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Publié par harry-l-blackbird

Je vous avais prédit

Je vous avais prédit, mon amour, longue marche.
C'était à mi-parcours, en début de saison,

Réfugiés à Ischia, Caveau du Patriarche
Où nous vivions cachés pour de bonnes raisons.
Enchantés par cette île et son indifférence
Aux charmes de Capri, nous apprécions ses vins
D'Italie, disions-nous, comme on disait en France
En ces primes années des années quatre-vingt.

Non, je ne cherche pas à raviver des plaies,
à retrouver le ton banal de l'amertume
Ni à ressusciter quelques regrets posthumes.

Nous avons, mon amour, je pense, mieux à faire,
A miser, à jouer, et sans en avoir l'air
A jouir de la vie, la vie en soit louée.

Oh bien sûr, prudemment, prendre garde aux dangers
Que l'on encourt parfois à provoquer la chance,
A se vouloir léger. Feindre l'indifférence
N'est pas de notre goût et quand je dis jouer,
Ce n'est pas seulement aux dés, ni même aux cartes...
C'est oser exposer ses rêves, l"utopie
Qui nous a ouvert l'appétit, appris à boire
L'espoir à la bouteille, à marcher sans répit,
A supporter le froid, l'effroi, la peur, l'ennui,
A ne pas renoncer au plus noir de la nuit.

Je vous avais prédit, mon amour, longue marche,
Cahotante parfois, comme après avoir bu.
Ce soir, nous approchons du but, mais ce n'est pas
Raison pour hésiter, pour ralentir le pas...

______________________________________________

                                                                 Jamais, jamais

Jamais, jamais, déferlante verbale,                                                                                   
gerbes de mots aux monuments aux morts,
drapeaux en berne et les tambours voilés,
illustres personnalités, rubans
aux boutonnières, faiseurs de manières,
pris sur le vif par la télévision,
messe en plein air et prêtres officiants,
loueurs de chaises pour femmes enceintes,
endimanchées, une larme aux paupières,
Jamais cérémonie, bals populaires,
galas et tombolas au seul profit
des survivants, des guerres fatigués,
n'apporteront l'oubli aux combattants.       

                                                                                                                    
Jamais, jamais dans les livres d'histoire                                                                                                      
dans la mémoire des peuples en guerre,
des femmes en pleurs, des hommes en armes,
des peuples souverains, la paix payée
le juste prix du sang, le prix des larmes,
non rien ne se substituera
au choix des mots, à ces airs composés
à l'issue du combat ou dans le temps
qui le précède et personne jamais
ne gommera des mémoires les chants
venus de France, d'Espagne ou d'ailleurs,
n'effacera les chants des partisans.                                                                                     
                                                     
________________________________________

Je me nourris de mots simples comme bonjour !

Je me nourris de mots agréables au palais,
fleurs d'oranger
ou gelée de framboises.

De mots plus tendres que la pêche
arrivée à maturité
et dont la peau est de velours.

De mots mis à tiédir pour la mi-nuit gourmande.
Un essaim de baisers
et des nuées de mots plus précis que caresses.

De mots extraits d'herbes sauvages,
de baies mûries en liberté,
de prunelles avant le gel, leur amertume.

De mots colchiques,
de mots grenades,
de mots fruités de la passion, de mots gentianes.

De mots plus crus que viande fraîche,
saignante à l'étal du boucher,
de mots inspirés du réel, des espoirs déçus, des défaites.

Et j'étanche ma soif à l'acool roux des jours,
a l'alcool de mes nuits blanches.
Je m'abreuve de mots raisins,
de mots muscats,
de mots en grappes,
de mots mis au pressoir
d'où jaillira le vin de la colère et du lion.








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