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Publié par Pierre Thevenin

 

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"Mes chansons sont à tout le monde,

elles sont faites pour être chantées"

Georges Brassens

 

 

« Il y a quelques années, au cours d'une discussion littéraire, quelqu'un demanda quel était le meilleur poète français actuel et je répondis sans hésiter :

Georges Brassens »

Gabriel Garcia Marquez

(prix Nobel de Littérature 1982 : « Cent ans de solitude »,

« L'automne du patriarche », entre autres chefs-d'oeuvre ).

 

Mais il faut de tout pour faire un monde ( et le droit à l'erreur fait partie des droits de l'homme ) :

« L'Académie française vient de se couvrir de ridicule en décernant son Grand Prix de poésie à Georges Brassens. C'est là non seulement une décision ahurissante mais un coup très dur porté au prestige même du lyrisme, tel qu'il ne cesse de se détériorer en France aux yeux du grand public. (...) Le rôle de l'Académie est de réveiller les consciences, de guider la foule, d'élever le niveau des sensibilités. Qu'elle ait voulu protester contre un certain lyrisme cérébral, soit. Elle aurait pu, à supposer qu'elle ait voulu récompenser un poète abordable, choisir Queneau ou Prévert. Mais Brassens ? Allons, j'ai rêvé. Je devrais me calmer. Je sais bien qu'il n'y a plus de poète quai Conti, On va élire, dans le proche avenir, Jouve, Aragon, Char, Emmanuel, Guillevic, La Tour du Pin, n'est-ce pas ? On n'y attend que leur bon vouloir. Ne me dites pas que je me trompe et que le prochain académicien s'appelle Fernandel. Lui aussi, il chante. »

Alain Bosquet, poète et romancier (1919-1998),

( dans « Combat » du 10 juin 1967)

 

Qu'entend-il, le susnommé, par « poète abordable » ? Est-ce à dire que la poésie, la vraie, ne doit concerner que l'élite ? Mais alors, comment l'Académie peut-elle bien « guider la foule » si les poètes qu'elle honore ne sont compris que par quelques-uns ? Si c'est la musique qui le gêne, quid des troubadours et trouvères d'antan ? Et comment se fait-il que Louis Aragon, qui semble avoir toute sa faveur, ait laissé Ferré, Ferrat, Brassens et d'autres mettre des notes sur ses strophes ?

AVT_Yvan-Audouard_4371.jpgBref, passons et retenons le seul jugement de Garcia Marquez. Habituellement, celui qui reçoit le Grand Prix de poésie entre sous la Coupole dans les dix années qui suivent. Pas Brassens (ni, du reste, Bosquet qui fut lauréat en 68 ). Dans le Canard Enchaîné du 14 juin 67, Yvan Audouard (1), un pilier du journal, s'est amusé à écrire le discours que Brassens aurait pu prononcer s'il avait fait son entrée chez les Immortels.

En voici quelques morceaux choisis :

 Cela commence par une citation du Larousse :

- « En 1857, le poète (Alfred de Musset) est usé par l'alcool, la maladie et les excès de toutes sortes. Il entre alors à l'Académie ... »

- « ... Je me demande  (là, c'est Brassens qui est censé parler ) si, au fond, vous n'êtes pas de vrais fumiers. Vous vous êtes dit : « Brassens, en ce moment, il a des ennuis avec ses rognons. Il a plus tout à fait sa tête. Et puis il est brave, il n'osera pas dire non » ... » .

- « ... Cela fait un quart d'heure à peine que je suis parmi vous. Et je m'emmerde déjà comme jamais je ne me suis emmerdé de ma vie ... »

- « ... Je ne voudrais pas que vous vous soyez dérangés pour rien. Je vous quitte. Mais je laisse volontiers ma place à Alain Bosquet qui a, beaucoup plus que moi, le genre de la maison ... »

Dans la facétie d'Yvan Audouard, Brassens héritait du fauteuil occupé par le cardinal Tisserant et il est un détail que le journaliste devait ignorer ( on n'avait pas Internet à l'époque ) : l'ecclésiastique était le fruit d'un Tisserant ( évidemment ! ) et d'une ci-devant demoiselle Connard. Brassens succédant à un Monseigneur issu d'une lignée de Connards, vous avouerez que ça ne manque pas de sel ! En réalité, le siège de Tisserant ne serait pas vacant avant 71 mais, surtout quand il s'agit d'un Connard, le fût-il par sa mère, on sait que le temps ne fait rien à l'affaire.

