, Hananya…La répétitivité sous cette forme de  litanie psalmodiée prenait l’ampleur d’un mouvement de résistance, pareil à ceux  qu’esquissent les cœurs simples confrontés à l’infamie.


Yabboq, sage pasteur semi-nomade des basses terres Avarimines, zone franche et inhospitalière, éleva seul ses sept filles, toutes promises au destin pastoral des sages Gopis.


Sa femme, la belle Ephod, avatar de Prakitri, tristement décédée en couche, lors de la naissance de la benjamine, désira que l’on prénomme l’enfant du doux prénom d’Hana, pour qu’elle puisse couronner ses six sœurs, par ordre décroissant : Lyse, Tomie, Thème, Stasia, Morphose, Erobie et ainsi conjurer le sort.  

 
Selon la loi patriarcale elles  devaient obéissance à leur père, en toutes choses, de la plus commune à la plus intime.


Yabboq doté d’une nature bienveillante, âme éclairée au feu d’Agni, n’usait jamais des foudres d’Indra, pour contraindre ses filles à la servitude despotique. Contrairement au tyrannique usurier Issakar, il usait de douceurs attentionnées.
Issakar régnait d’une main de fer sur les hautes terres Avarimines, riche contrée d’abondance. Ses sept rejetons,   issus de sept marâtres différentes, co-administraient la terreur du père, sur toutes individualités soumises à cet autoritarisme dévoyé. Asura, le plus ignoble de ce septuple poison consanguin, menait nuitamment la meute chasseresse, aux lisières de la violence gratuite, semant la terreur sur ses obligés, en guise de domination absolue.


Gare au récalcitrant, la fureur confraternelle ne tolérait aucune insoumission, le drôle  finissait sa hardiesse au bout du gibet ou bien se voyait octroyer un sourire ineffable, taillé à la pointe de la dague du sadique Asura.


 Num-riser0071.jpgPar crainte des représailles, la piétaille se cousait la bouche, à l’aide d’un fil de silence. Ainsi prise en tenaille par  les misères du labeur quotidien et la scélérate loi abjecte, de la victime désignée au bon plaisir arbitraire de ce brigandage oligarchique, elle ne pouvait que compter sur son abnégation martyrologique.


Le seul trophée qui faisait défaut à leur prédation, ivre de totalitarisme congénital, était la vertu légendaire des sept Gopis, entièrement dévouées à la dévotion de Krishna et affermies par les enseignements traditionnels du Véda, transmis par la sagesse ignée d’un père, secrètement fidèle adepte de Brahma.


Les Brahmanes de la confrérie Ephrata ne percevaient en Yabboq, que les effluves mystiques d’un majdhub, sans percevoir dans ses danses extatiques, la pantomime chorégraphique du Soi.


Atma se reflétait aisément, à qui pouvait « voir », dans la profondeur du regard bleu turquoise, de l’humble Yabboq.


Un soir de pleine lune rousse d’été, Hana et ses sœurs ne soupçonnèrent pas la présence cachée d’Asura et de ses six démons de frères, tout occupées qu’elles étaient par les préparatifs du bain rituel des nymphes de Vishnou, en bordure du lac des cygnes.


Lorsque les fleurs de lotus s’entrouvrirent, pour prévenir les sept Gopis du danger imminent, sept ombres spectrales fondirent sur elles. Tout semblait consommer, en cette forfaiture d’assaut libidineux, de ces sept queues dressées au firmament de l’enfer,  sans compter sur la fulgurance d’esprit d’Hana, qui en un cri  d’effroi repoussa la fronde fornicatrice, de ce septuple rut animal.


Asura  et ses six satyres de frères se retrouvèrent cul nu sur la berge, leurs pines pendouillantes de honte, entre le tremblement de leurs cuisses apeurées, ainsi le corps ne ment pas.


Ils s’en retournèrent bredouilles, ne sachant que trop que la légendaire Baraka du sage Yabboq, apposée sur la tête de sa progéniture, sept fois démultipliée, ne pouvait souffrir une confrontation directe avec les esprits malins.

  
Hana rassura ses sœurs, les invitant sereinement à poursuivre le rituel du bain des nymphes de Vishnou. Ainsi l’esprit d’Ephod pourrait perpétuellement vivre en elles sept.


Yabboq, à leur retour du bain ne put que sourire de la vigilante défensive d’Hana, Num-riser0060.jpgmais en secret il percevait que la honte bue d’Asura ne pouvait que se transformer en amère frustration.


