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 Oui, je l'avoue, franchement mais sans arrogance: j'ai les moyens de m'offrir, chaque fin d'année, un paquet de papillotes grand luxe (13 euros vingt-sept le kilo).
 Je le dis sans arrogance, car l'étalage ostensible de la richesse peut engendrer chez les pauvres de haineuses réactions, la sanglante révolution. (Comme nous le rappelle Karol Jzépluky, une révolution consiste à faire un tour complet avant de revenir au point de départ). Le peuple vous montre alors son cul sans culotte, ou un machin de ce mauvais goulag, pardon, goût-là.
 Oui, j'achète des papillotes au chocolat noir grand luxe. J'ai réussi ma vie. La papillote grand luxe, c'est la Rolex de l'enseignant retraité.
 Je savourai donc mes papillotes par un soir de décembre, lisant la blague jointe à la friandise, comptant mentalement mes points CASDEN de la Banque Populaire, et seul un ultra-gauchiste ricanera que banque et populaire constitue un oxymore, je les comptais donc, ces points, comme l'on compte les moutons grisâtres du temps qui passe avant le Grand Sommeil, quand je me suis dit que ces papillotes grand-luxe (13 euros vingt-sept le kilo) avaient un air et un goût faux-cul.
 D'abord, chaque papillote est "de luxe", pas de surprise.
 Et puis la blague autour, c'est même pas une blague, rien que du culturel, une citation célèbre, un trait d'esprit, du genre Sacha Guitry, Descartes, Montaigne, Royal Ségolène...
"Je pense, donc je suis".
"Je suis contre les femmes, tout contre..."
"Labouritude et pâturitude sont les deux mamelles de l'Hexagone"
 

Ces papillotes-bobos, on s'en lasse. Mon intuition me disait : ces confiseries sont aussi hypocrites qu'une représentation de patronage à Neuilly, où le petit dernier de la famille Sarkozy jouerait le rôle d'Oliver Twist dans des haillons de chez Cardin.

Mû par l'instinct de l'Aventurier, j'ai alors acheté des papillotes ordinaires (5,29 euros le kg) pour vérifier cette intuition. J'ai alors connu le bonheur, savourant ces papillotes même en apprenant la chute vertigineuse de mes points CASDEN, même pas mal. Ces papillotes prolétariennes sont soit à la crème, rien que du chimique, soit à la pâte de fruit, rien que du diabète. Les blagues afférentes, celles inventées par monsieur Carambar, à côté, c'est du Bernard-Riton Lévy.


"Pourquoi les souris n'aiment-elles pas les devinettes?- Parce qu'elles donnent leur langue au chat."
"Vous connaissez la peine encourue pour bigamie ?
-Avoir deux belles-mères.
"Plus je suis vieux, plus je suis fort, qui suis-je ?
-Le fromage.


 Ces papillotes aux blagues bon enfant sont mes madeleines. Elles me ramènent à un temps révolu, réveillon familial... dans la mansarde chez mes cousins, après la dinde et la bûche, nous dégustions ces papillotes du prolétaire, cependant que tonton Marcel nous chantait "le lycée Papillon" et la complainte du pauv' gars qui, mangeant du gruyère, était tombé dans un trou.
 Je lisais entre deux papillotes les Aventures de Pif le chien, acquises à la fête de l'Humanité.
 Nous tirions le diable par la queue, mais sans avoir la haine, ce qui vaut mieux que tirer l'imam par la barbichette. Qu'est-ce qu'on se marrait. Tonton Marcel depuis est parti chez les anges, so long, Tonton, les anges, tu dois les faire rigoler.

 

 Plus de nouvelles de Pif le clébard. On a dû l'enterrer au père Lachaise, avec Duclos et Marchais, ou alors à Asnières, au cimetière des médors et des illusions.
 Cette chronique peut sembler populaire, nostalgique, et pouah, même populiste.
 Si elle tombe sous les yeux de Marine le Pen (ce nom doit bien contenir une contrepèterie), ou d'Olivier Besancenot (cette enveloppe de facteur contient-elle un bolchevique à poil dur ?), qu'ils s'abstiennent de me proposer une adhésion.
 Je ne suis que du parti des papillotes prolétariennes.

 

 

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