A propos de gens d'Eglise, je repense aux élucubrations d'un petit cureton que j'ai côtoyé quelques années ( nul n'est parfait ) : selon lui, les musiques « de Brassens » n'étaient pas de Brassens ( pour « Le petit joueur de flûteau », elle venait de Mozart : de quelle oeuvre ? Même Dieu ne doit pas le savoir. On n'a pas eu droitPIERRE-1.JPG non plus à d'autres exemples ). Quant aux textes, disait-il, c'est du Béranger. Pas François, Pierre-Jean de Béranger ( 1780 - 1857 ), dont Jean-Louis Murat a repris quinze textes avec des musiques de son cru il y a quelques années.

  De ce Béranger-là (2), je ne connaissais que « Le roi d'Yvetot » ( inspiré par Napoléon ) que ma mère, en faisant son repassage, entonnait volontiers entre deux cantiques. Je suis donc allé voir de plus près. J'ai trouvé pas mal de similitudes avec tonton Georges. Surtout la veine grivoise. Et l'attitude irrévérencieuse. L'une et l'autre ayant valu au sieur Béranger quelques séjours en prison.

 Brassens, quant à lui, n'a connu que la garde à vue, et pas du tout pour les chansons qu'il n'écrivait pas encore mais pour sa fameuse participation, en tant que guetteur, à des « casses » et dont il a tiré plus tard « Les quatre bacheliers », assurément le plus bel hommage jamais rendu par un fils à son géniteur ( si vous désirez en savoir plus, je vous renvoie à l'excellent ouvrage de Bernard Lonjon : « J'aurais pu virer malhonnête ; La jeunesse tumultueuse de Georges Brassens », aux Editions du Moment ).

 Pour étayer mon affirmation concernant les similitudes, je vous offre quelques vers d'un poème de Béranger intitulé « Le sénateur » :

« ... Certain soir à la campagne

Il nous mena par hasard ;

Il m'enivra de champagne

Et Rose fit lit à part :

Mais de la maison, ma foi,

Le plus beau lit fut pour moi ... »

  Une Rose qui n'attendait même pas que son époux soit à la pêche pour faire au sénateur les honneurs de sa couche ! 

Brassens a mis en musique « Ballade des dames du temps jadis » et il a évoqué Villon ( dans « Le moyennâgeux » ) mais jamais Béranger qu'il avait forcément lu,3-brassens.jpg étant donné l'étendue phénoménale de son érudition. Pourtant, si l'on consulte les sites consacrés à Béranger, on y trouve quelques citations rappelant celle de Garcia Marquez :

« Un des plus grands poètes que la France ait jamais produits » ( Chateaubriand, qui voulait le faire entrer à l'Académie française ( décidément !) mais se heurta à une fin de non-recevoir )

« C'est un poète de pure race, magnifique et inespéré » (Sainte-Beuve)

Plus étonnant encore :

« Béranger est le génie bienfaisant du siècle » (Goethe, qui, ainsi que tous les Européens lettrés d'alors, maîtrisait parfaitement le français, beaucoup mieux, cela va sans dire, que notre actuel premier magistrat ! )

On peut se demander pourquoi Béranger a eu autant de mal à passer les deux siècles qui nous séparent de lui. Des textes sans doute trop « datés », collant souvent à l'actualité : ce sont non seulement des chansons comme « Les bacchantes » mais également ses attaques, indirectes et cependant assez transparentes, contre Louis XVIII qui l'ont conduit au tribunal. Que demeure-t-il, d'ailleurs, des pastiches circonstanciels dont les chansonniers de naguère nous régalaient ?