Les vues justes de Yabboq, se concrétisèrent dès le lendemain. Une délégation composée des plus hauts Brahmanes de la confrérie  Ephrata vint lui rendre visite, pour s’entretenir à leur dire d’une affaire de la plus haute importance, pour la quiétude d’Avarim.
Asura, fil d’Issakar, affirmait que la veille à la lueur de la pleine lune rousse d’été, il avait pu entrevoir la transformation lycanthrope d’Hana , au bord du lac des cygnes, en une de ces satanées Mélusine d’Ouriyadou.


Effectivement, l’accusation résonnait de toute sa gravité, car les sorcières Ouriyadou depuis leur disparition soudaine d’Avarim,  voici près de 490 années lunaires, avaient conjecturé leur retour des enfers, pour une vengeance des plus meurtrières à l’instar de la septième génération des frères de la confrérie Ephrata.


Et cette génération désignée n’était autre que la leur. Ce qui ne fit qu’amplifier leur certitude, concernant la duplicité d’Hana.

 

Soit, se dit Yabboq, que le tribunal d’Avarim se réunisse pour juger de cette affaire. Hana, contre son gré tout intériorisé, fut dans l’obligation de se soumettre à la décision d’un père confronté aux scélérates rumeurs, proférées par Asura, qui en pareille situation ne faisait que répliquer le caractère diffamatoire de son père Issakar. On traîna la pauvresse au prétoire, là où se tenait tout un auditoire en sa défaveur.


Yabboq, Lyse, Tomie, Thème, Stasia, Morphose, Erobie, furent la seule présence de soutien, lorsque fut lu le chef d’accusation, suggérant les hypothétiques appartenances d’Hana, qui ne connaissait jusqu’à ce jour néfaste,  que la transformation de la chrysalide en papillon de paradis.


La ponctuation du scabreux récit, se faisait entendre dans la clameur outrée de la foule, emplie de superstitions assassines et trop haranguée par les invectives d’Issakar, malheureusement désigné comme accusateur public en cette affaire, en sa qualité de Brahmane séculier auto-proclamé.


Tout semblait consommé, le bûcher expiatoire semblait s’embraser, à chacun des gestes accusateurs d’Issakar, mais le regard bleu turquoise de Yabboq ne cillait pas.


Puis selon la loi patriarcale en vigueur à Avarim, la défense assumée par le vieux Zabulon, à demi  sourd et aveugle, put balbutier quelques rhétoriques, dictées par une sénilité avancée.


Il toisait ouvertement Hana, loin d’être défaite par une quelconque défaite, pour lui soutirer quelques aveux en signe de bonne volonté, ce  qui lui permettrait d’obtenir aisément le coup de grâce, quand l’atrocité de la douleur se ferait sentir entre les flammes purificatrices.
Num-riser0072.jpgLe seul plaidoyer d’Hana fut ce cri primal de l’innocence de l’âme, pure, bafouée, qui raisonne encore dans les annales judiciaires d’Avarim.


Une psalmodie de Glossolalie coulant sans discontinuité du verbe immaculé d’Hana, vint mettre en images irréfutables, les dessous de cette affaire sur chacune des rétines pantoises de cet auditoire, devenu honteux de sa propre crédulité bête et méchante… La malédiction des sorcières Ouriyadou, s’était bien actualisée sur le règne de la septième génération  de la confrérie Ephrata. Ceux qui en furent les dépositaires désignés, n’étaient autres que les fils d’Issakar, qui finirent par tomber le masque et se dévoiler tels que leur démoniaque intériorité les mouvait dans la turpitude de leurs esprits malfaisants.


Yabboq, attendait patiemment ce jour de vérité pour accomplir sa danse imparable du Soi, selon la volonté d’Atma. A chacun de ses pas, Asura et ses six démons de frères se liquéfièrent, au pas final de la chorégraphie de Yabboq, il ne restait plus qu’une flaque excrémentielle, à chacune des places usurpées par ces créatures des enfers.
 

 

Issakar blêmit  et ne put que ramasser la perfide dague d’Asura pour se déboutonner prestement le ventre, devant les yeux ébahis de la foule, qui ne put que conclure en ce geste au point final de la servitude.
 

 

Ce fut la liesse en Avarim, les bouteilles de Jéroboam millésimées circulèrent plus d’une semaine, pour fêter le cri de vérité, car dans sa droiture angélique, Hana nia !
 

 

Que peut-on prétendre si ce n’est que la vertu de la négation, lorsque  doit se dévoiler des histoires de Pouvoir concernant Brahma ?
 

 

L’hymne védique le plus répandu en Avarim, depuis ces temps immémoriaux demeure le chant Hananya, que l’on danse et chante au bord du lac des cygnes, pour l’action de grâce d’Ephod, noble épouse du saint Rishi Yabboq.

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