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Publié par elsapopin

Joie du printemps

 P8080142.jpg

Au printemps, on est un peu fou,
Toutes les fenêtres sont claires,
Les prés sont pleins de primevères,
On voit des nouveautés partout.
Oh! regarde, une branche verte !
Ses feuilles sortent de l’étui !
Une tulipe s’est ouverte…
Ce soir, il ne fera pas nuit,
Les oiseaux chantent à tue-tête,
Et tous les enfants sont contents
On dirait que c’est une fête…
Ah! que c’est joli le printemps !

 

Lucie DELARUE-MARDRUS (1874-1945)

 

 

Après l'hiver
 
N’attendez pas de moi que j'aille vous donner
Des raisons contre Dieu le Père
que je vois rayonner ;
La nuit meurt, l’hiver fuit ; maintenant la lumière,
Dans les champs, dans les bois, est partout la première.

Je suis par le printemps vaguement attendri.
Avril est un enfant, frêle, charmant, fleuri ;
Je sens devant l’enfance et devant le zéphyr
Je ne sais quel besoin de pleurer et de rire ;

Mai complète ma joie et s’ajoute à mes pleurs.
Jeanne, George, accourez, puisque voilà des fleurs.
Accourez, la forêt chante, l’azur se dore,
Vous n’avez pas le droit d’être absents de l’aurore.
Je suis un vieux songeur et j’ai besoin de vous,
Venez, je veux aimer, être juste, être doux,
Croire, remercier confusément les choses,
Vivre sans reprocher les épines aux roses,

Être enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.

Ô printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
On sent un souffle d’air vivant qui vous pénètre,
Et l’ouverture au loin d’une blanche fenêtre ;

On mêle sa pensée au clair-obscur des eaux ;
On a le doux bonheur d’être avec les oiseaux
Et de voir, sous l’abri des branches printanières,
Ces messieurs faire avec ces dames des manières.

 

26 juin 1878

Victor Hugo

 

 

 

Est-ce l’avril ? Sur la colline
Rossignole une voix câline,
De l’aube au soir.
Est-ce le chant de la linotte ?
Est-ce une flûte ? est-ce la notex-270.jpg
Du merle noir ?

 

Malgré la bruine et la grêle,
Le virtuose à la voix frêle
Chante toujours ;

Sur mille tons il recommence
La mélancolique romance
De ses amours.

 

Le chanteur, retour des Florides,
Du clair azur des ciels torrides
Se souvenant,
Dans les bras des hêtres en larmes
Dis ses regrets et ses alarmes
À tout venant.

 

Surpris dans son vol par la neige,x-257.jpg
Il redoute encor le cortège
Des noirs autans ;
Et sa vocalise touchante
Soupire et jase, pleure et chante
En même temps.

 

Fuyez, nuages, giboulées,
Grêle, brouillards, âpres gelées,
Vent boréal !
Fuyez ! La nature t’implore,
Tardive et languissante aurore
De floréal.

 

Avec un ciel bleu d’améthyste,
Avec le charme vague et triste
Des bois déserts,
Un rythme nouveau s’harmonise.
Doux rossignol, ta plainte exquise
Charme les airs !

 

Parfois, de sa voix la plus claire,rossignol.jpg
L’oiseau, dont le chant s’accélère,
Égrène un tril :
Dans ce vif éclat d’allégresse,
C’est vous qu’il rappelle et qu’il presse,
Beaux jours d’avril.

 

Déjà collines et vallées
Ont vu se fondre aux soleillées
Neige et glaçons ;
Et, quand midi flambe, il s’élève
Des senteurs de gomme et de sève
Dans les buissons.

 

Quel souffle a mis ces teintes douces
Aux pointes des frileuses pousses ?
Quel sylphe peint
De ce charmant vert véronèse
Les jeunes bourgeons du mélèze
Et du sapin ?

 

Sous les haleines réchaufféesisCAU0VFNT.jpg
Qui nous apportent ces bouffées
D’air moite et doux,
Il nous semble que tout renaisse.
On sent comme un flot de jeunesse
Couler en nous.

 

Tout était mort dans les futaies ;
Voici, tout à coup, plein les haies,
Plein les sillons,

Du soleil, des oiseaux, des brises,
Plein le ciel, plein les forêts grises,
Plein les vallons.

 

Ce n’est plus une voix timide
Qui prélude dans l’air humide,
Sous les taillis ;
C’est une aubade universelle ;
On dirait que l’azur ruisselle
De gazouillis.

 

Devant ce renouveau des choses,x-266.jpg
Je rêve des idylles roses ;
Je vous revois,
Prime saison, belles années,
De fleurs de rêve couronnées,
Comme autrefois.

 

Et, tandis que dans les clairières
Chuchotent les voix printanières,
Et moi j’entends
Rossignoler l’âme meurtrie,
La tant douce voix attendrie
De mes printemps.

 

Nérée Beauchemin ( 1850 - 1931 poète québéquois ), Les floraisons matutinales

 

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