Les poèmes de Brassens ont, eux, l'avantage d'être intemporels, à de rares exceptions près : pour n'en citer qu'une : « Le roi » qu'un interprète de ma connaissance, Jean-Michel Denis, avait actualisé en faisant, entre autres modifications, disparaître Chirac dans le gouffre de Padirac.

6-brassens.jpgA vrai dire, les chansonniers, je les ai peu entendus. Il a fallu que j'atteigne l'âge de 14 ans pour avoir la radio chez moi, en pleine vogue de « Salut les copains ». Ceci dit, mon idole du moment fut Petula Clark qui n'était pas la pire. Puis, après un passage par Jean Ferrat, Anne Sylvestre (« La femme du vent » provoqua chez moi un véritable choc) et Anne Vanderlove, j'ai pénétré à petits pas dans l'univers de Brassens. Quelques bouts de chansons se sont mis à me trotter dans la tête : « Le petit cheval », « Le parapluie » ...). Il disait lui-même que l'on n'entrait pas dans ses chansons comme dans un moulin. Je puis en témoigner. Et là, j'aimerais rendre grâce à mon prof de philo, Monsieur Mourier, pour nous avoir proposé comme sujet d'exposé : « Le conformisme anticonformiste de Brassens » ( à moins que ce ne soit l'inverse ). Quatre heures durant, nous avons pu entendre, enregistrées sur un magnétophone à bandes et assorties de commentaires pertinents de la part de notre condisciple chargé de l'exposé, des chansons de Brassens. Je crois que ce fut mon véritable chemin de Damas.

Il m'a fallu plus de temps pour pénétrer chez Brel, peut-être parce que celui-ci était plus un peintre de la chanson ( je suis moins sensible aux tableaux de maître qu'aux belles histoires ) et tonton Georges un conteur.

 

Avec la première chanson que vous avez pu découvrir début mai sur « le Dix Vins Blog », « La file indienne » ( idéale pour les guitaristes débutants puisque accompagnée, à l'instar du « Gorille », avec seulement deux accords ), on en a une parfaite illustration. Le texte s'apparente à ce que les conteurs nomment une randonnée, avec des personnages qui viennent grossir la troupe à chaque couplet et puis, dans l'autre sens, les réactions en chaîne entraînant, comme de bien entendu, in fine ( ainsi que s'expriment de nos jours les politiciens et autres folliculaires) la mort du flic et le défilé qui se mue en convoi funèbre.

Cette chanson, Brassens ne l'a pas enregistrée en studio. Il en existe une version réalisée entre copains et entrecoupée de commentaires du genre : « C'est trop mou - je peux pas m'accompagner ». Il l'a proposée aux Frères Jacques qui l'ont brassens_groupe_3.jpgrefusée parce qu'ils la trouvaient trop difficile à mettre en place.

C'est dommage parce qu'il y avait là matière à élaborer une mise en scène désopilante. Par bonheur, des interprètes, comme les Vigoureux Cacochymes, que vous avez entendus dans la vidéo, ou encore Maxime Le Forestier se la sont appropriée.

 

La charge anti-flics du Sétois atteint bien entendu son point culminant avec « Hécatombe » (depuis le 13 mai sur le blog). En accord avec Elsapopin, j'ai veillé à ne pas mettre de chansons trop connues, « Hécatombe » et "Le temps ne fait rien à l'affaire" confirmant la règle. Le même sourire de gamin farceur que Brassens arbore une fois plaqué l'ultime accord de ces deux chansons, c'est ce qui m'avait déjà frappé la seule et unique fois où je l'ai vu en chair, en os et en sueur à Lyon, à la fin des années 60.

vecto-brassens-1242300202-jpg-1242300202-vecto-Y-90-490Quand d'autres mesurent le niveau de leur récital au nombre de semi-remorques nécessaires au transport de leur matériel ( pardon, de leur matos ; matériel, c'est d'un commun ! ), ses spectacles étaient des soirées entre amis. A la bonne franquette.  S'il se trompait dans les paroles, il en riait et le public avec lui. Il n'était, certes, pas de ces danseuses qui veulent froufrouter plus haut que leur tutu.

