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Publié par elsapopin

 
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-Bonjour Docteur.

-Tiens, un revenant !

-Pourtant je n’ai rien d’un ectoplasme vengeur.

-C’est pour vous dire qu’il y a longtemps que je ne vous avais vu.

-Vous parlez trop par métaphores, Docteur, on y perd en clarté.

-Ça vous va bien de dire ça, vous qui employez des mots bizarres, au lieu de mots de tous les

jours.

-Oui, Docteur, mais j’y perds en clarté, parfois on ne comprend pas ce que je veux dire.

-Tiens, vous mettez une majuscule à Docteur. Etrange.

-Comment le savez-vous, alors que je l’écrit ? Notre conversation est imaginaire.

-Imaginaire ou pas, à l’oreille un vieux praticien comme moi peut le déceler. Pourquoi ?

-Je ne sais pas, je me disais que ça renfonçait votre présence dans le texte.

-Vous trouvez ?

-Pas vous ?

-Je ne sais pas.

-Docteur, allons, vous devriez avoir un avis sur tout.

-Détrompez-vous, j’ai appris à vivre libre. Que me vaut le plaisir de votre visite ?

-Je venais aux nouvelles.

-Ah oui, votre main. Oui j’ai reçu le compte rendu de la radio, fracture, ça va vous arrêter

un peu.

-Docteur, ma main, je m’en fous, j’en ai une autre.

-Alors quoi donc ?

-Rien, je venais prendre des nouvelles. Qui vous demande si vous allez bien ?

-Mes amis, ma famille, que croyez-vous, j’ai une vie. Et puis quelques hurluberlus comme

vous.

-Docteur, on avait dit pas des mots bizarres !

-Oui, c’est vrai. Et vous, famille, travail, les amours, tout va bien ?

-Docteur !!!

-Quoi, qu’ai-je dit ? La famille ? Ah, oui, pardon, j’avais oublié. On raye.

-Oui Docteur, on raye.

-Bon, mais le boulot ? Ah pardon, il y a ça aussi. Ça commence à peser ?

-Un peu Docteur.

-Mais les amours, dites ?

-Docteur !!!

-Je rentre de vacances, je n’ai pas tout suivi. Qu’avez-vous encore fait ? Des bêtises ?

-Je ne pense pas, Docteur.

-Alors quoi ?

-Je crois que j’ai trouvé une cité fabuleuse, celle de mes rêves. Mais comme tout ce qui est trop beau, il n’y a pas de place pour m’amarrer.

-Vous en êtes sur ?

-Non, mais je pense ne pas être loin de la vérité.

-Méfiez-vous des idées qu’on se met tout seul en tête, on finit toujours par les croire

réelles.

-Comme notre conversation ?

-Non, elle, elle l’est.

-Je suis seul devant mon pc à écrire, Docteur, vous trouvez ça réel ?

-Quand vous me faites vous répondre, ma voix est-elle la même que la vôtre ?

-Non, Docteur.

-Vous voyez que j’existe. Comme un miroir.

-Ne parlez pas de miroir, Docteur, je les fuis.

-Des problèmes d’image?

-Non, des images qui me font me souvenir de problèmes.

-Vous y pensez souvent ?

-Tous les jours.

-Vous avez des insomnies ?

-Oui, entre chaque période de sommeil.

-Pascal, allons !

-Docteur, c’est la deuxième fois depuis que nous nous connaissons que vous m’appelez par mon prénom. Je n’ai pas oublié la première fois.

-Moi non plus, ce n’est pas tous les jours qu’on a ce genre de cas.

-On avait dit qu’on n’en parlait plus.

-C’est vrai, pardonnez-moi. Mais vous avez commencé.

-Pardon. Mais c’est si grave que ça, Docteur, pour que vous m’appeliez ainsi ?

-Grave, peut-être pas, mais sérieux, oui. Avez-vous mal ?

-A la main ?

-Si vous voulez.

-Non je ne veux pas, je vous l’ai dit, la main, je m’en moque.

-Alors je vous repose la question, Avez-vous mal ?

-Terriblement, Docteur.

-Quand je vous dis que c’est sérieux. La dernière crise date de quand ?

-Hier, c’était intenable.

-Vous en avez parlé à quelqu’un ?

-Docteur, c’est une analyse ?

-Vous êtes suivi ?

-Je ne crois pas, je n’ai pas cette sensation.

-Je voulais dire vous voyez quelqu’un ?

-Je vous ai dit que c’était terminé.

-Vous êtes pénible, je voulais savoir si vous alliez voir un psy !

-J’avais compris, Docteur, j’essayais d’être drôle.

-Vous ne l’étiez pas.

-Je m’en doute, c’est le problème. Quand je plaisante, ça tourne au premier degré, et quand je suis premier degré, on se marre.

-Posez-vous les bonnes questions.

-Ah non, Docteur, vous n’allez pas me piquer mes textes !

-Vous voyez, vous partez au quart de tour. Prenez de la distance, posez tout ça sur une feuille, et regardez le monde autour de vous. Sans doute cela prendra t-il du temps, mais ça en vaut la peine. Je n’arrive toujours pas à croire que vous mettiez une majuscule quand vous me nommez.

-Moi je n’arrive pas à croire que vous existez ! Bon, je vais vous laisser, Docteur, même si je n’ai pas de réponse quant à votre santé. Il faut que je mette notre conversation par écrit, je veux être sur de ne pas avoir rêvé. Je peux ?

-Faites, faites, même bien réel, je ne suis qu’un de vos personnages. Fort complaisant au

demeurant.

-Vous trouvez ?

-Oui, la prochaine fois, faites moi le caractère plus trempé. Depuis le temps j’ai toujours rêvé de vous envoyer bouler.

-Mais Docteur, si vous le faites et que nous nous fâchons, c’est votre acte de décès que vous signez !

-Bah, il faut bien partir un jour.

-Facile à dire quand on n’existe pas !

-Ah, parce que je n’existe plus ?

-Si, Docteur, mais un personnage parfois c’est fait aussi pour vous accompagner.

-Et que croyez-vous que je fasse en ce moment ?

-C’est vrai, Docteur. Je file, ne pas oublier mes mots.

-Tant que nous parlons, vous oubliez vos maux.

-C’est vrai, Docteur, merci pour ce moment d’apaisement.

-Je vous en prie. Et la prochaine fois, n’oubliez pas de vous envoyer chier à travers moi. Et supprimez-moi cette putain de majuscule, on dirait que vous parlez au Pape.

-Promis, Docteur. A la prochaine, en attendant, portez-vous bien.

-Vous aussi.

-Merci.

-Pascal ?

-Oui, Docteur ?

-N’oubliez pas qu’on peu vivre toute une vie avec un petit morceau d’espoir dans la tête.

-Que voulez-vous dire ?

-Qu’il y a parfois des vents qui tournent, des dunes qui se défont, d’autres qui se créent.

-Vous recommencez à parler par métaphores, Docteur.

-N’est-ce pas là le rôle que vous donnez à mon personnage ?

-Celui de l’espoir, Docteur ?

-Vous êtes long à comprendre, mais vous y êtes enfin.

Photo de Pixabay sur Pexels.com
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