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Publié par elsapopin

Le bizarre accident survenu à M. Paul Deschanel au cours de son dernier voyage en chemin de fer, et dont on se félicite qu’il n’ait pas eu de conséquence tragique, nous donne l’occasion de nous intéresser au train présidentiel qui a une histoire.

 Sous le Second Empire seules des compagnies de l’ouest et de l’Orléans possédaient un train spécial qu’elles prêtaient aux autres réseaux en cas de besoin. Il se composait de six voitures, qui comprenaient un salon pour le souverain et sa suite, un grand salon pour les réceptions, une salle à manger, trois chambres à coucher pour l’Empereur, l’Impératrice et le prince Impérial.

Ce train fut cédé, en 1876, à la Turquie. On  ne conserva que le salon de Napoléon III ; ce wagon reverni, servit dès lors aux Présidents. Pour former le train présidentiel, on y adjoignait un certain nombre de wagons-salons.

Lorsqu’il s’agissait d’un long déplacement, avec parcours de nuit, le convoi stoppait en cours de route, à un point désigné d’avance. Des tapissiers de la compagnie montaient dans le train et dressaient, à la hâte, un lit au milieu du salon. Le matin venu, d’autres tapissiers démontaient le lit. Les deux opérations étaient conduites avec tant de dextérité que personne ne les pouvait soupçonner, et c’est ainsi que l’on put voir Félix Faure, après une nuit de voyage, descendre de wagon, après une nuit de voyage, un frac irréprochable, un plastron éblouissant, ce qui surprit fort les populations et ancra dans les esprits l’élégance du Chef d’Etat.

Le train présidentiel actuel est composé  de trois voitures-salons, d’une voiture réservée à la presse et de deux autres destinées au personnel de l’Elysée et à celui de la compagnie. La Compagnie du PLM en assure la garde et l’entretien.

Le wagon où se tient le président comporte un salon, un cabinet de travail,  une chambre à coucher, un cabinet de toilette et deux compartiments affectés : l’un au valet de chambre, l’autre, à l’officier de service.

A la nouvelle de l’accident survenu au président Deschanel, qui chut de son wagon, monsieur Clémenceau a dit :

 » Penser que moi, à mon âge,  je suis monté, en Egypte, sur des chameaux et que je ne suis pas tombé ! « 

On peut plaisanter à propos de ce fait divers sensationnel puisqu’il n’a pas eu, en somme, de suites sérieuses. Rien de plus ahurissant que ce train présidentiel qui continue son petit bonhomme de chemin alors que le président à moitié nu déambule le long des rails. Le mot du garde-voie n’est pas mal :

«  je me suis douté  que ce n’était pas le premier venu en constatant qu’il avait les pieds propres ! « 

Et l’émoi de la femme de ce  brave cheminot lorsqu’elle apprit que le président était couché dans son lit !

«  Si j’avais su, dit-elle, j’aurais changé les draps…Pensez, je venais de me lever et la place était encore toute chaude ! 

La publicité s’en mêle, je découpe dans un journal cette annonce :

« Attention aux fenêtres des wagons «

« Les chutes d’un train en marche sont, en effet,  beaucoup plus fréquentes qu’on ne se le figure généralement. Je sais bien que des accidents comme le dernier en date sont plutôt rares et que ce n’est pas tous les jours qu’on voit passer par la fenêtre d’un wagon des personnages de …qualité, mais n’empêche qu’instruits par cette expérience nous devons redoubler de précautions et , au cours de nos voyages, en cas d’accident possible, avoir le souci de notre élégance. Les récits publiés par les journaux, forts complets, ne nous ont-ils pas, en effet, appris que les moindres détails de sa tenue avaient retenu l’attention des « agents officiels « mandés en toute hâte, pour reconnaître le personnage trouvé errant sur les voies. Soyons donc toujours chics et à l’instar du Président, poussons le souci de l’élégance jusqu’à nos pyjamas !… «

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