  Mais revenons à « Hécatombe » : hormis celui des facteurs et des pompiers, Brassens éprouvait, en libertaire conscienceux, une aversion absolue pour  l'uniforme. Invité à « Apostrophes » pour soutenir Bernard Clavel face à quelques badernes ( dont le para Marcel Bigeard qui a pris le 18 juin dernier, et, pour une fois, sans redescendre en chute libre, la clé des cieux ), il avait rétorqué aux badernes en question, afin de couper court à leurs assauts de flagornerie : « Ne dites pas trop de bien de mes chansons, vous allez me faire perdre mon public ».

Des dizaines, voire des centaines, de fois sur le métier il était capable de remettre son ouvrage pour aboutir à la perfection que l'on connaît mais il avait aussi le sens de la répartie qui tue ( enfin, qui tue ... nettement moins que les petits gars de Bigeard en Indochine ou en Algérie ).

Il affirmait ne jamais traverser en dehors des clous pour ne pas avoir affaire aux pandores. Et c'est seulement dans « Hécatombe » que le mot « anarchie » est lâché. Nulle part ailleurs dans son oeuvre chansonnière il n'apparaît. Glissé là, au beau milieu d'une farce. Rien de commun avec les professions de foi un peu lourdes d'un Ferré ( que je ne voue pas pour autant aux gémonies car il a écrit d'autres choses beaucoup moins maladroites ) : « Graine d'ananar » ( jeu de mot poussif ), « Les anarchistes ».

Brassens avait pour credo :

« La seule vraie révolution, c'est d'essayer de s'améliorer

soi-même en espérant que les autres en feront autant ».

  Sur le tard, il eut du reste à coeur de réhabiliter les flics dans « L'épave » ( de même qu'il l'a fait pour les calotins dans « La messe au pendu »). Le13.gif porteur d'uniforme se montre plein d'humanité lorsqu'il le couvre avec sa pèlerine, craignant qu'il ne tombe malade, tandis que tous les autres passants, profitant de sa vulnérabilité d'ivrogne jeté sur le trottoir par un cabaretier mal  embouché, lui avaient dérobé qui sa chemise qui ses souliers qui sa culotte. C'est, du reste, si ma mémoire ne me trahit pas, un événement vécu. Non qu'il eût été jeté ivre mort d'un bistrot mais parce qu'il avait dû s'allonger, saisi par une de ces crises de coliques néphrétiques dont il a souffert toute sa vie ( ce qui explique l'allusion aux rognons dans le discours écrit par Yvan Audouard ), et qu'un représentant de la loi s'était approché pour lui proposer son aide.

 

En ne prenant en considération que les poèmes parus sur le blog, on trouve nombre de références autobiographiques :

L'histoire de la chanson intitulée « La Princesse et le Croque-notes » peut difficilement avoir été inventée de toutes pièces.

Avec « Le Pornographe » et « La non-demande en mariage », tout est parfaitement clair. La langue verte dont il a usé  (mais pas abusé ) faisait que ma mère préférait chanter des cantiques plutôt que des couplets du « polisson de la chanson ».Il n'a certes pas été le premier à parler de fesses et de bordels mais avant lui il y avait la poésie érotique avec carré blanc ( Colette Renard en a enregistré un double CD que je vous recommande ) et celle que l'on pouvait faire entendre aux enfants. A l'école, j'ai appris du Richepin, du Victor Hugo, du Hérédia mais pas « La digue du cul » ni « Le curé Pineau ».

A ses débuts, « le pornographe du phonographe » a connu la censure médiatique. Par bonheur, Europe n° 1 n'en eut cure et le diffusa sans que les auditeurs se voient condamnés au feu éternel.

« La non-demande en mariage », quant à elle, est une lettre ouverte à Püppchen (4), sa compagne ( de son véritable nom Joa Heiman, d'origine estonienne ) pendant plus de trente ans. Il n'était pas question pour lui de convoler en justes noces ( ou 141043puppchen_0007.jpgpeut-être « après longtemps d'amour, longtemps de fiançailles « ).

