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Marlow perplexe, faisait les cent pas dans la semi-obscurité de son burling, aussi poussiéreux que l'accumulation des affres du temps sur le secrétaire déglingué, mis au secret de toute une vie laborieuse de chien fouineur.
En cette nuit d'Hallowen, la monstruosité d'une nouvelle affaire à résoudre pouvait bien le propulser au box office du thriller de série Z.
La veille " Huguy les bons tuyaux ", super cousin incontournable de l'angle de la 666 ème avenue, au cours d'une bafouille nocturne, l'avait rencardé sur un plan " flag ", en traçant quelques scribouillages sur le papier gras du big mac qu'il venait de gober, juste histoire de ne pas gerber le dernier shoot. Ainsi flashé, il smatchait le vulgos emballage dans la poche de Marlow.
Notre fin limier favorisé par la chance de se trouver là ou l'on ne l'attend pas, ne demanda pas son reste, il salua le sigle de la justice, par un pincement, tout en dextérité, de son panama usé mais classieux et tourna les talons pour se réfugier dans sa ratière ou l'attendait la besogne du déchiffrage du message de l'ange mort-né.
Dix-neuf heures sur la breloque de l'amerloque, de ce trente au soir orangé citrouille. Les yeux jaunis de Marlow se baladaient sur la graisseuse missive d'Huguy, ils mémorisaient une ultime fois le sens des lettres tatouées entre deux taches de graisse : Double zéro ter.Cour des miracles, proche Brooklyn. Le snack " à la française ". S'y pointer entre vingt heures et vingt et une heures demain.... en extérieur grosse transaction à la clef.
Et demain étant aujourd'hui, Marlow ajusta son capel, jeta sa gabardine beige délavée sur des épaules toutes aussi lasses, sans oublier le pébroque de Rita, maigre héritage d'une aventure " Chabadabada " plein de souvenir de french kiss. La relique lui sera bien utile pour défier les trombes d'eau, dans l'expectative de se faire embarquer à destination par un des putains de Yellow Cab.
Après quelques éblouissements de phares, il put enfin murmurer au taxi driver ses désirs et se laisser choir à la première sortie du pont de Brooklyn, histoire de se dégourdir les gambettes et se creuser les méninges sur les tenants et aboutissants de cette arnaque stupéfiante.
Il faisait plutôt tache d'huile, au milieu de ce no man's land. Il se devait de zigzaguer entre les homeless à la peau brune, les junck osseux aux yeux gris de folie, les " bitch négresses " et autres trans latinos échoués sur ces trottoirs, poubelles du rêve amerloque.
La place de Zéropaland, blafarde de luminosité obscure se découpait en pointillés sur le coin de sa rétine. Le clignotement intermittent de l'enseigne " à la française " lui procurait le pincement au coeur du chercheur d'or devant l' Eldorado.
Un inspire, histoire de se procurer la dose de carbone nécessaire pour le geste courageux d'entrouvrir la lourde du bastringue, qu'il expira en un phrasé de salutation de politesse à l'entour, de cette cour d'yeux hagards, d'ombres anonymes et autres piliers vermoulus de comptoir qui le dévisagèrent en une crainte interrogative, vite estompée par la voix graveleuse de la taulière :
- Alors Milord on se fait la tournée des bonnes oeuvres ?
Faut dire qu'avec sa bouille d'aristo, au milieu de ces gueules cabossées par la vie, il représentait en cette nuit des morts-vivants, le cauchemar des ces freack's désargentés...
Il ne releva pas l'humour pince-sans-rire de la matrone et se contenta de s'attabler en une place stratégique, proche de la vitre rendue opaque par la nicotine et autres fumées d'origine non identifiée... Là, malgré tout, il pourrait se payer le luxe d'un panoramique furtif...sans attirer l'attention des autres convives sur la raison secrète de son échouement au terminus de nulle part.
Il se fit remettre la carte des festivités gustatives et commanda à la goulue une soupe aux choux, sans oublier le nectar des dieux, Kiravi, surtout l'estomac !
La marmitone, reine des déshydratés minute ne tarda pas à servir à notre sieur Marlow, avec l'accent acadien, elle l'enjoignit de se régaler de ce mets digne de ses ancêtres gaulois.
