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Publié par Pierre Thevenin

( dédié à Eric Besson : petite contribution au débat sur l'identité nationale )

En grand secret, de nuit, je fus conçu                           Tous les dimanches que le Bon Dieu faisait
Et même, pour tout dire, à mon insu,                           Pendant qu'autour de nous l'on s'amusait
On reconnaît dans ces agissements                               Innocemment à l'ombre des charmilles,
Des comploteurs les sournoises façons :                       Nous qui ne voulions pas tuer que le temps
Pas étonnant quand on sait que maman                        Après la messe nous allions en famille
Etait sémite et papa franc-maçon.                               Xénophober, c'était plus excitant.

En l'an quarante, par un matin d'hiver,                          Un jour, tandis qu'en sol périgourdin
Tous deux, partant pour le diable vauvert,                    J'en tenais un au bout de mon gourdin
Accompagnés de messieurs étrangers,                           Après une course pour le moins méritoire
M'abandonnèrent à mon sort incertain,                         ( Par cette chaleur il fallait être fou ! )
Moi qui aurais tant aimé voyager :                                 Surgit un homme de derrière notre histoire
Une preuve encore de leurs fourbes instincts...              Qui dit : " Pardon, j'étais là avant vous ! "

Mais comme ils ne sont jamais revenus,                       De Cro-magnon en droite ligne issu,
Craignant peut-être qu'on ne les reconnût,                    Le bougre fit d'un seul coup de massue
J'en profitai pour me faire adopter                               Chanceler en même temps que mon corps
par un jeune couple de meilleur aloi                              Ma conviction car, pour Celte qu'on soit,
Qui, au mépris de mon hérédité,                                   Vous le voyez, il est possible encore
Fit de moi un authentique Gaulois.                                 De trouver plus autochtone que soi.

Dès lors, négligeant mes autres hobbies,                        Jusqu'alors, quoique Gaulois d'occasion,
Je m'adonnai à la xénophobie,                                       J'avais bien mérité de la nation,
Activité salutaire s'il en fut,                                           Mais là, vraiment, le coeur n'y était plus,
Mêlant le sport et l'idéologie :                                        Et ce d'autant moins qu'il avait cessé
C'est un bonheur en ce monde confus                              De palpiter, d'où finement l'on conclut
De savoir où donner de l'énergie.                                    Que j'avais tout bonnement trépassé.
                                                                                
                                             Tout cela ne serait pas arrivé

                                   Si de la vie on m'avait préservé

                                  En temps voulu et, vu mon ascendance,

                                 Comment ne pas en tirer la leçon

                                 Que c'est encore, selon toute évidence,

                                             La faute des Juifs et des francs-maçons ?



"Le xénophobe" n'est pas un texte récent, bien qu'il soit, hélas, plus que jamais d'actualité. Il doit avoir une vingtaine d'années. Je me rappelle que j'étais en train de l'écrire quand il y a eu un meurtre raciste à Roanne : un connard avait tiré sur un jeune Maghrébin qui le regardait de travers et, en guise de remords, il avait dit que son chien était dressé pour "les" attaquer. C'est là que je me suis rendu compte que c'était pour certains un véritable sport national.

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