A cet égard il fut un précurseur. Non qu'il eût cultivé un anticonformisme forcené, loin s'en fallait. Dès qu'il fut un artiste reconnu, il porta toujours costume et cravate sur scène par respect pour son public. De même, il quittait généralement la capitale au moment des vacances pour faire comme tout le monde. Marque suprême de délicatesse : un jour, sachant que Trenet se trouvait dans la salle, il omit volontairement de chanter un couplet dans « Les trompettes de la renommée » : « Sonneraient-elles plus fort, les divines trompettes/Si comme tout un chacun j'étais un peu tapette ... ».

 

S'il n'a pas eu de descendance, se plaisait-il à répéter, ce fut pour pouvoir mieux s'occuper de ses chansons. Lors d'un café littéraire consacré à Brassens, j'ai entendu que Püppchen ne pouvait pas enfanter. En réalité, elle avait un fils d'un premier lit. Donc, l'explication ne tient pas. Etait-il lui-même stérile ? Bien franchement, on s'en fout. Des gniards, la France en a suffisamment pour assurer, quoi qu'en disent certains, le paiement des retraites jusqu'à ce que l'énergie atomique mette un point final à l'aventure humaine, alors que personne n'a écrit ni n'écrira de chansons comme les siennes.

 

De la camarde, qui, disait-il, faisait partie de ses projets, il est beaucoup question dans ses textes : « Funérailles d'antan », « Pauvre Martin », « Bonhomme », « Le testament », « Le vieux Léon » « Oncle Archibald », « Supplique pour être enterré à la plage de Sète », « L'ancêtre », « Le fossoyeur », « Les quat'z'arts ».

Et aussi « Trompe la mort » (17 mai sur le blog) et « L'andropause » (20 mai).« Trompe la mort » est un pied de nez à la Faucheuse qui me rappelle une autre chanson, de Jehan Jonas (un ACI mort à la fleur de l'âge et malheureusement bien oublié !) : " Le mort de théâtre ". L'histoire d'un acteur qui casse sa pipe tous les soirs et ressuscite à la fin de la pièce comme par enchantement. Jusqu'au jour où ...

Pour Brassens, ce fut le 29 octobre 1981...

 

« L'andropause » un de ses plus beaux textes à mes yeux, d'une extrême pudeur où il envisage sa fin comme celle d'un Casanova qu'il n'était pas. Et les femmes regretteront « ses manières civiles » et s'en iront forniquer avec n'importe qui. Quand a-t-il écrit « L'andropause »? Sans doute peu de temps avant que ne sonne8olrejyg.jpg son heure. Et sa façon de traiter de la mort avec une légèreté qui a bien du mal à masquer sa tristesse est réellement poignante.

C'est une chanson assez longue, près de 7 minutes. Est-ce pour cette raison que, en dehors de Jean Bertola (5) qui fut, artistiquement parlant, l'exécuteur testamentaire de Brassens, personne, autant que je sache, ne l'a reprise. Curieusement, Maxime Le Forestier ne la trouve pas assez aboutie. Il y a pourtant plusieurs autres chansons posthumes bien moins réussies et que Brassens, à mon avis, n'aurait pas livrées telles quelles ( notamment « Le sceptique » ou « Ce n'est pas tout d'être mon père » ). Et pour ce qui est de la longueur, « La supplique » dépasse les 7 minutes. Pour cette raison, je tenais à vous offrir « L'andropause » ( le 20 mai sur le blog ) : pour réparer un peu l'injustice inexplicable dont elle a été victime.

 

Brassens poète incomparable ? Sans aucun doute..

Si l'on devait ne citer qu'un seul de ses textes pour appuyer cette affirmation, « Pénélope » ferait parfaitement l'affaire. « Bécassine » ou « A l'ombre du coeur de ma mie » également. Ou encore « Saturne », et tant d'autres ! Mais tenons-nous en aux poèmes publiés sur « le Dix Vins Blog ».

