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Publié par S. Granjon

 

La Victoire…en suspens

 

Num-riser0073-copie-1.jpgUn premier automne avait vendangé, à cuves gorgées de sang. Puis la guerre engluée, mais pressée de moissonner, eut recours à l’assaut des tranchées, à travers la boue et les rats.

 

Pendant ce temps, à l’arrière, on multipliait les « Journées » et les soirées de gala au profit des soldats. Après celle de juin, au bénéfice des trains sanitaires, le théâtre Massenet en organisait une autre, réservée aux œuvres locales de bienfaisance, et surtout au « Lit de repos du Combattant ». Alors que la casemate abritait déjà pour beaucoup un lit du repos…éternel.

Forte de son récent succès dans la capitale, « la Victoire en chantant ! » s’étalait à l’affiche. Le théâtre stéphanois en fixa le spectacle au jeudi 16 septembre. Il annonçait une revue d’actualité, présentée en vingt tableaux par des artistes parisiens, la compagnie Doriane du théâtre Antoine. Précédée de sa brillante réputation, ajoutait le programme, elle poursuivait une tournée à travers la France, juste après son triomphe à Lyon.

 

Un flambeau d’élans patriotiques ( photo Jeanne Bourgeois, dite Mistinguett )

Fichier:Mistinguett by Nadar.jpgLes plus fameux comédiens et chanteurs s’étaient regroupés pour interpréter l’œuvre patriotique, inédite et, paraît-il, d’un goût parfait. Ils s’en trouvaient aussi les créateurs, à commencer par la directrice de la troupe, Jeanne Doriane, fidèle à son cher public stéphanois, Cécile Daulnay, une étoile au firmament, Henri Collen, du théâtre de la Porte-Saint-Martin, interprète de cinéma aussi adulé que l’était Max Linder. Etaient encore évoqués la belle Francesca, l’endiablée Orlanda, Rems’s, l’inimitable danseur anglais, enfin la magistrale Jeanne Bourgeois, de l’Opéra-Comique, à la voix puissante et souple ; sans compter trois autres comiques, ceux-là dans le genre troupier.

Le théâtre Massenet, et après lui l’ombre de ses murs, en garda-t-il « l’inflexion des voix qui se sont tues » ? Se souvint-il au moins d’avoir laissé des traces au fin fond des tranchées, et d’avoir remonté le moral du poilu ?

La semaine d’avant, ce même mois de septembre 1915, une poignée de dissidents politiques et syndicaux réunis, en Suisse, au village de Zimmerwald, invitait les peuples à exiger de leurs gouvernements la fin de la guerre « sans annexions ni indemnités ». A la Victoire en chantant, ils préféraient…la Paix en protestant.

 

 

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