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Publié par S. Grangon

Débusquer l’embusqué
( mobilisation pour la grande guerre 1914-1918 )

 

 

« Frères, n’ayons qu’une volonté : puisqu’on veut battre Maman, défendons-la. »

 

A la déclaration de guerre, un quotidien local évoquait ainsi la mère patrie, en un cri rassembleur et curieux qui traduisait le choc émotionnel. Des garçons de dix-sept ans demandèrent au préfet un emploi pénible à la ville.

En quatre jours les scouts installaient le cantonnement du 102e territorial dans l’Ecole normale de filles. Quant au bureau de recrutement stéphanois, il avait reçu le 5 août plus de deux mille demandes d’engagement.

Un des jeunes gens qui, place Dorian, arrosaient le départ d’amis mobilisés, s’excusa pour rendez-vous urgent. Un tout nouveau soldat répondit : « Moi, ma gonzesse, c’est maintenant ma baïonnette », bien sûr au canon…mais de rouge, auraient pu poursuivre les habitués des cafés dansants. Ils ouvraient toujours leurs portes, et pas seulement aux hommes très mûrs.

 

Tous debout face à l’ennemi !

http://www.grande-guerre.org/images_articles/emprunt04.jpg

 

« Les appels se font suivant un ordre établi », redit La Loire républicaine à ceux qui s’étonnaient des nombreux mobilisés en ville. Pour les multiples lettres scandalisées par de jeunes embusqués dans les bureaux, La Tribune républicaine livra une enquête : « Les secrétaires, cyclistes, automobilistes ou plantons, sont à peine une cinquantaine. Ils sont huit à la Division, sept à la Place, quinze au recrutement, douze à la sous-intendance, trois au génie. Deux automobilistes militaires sont chargés du service des ambulances ».

La presse eut beau faire état de l’impatience des volontaires à se trouver incorporés, l’opinion déchaînée s’en prenait aux planqués de tout poil, et pourtant pas « poilus » de sitôt ; un jour aux ajournés de la classe 14, alors que la classe 15 était appelée d’office ; un autre aux réformés-stratèges pour états-majors…de buvettes. Une pétition indignée circula.


Affiche sur l'emprunt patriotique de 1918 représentant un soldat et une ménagère provençaleLa loi du 7 août 1913 obligeait, certes, les exemptés à subir des examens successifs, mais sans s’appliquer aux classes précédentes. Pour y remédier, il fut décidé en septembre 1914 leur convocation au conseil de révision. Et à partir du 26, les forces de l’ordre pourraient interroger tout individu en âge de servir sur sa situation militaire, en n’importe quel lieu public. Rien cependant ne saurait mettre un terme réel à l’incompréhension entre l’arrière et le front. « Il vaut mieux tirer sur sa pipe en regardant en soi », avouait en permissionnaire Mac Orlan, qui avait pris le parti de … se retrancher.

 

27 septembre-3 octobre 1914 les embusqués

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