« Pénélope » est fait de petites tentations insidieuses qui viennent troubler la quiétude d'une dame au foyer ( Pénélope, c'est autrement plus poétique que « ménagère de moins de cinquante ans »). C'est que Brassens savait lire dans le coeur des femmes. Les maris se sont-ils jamais demandé ce qui pouvait y germer en leur absence ? La fidélité de Pénélope a un prix : le rêve d'autres amours moins conventionnels, plus palpitants. Elle n'en attendra pas moins son Ulysse jusqu'à la fin de sa vie. Elle n'aura pas l'audace de franchir le pas. Et qu'en termes exquis ces choses-là sont dites ! Même si Brassens n'avait écrit que « Pénélope », il eût mérité le Panthéon.

brassens4« A l'ombre du coeur de ma mie » est de la même eau. Un chant de troubadour, médiéval à souhait. Seul le dernier couplet surprend quelque peu : Brassens chasseur ? Même les plus grands auteurs ont leurs faiblesses et je ne suis pas certain que ce dernier couplet l'ait pleinement satisfait. Il ne l'a pas modifié parce qu'il devait avoir déjà l'esprit à une autre chanson. Encore que ... Il lui a fallu plusieurs années pour trouver le début et la fin de « La supplique » et il a très certainement travaillé à d'autres oeuvres dans l'intervalle. Mais qu' importe une petite goutte de maladresse dans un océan de perfection ? Il a écrit quelque 200 chansons alors qu'un Pierre Delanoé en avait près de 5000 à son actif ( dont un certain nombre chantées par Bécaud ). Quantité ou qualité, il faut savoir choisir.

 Avec « Bécassine », on rencontre un schéma qu'il a repris plusieurs fois : trois couplets, trois refrains, trois éléments. On le retrouve dans « L'ancêtre » ( qui aimait successivement la musique, le vin et les femmes) ou « La rose, la bouteille et la poignée de mains » ( dont le titre parle de lui-même ).

Peut-être notait-il la trame de son récit quand récit il y avait ou les composantes de la chanson dans les cas ci-dessus évoqués. Ensuite, à mon avis, il notait des esquisses de couplets, il essayait, biffait, recommençait, encore et toujours, avant d'offrir à son public le produit achevé. Il disait que parfois, juste par curiosité, il partait dans une direction qu'il savait être une impasse. Puis il revenait en arrière.

Thomas Edison, qui a déposé le brevet juste avant que Charles Cros ( un autre poète incomparable à qui Henry Merle rendra hommage en juin sur le blog ) ne puisse le faire, et grâce auquel Brassens a pu se servir du phonographe pour jouer au pornographe, n'a-t-il pas affirmé que le génie, c'est 1% d'inspiration et 99% de transpiration ?

 

« Retouches à un roman d'amour de quatre sous » nous fait mesurer la distance entre la réalité et l'affabulation, autrement dit entre le quotidien souvent sordide et la poésie. Ce texte posthume fait partie de ceux qu'il aurait été criminel de passer sous silence.

Concernant « Fernande », je dirai seulement qu'elle a été enregistrée par Carla Bruni. On trouve son interprétation sur Internet. Il est vrai que Brassens est à tout le monde, ainsi qu'il est écrit en exergue du présent article. 

 

Combien y a-t-il, actuellement, de chanteurs qui reprennent Brassens ( pas toujours avec bonheur, la preuve ci-dessus ) ? Certainement des centaines rien qu'en France, sans compter la trentaine de langues dans lesquelles il a été traduit.Alain_sur_scene.png Le groupe "La Rouquiquinante" ("La marine" : le 13 mai), très bon, en fait partie. J'en ai choisi un autre, pas tout à fait au hasard : il s'appelle Alain Nardino (6). Vous avez pu l'entendre et le voir le 20 mai sur « le Dix Vins Blog ». Et il n'interprète pas que Brassens. J'apprécie l'homme ( que je connais depuis peu ) et j'aime beaucoup la manière ( artisanale, sans chichis ) qu'il a de transmettre les mots de tonton Georges.

