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Publié par elsapopin

Résumé : Le prince Louis- Napoléon Bonaparte aidé d'une poignée de fidèles se rend à Boulogne-sur-mer pour convaincre la 42é compagnie de ligne de se joindre à lui et de marcher sur Paris.

 

Soudain parut à la porte de la caserne un grand gaillard à grosses moustaches et au regard timide : le capitaine Col-Puygelier, qui commandait les deux compagnies.

Un bonapartiste l'aborda

- " Capitaine, lui dit-il  soyez des nôtres ! Le prince Louis est ici, votre fortune est faite(1) !

En guise de réponse, Puygelier dégaina, puis d'une voix furieuse, clama :

- " Où est ma troupe ? je veux la voir !

Des conjurés se ruèrent sur lui, voulurent le désarmer, l'entraîner loin de ses soldats...Mais le capitaine se débattit, parvint à se libérer de leur étreinte, courut vers ses hommes et, tout essoufflé, jeta d'une voix puissante :

- " Vous êtes des hommes d'honneur n'est-ce pas ? Eh bien, ce que l'on vous demande c'est une trahison !

 Louis-Napoléon s'avança alors vers Puygelier et lui dit :

- " Capitaine, je suis le prince Louis. Soyez des nôtres et vous aurez tout ce que vous voudrez ! "

D'un ton rogue, indigné, Puydelier répliqua :

- " Prince Louis ou non, je ne vous connais pas ! Je ne vois en vous qu'un usurpateur ; vous venez ici comme un traître, je vous engage à vous retirer. Napoléon, votre prédécesseur, a abattu la légitimité, et c'est en vain que vous viendriez la réclamer !
Abasourdi, Louis-Napoléon demeura coi un instant. Puydelier en profita pour exhorter sa troupe

- Soldats, à moi, on vous a trompé ! Vive le roi !

Les soldats tressaillirent, parurent  sur le point d'obéir à leur capitaine.

Alors les bonapartistes l'entourèrent, voulurent se rendre maîtres de lui.

- Assassinez-moi, leur hurla le capitaine, mais je veux accomplir mon devoir !

- Vous allez provoquer une boucherie ! s'exclama Aladezine.

- Tant pis, repartit le capitaine, nous en ferons une s'il le faut !arc106_chateau_001f.jpg

Voyant la partie perdue, Louis-Napoléon tira un coup de pistolet sur un grenadier qui fut blessé à la bouche. Ce coup de pistolet fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

Sur-le-champ, tous les soldats furent prêts à marcher contre le prince, qui fut chassé de la caserne avec tous ses partisans. Ne voulant pas encore désespérer, le Prince  décida de s'emparer du château de Boulogne. Mais comment enfoncer la porte de celui-ci ? La hache ne put la fendre, alors, ne sachant que résoudre, les bonapartistes se rendirent à un kilomètre de la ville, devant la gigantesque colonne de la Grande Armée.

Le drapeau impérial y flottait depuis un moment, quand parut une petite armée : 200 gardes nationaux, des soldats du 42é de ligne,  et des gendarmes à cheval. En voyant cette troupe, tous les conjurés prirent la fuite. Une partie dans la campagne, l'autre vers la mer.

Louis-Napoléon voulut se faire tuer au pied de la colonne, mais ses intimes l'entraînèrent vers le rivage. Alors commença une effroyable poursuite. Parvenus sur le plage les bonapartistes hélèrent le capitaine de l'" Edimbourg-Castle "  et lui demandèrent d'envoyer un canot. mais le capitaine n'entendit pas ou feignit de ne pas entendre... Les forces royalistes survenaient ; où fuir ?

La plupart des conjurés se rendirent. Mais Louis-Napoléon et quelques-uns de ses intimes, apercevant un canot ancré à  peu de distance de la plage, se jetèrent à l'eau, espérant le joindre à la nage. Un nommé Faure fut tué, le capitaine Hunin se noya, le colonel Voisin fut grièvement blessé. Le prince fut atteint par une balle, qui, par miracle, ne lui fit aucun mal.

Une demi-heure plus tard, touts les conjurés furent incarcérés au château de Boulogne. L'équipée de Louis-Napoléon Bonaparte dans cette ville n'avait pas duré plus de trois heures.

general_montholon_napoleon_sainte_helene.gifTraduit devant la Cour des Pairs, Le prince Napoléon fut condamné à la détention perpétuelle, Aladézine à la déportation et Montholon à vingt ans de prison. Il est à remarquer que le prince ne fut pas condamné à la majorité des voix : 152 pairs votèrent l'emprisonnement  ; 160 s'abstinrent.

Enfermé dans la château de Ham, Louis-Napoléon y sejournera six ans avant de s'en échapper sous le costume d'un maçon. Il devait bientôt tenter une bien plus grande aventure ...et fonder le second Empire.

Louis Saurel - 5 février 1940

Tableau 1 : le château de Ham

Portrait : général Montholon


 

1 tout le dialogue est basé sur les pièces du procès de Louis-Napoléon, citées par H.Thiria dans le premier tome de son étude sur Napoléon III avant l'Empire.

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