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Il était une fois trois petites cochonnes qui cultivaient le même jardin.

La première s'appelait Pip-Pip et cultivait les carottes.

La deuxième, Touf-Touf, binait les courgettes.

La troisième, Paf-Paf, faisait croître les plus beaux concombres du canton.

Ah qu'il était joli le jardin des trois petites cochonne, avec ces délicieux légumes impeccablement alignés dans leurs sillons, fièrement dressés comme des soldats à la parade !

Mais un matin qu'elles s'en  allaient biner, caressant les poules de passage, les trois petites cochonnes, arrivant au jardin, eurent un coup de cœur : plus une seule carotte, une seule courgette...plus le moindre concombre : des pillards légumophiles avaient transformé le jardin enchanté en désert.

Pif-Pif, Touf-Touf, Taf-taf éclatèrent en sanglots plus longs d'un cortège d'anacondas : ce jardin, c'était leur raison de vivre. En effet, elles n'avaient pas de fiancés : aucun prince charmant, même le plus myope n'eût accepté de lier sa vie à l'une de ces infortunées d'une repoussante laideur. 

Quand elles furent trop déshydratées pour pleurer davantage, elles se mirent à réfléchir. Qui donc pouvait avoir ravi les succulents légumes ?

- J'ai entendu dire, fit Pip-Pip que les bonnes sœurs du couvent sont friandes de carottes, courgettes et concombres...

- N'as-tu point honte de les soupçonner de vol ? dit Touf-Touf.

- Allons sonner à la porte du couvent décida Paf-Paf. Sans doute les nonnettes ont-elles cru en toute innocence que nos légumes appartenaient à tous, poussant dans le jardin du bon dieu.

Et les voici au couvent, agitant la clochette. La mère supérieure les reçut fort aimablement.

- Vous n'auriez pas vu passer des carottes, des courgettes...des fois...quelques concombres aussi ? demandèrent d'une même voix les trois cochonnes, toutes confuses de suspecter les saintes filles.

La mère supérieure leva les yeux vers les cieux un regard empli de tristesse.

- Voilà bien longtemps que nous n'avons pas vu l'ombre d'un de ces légumes... mais si cela vous dit, vous pouvez partager avec nous notre humble potage de navets moulinés.

Les trois cochonnes déclinèrent l'invitation, honteuses d'avoir soupçonné leur prochain.

Rentrant chez elles le cœur lourd, elles humèrent, passant près du camp de romanichels, un délicieux fumet. Jamais narines porcines n'avaient reniflé pareille ineffable odeur.

Elles braquèrent sur le camp de romanichels, qui son télescope, qui ses jumelles, qui sa longue-vue, car elles avaient un peu peur des bohémiens et tenaient à garder leur distance.

- Mais c'est nos légumes que ces pauvres gens font cuire...fit Pip-Pip.

- Voici qu'il s'en nourrissent, Touf-Touf.

- Ainsi les légumes ça se mange ! conclut Paf-Paf

Et toutes trois passaient un sabot dans leur blonde mais grasse chevelure, signe de perplexité.

En effet, les trois petites cochonnes ignoraient que carottes, courgettes et concombres sont comestibles. Elles binaient leurs légumes pour un usage uniquement décoratif, les plaçant dans des vases dont l'ouverture s'avérait hélas souvent fort étroite.

Pip-Pip, Touf-Touf et Paf-Paf se goinfraient de viande rouge, de graisses saturées, de bonbons chimiques rien que des cochonneries. C'est pour cela qu'elles étaient si laides.

Alors les trois cochonnes semèrent à nouveau dans le jardin carottes, courgettes et concombres.

Par précaution, elles entourèrent le lieu de barbelés, installèrent aux quatre coins un mirador garni d'une mitrailleuse.  Puis placèrent, auprès des nains de faïence, au ventre replet bourré de nitroglycérine, une niche rose où logeait un gentil pit-bull du nom d'Attilou.

Comme elles avaient décidé de se nourrir à présent exclusivement de carottes, courgettes et concombres, les trois cochonnes devinrent rapidement très jolies et n'eurent aucun mal à trouver bientôt les meilleurs et plus beaux maris.

Et puis elles eurent beaucoup d'enfants qui se lancèrent dans l'élevage des moules et la culture des figues et abricots.

Mais ceci c'est une autre histoire.

 

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