J'ai choisi « Le grand chêne » que,  dans une autre version, il accompagne sans la sempiternelle « pompe »  et surtout avec une introduction et une conclusion à l'harmonica. Dommage que nous n'ayons pas d'enregistrement (mais allez le voir sur scène) de ce "Grand chêne" réalisé au festival de Pirey, tout près de Besançon, organisé par Philippe Borie et son association,  L'amandier. Philippe Borie qui « tourne » lui-même avec un spectacle intitulé « Brassens et les  (autres ) poètes. » Il tient beaucoup à l'adjectif entre guillemets.

Il ne faut pas oublier que Brassens lisait les poèmes de ses confrères morts ou vifs la guitare à la main et que dans quasiment chacun de ses albums il y avait au moins un texte qui n'était pas de lui. Il a sans nul doute largement contribué à faire connaître Paul Fort (« La marine », voir ci-dessus), Jean Richepin et surtout Antoine Pol avec « Les passantes ».

J'ai gardé pour la fin « Les châteaux de sable ». Ce poème, un des plus émouvants de Brassens, a eu un destin assez curieux. Il existe deux musiques (ce n'est, certes, pas le seul texte posthume dans ce cas mais là, le choix fait par les interprètes n'est, à mon sens, pas très judicieux. L'une de ces deux mélodies, de Jean Bertola, ne m'agrée qu'à moitié. Elle sent trop l'effort. Pas assez fluide. Et pourtant, c'est elle que Le Forestier et les autres ont retenue.

Les autres sauf  Valérie Ambroise (7), l'une des premières interprètes de tonton Georges, qui a adopté celle signée  G. Bourgeois, bien plus belle, ainsi que vous avez pu l'entendre sur la vidéo (Valérie Ambroise a été accompagnée dans les années 80 par Pierre Nicolas, le contrebassiste attitré de Brassens). Un bijou comme « Les châteaux de sable » méritait bien un tel écrin.

J'ai lu beaucoup de choses sur la condition humaine mais des propos aussi forts dans leur simplicité, je n'en ai guère trouvé que chez Pagnol lorsqu'il conclut « Le château de ma mère » ( on ne sort pas des châteaux ) par ces mots :

« Telle est la vie des hommes. Quelques joies très vite

effacées par d'inoubliables chagrins.

Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants. »

 

 

Quelques infos (ou rappels) :

- " Auprès de son arbre " : tenu avec compétence et enthousiasme par Pierre Schuller, LE site sur Georges Brassens.( link )

- la revue de référence :  " Les Amis de Georges " :

« Le Mot de Passe »

13, avenue Pierre Brossolette

94400 VITRY-SUR-SEINE


-Quelques ouvrages ( ceux que j'ai lus récemment) :

Les 3 livres de Loïc Rochard (voir mon coup de coeur du 1° janvier 2011 sur le Dix Vins Blog )

« J'aurais pu virer malhonnête – La jeunesse tumultueuse de Georges Brassens » par Bernard Lonjon aux Editions du Moment (mentionné également dans mon coup de coeur pour Loïc Rochard et aussi dans le corps du présent article).

« Georges Brassens De la pudeur... Sacrebleu! », par Didier Antoine, aux Editions du Cygne.

 

Quelques sites et blogs pour les amoureux de Tonton Georges :


- La rouquiquinante ( link )

- Alain Nardino (link )

et aussi l'article de Pierre paru en septembre 2010 sur le blog  ( link )

- Brassens - Chansons -paroles ( link )

- Et bien sûr You Tube, Deezer, Daily Motion

-Wikipidia pour les liens et la biographie ( link )

- Le blog de Morlino ( link )

Et puis partez à l'aventure, tapez Brassens et laissez-vous aller à rêver....

 

 

Photos : Yvan Audouard (1) - Pierre-Jean Béranger (2) -  Les Vigoureux Cacochymes (3) -  Brassens et Püppchen (4) - Brassens et Bertola (5) - Alain Nardino (6) - Valérie Ambroise (7)

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gérard 21/05/2011 12:56



Trop ému pour te dire combien, c'est super! Bravo!