Il prit son temps, dégusta sa soupe, sans oublier les slurp et autres déglutitions de rigueur afin de gagner la confiance de la cuisinière qui le scrutait discrètement, trônant derrière son comptoir, un sourire énigmatique au coin des lèvres.
Pour se donner bonne figure et oublier l'odeur preignante de fermentation s'exhalant de ce plat de bouffeurs de grenouilles, il lapait de temps à autre une lichée de gros rouge qui tache.
En exterieur, aucun suspens en vue, seules des ombres qui se faufillaient entre les gouttes acides de pluie.
vingt heures trente, sa présence devenait familière aux autres gastronomes de l'estaminet... Ceci lui laissait le loisir de se perdre en conjectures sur l'éventualité d'une scène d'action qui viendrait corroborer des dires du de renseignements secrets, non répertoriés au pentagone, puisque venu d'un tuyauteur en free lance.
L'impatience le gagnait au fur et à mesure que la  conjecture d'une réalité vide en indice s'égrenait en minutes inégales au cadran de la pendule publicitaire du bouge hexagonal.
Comme si elle s'était immiscée en ses pensées, d'agitation stérile en attente fiévreuse, la châtelaine du lieu lui proposa par ces mots un dessert maison :
- Allez Milord, à toute déconvenue amoureuse ( clin d'oeil complice ) la grande Zora trouve une solution et se porte au secours des amants éconduits en leur proposant sa tarte maison aux pommes d'amour de la tante Tatin et au bon seigle du père Raimu. Alors, ça vous tente, l'ami ?
Marlow acquiesça du chef pour éviter toute autre avancée de la sorcière dans l'intimité de sa psyché.
La pâtissière improvisée lui apporta le mets étrange, en soulignant son geste d'un rire tonitruant.
pour estomper l'effet de surprise et ne pas perdre la face, il lui demanda la note compte tenu que vingt et une heures venaient de sonner au carillon de réclame et en extérieur aucune résolution de deal en vue.
Il ingurgitait vite fait le mets étrange du vieux continent et lâchait un biffton de dix dollars sur la table, pour pouvoir gagner son ticket de sortie.
Après une salutation pleine de remerciements à l'attention de son hôte, pour se donner bonne figure, il quitta prestement cette bicoque de malheur sans quémander son reste.
Zora la rousse lui lâcha un " bien le bonsoir Milord " empli de condescendance et un " faites de beaux rêve ", sans fondement.
au-dehors la pluie s'était doublée d'un vent impétueux. Marlow avait un mal fou à s'extirper du damné quartier et aucun véhicule jaune en vue.
Proche du pont de Broklyn, une étrange bouffée de chaleur lui saisit la totalité du squelette, sa vision se distordit. Des voix étranges le sommaient de se jeter à l'eau.
Il était projeté dans un cauchemar éveillé qui se nourrissait de ses sens exacerbés.
Lui, le gentleman imperturbable, même après avoir ingurgité un litre de sky devenait la proie de ses propres démons. Les visages grimaçants de Huguy et de la grande Zora tournoyaient dans son regard kaléidoscopique... à en perdre la raison, seul un évanouissement salutaire put mettre sur la position off sa conscience submergée de subconscience...
Dix heures, 1er octobre, hôpital central de New York... Marlow se réveillait tout en sueurs froides dans un lit aux draps blancs immaculés, inquiet de ce naufrage, il sonna l'infirmière.
- Ah, voilà notre illuminé, enfin réveillé et avec meilleur figure !
- Mais que m'est-il arrivé ?
- Et bien, intoxication à l'ergot de seigle, un trip d'enfer ! On vous a repêché juste à temps !
Sur ces mots tout lui revint en mémoire : le rencard, la goulue, la tarte aux pommes, le trip délirant et le trou noir.
Encore un vilain tour de ce satané cousin, tellement défoncé qu'il lui avait donné non pas le tuyau du siècle sur un hypothétique deal de schnouff, mais l'adresse du labo clandestin dédié à la fabrication du super LSD, dernier produit de synthèse qui semait les effets dévastateurs d'une folie psychédélique, depuis des plombes sur les campus amerloques.
Tuyauter Truman, le rédac chef de la gazette newyorkaine sur cette affaire lui permettrait de regargner le coeur de Rita, dont il serrait, songeur, le pébroque sur son propre palpitant.



 

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