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Publié par elsapopin

Elle voulait des étoiles, des étoiles qui lui murmureraient des mots qu’on ne dit qu’en les chuchotant, les mots qu’elle attendait de lui, des mots, qui, comme des caresses du vent, viendraient se poser et trouver refuge, là, oui, juste là, au bas de sa nuque et dans ses cheveux fous.
Ça peut paraître con, parfois, souvent, n’en parlons plus, de vouloir parler d’amour, d’employer ces mots bleus, comme le sont autant de notes, comme les nuits sont blanches quand on ne sait plus vraiment comment rêver.
Alors vouloir qu’on lui parle d’amour, tu sais, c’est juste être dans le contre du courant, à l’inverse du remous, là où s’ébattent celles qui suivent, celles renoncent à ce qu’elles sont.
Elle voulait des étoiles, des chicanes qui portent son nom, comme l’on baptise les virages de Monaco un jour de grand prix. Il avait choisi pour elle les trois pêchers de son jardin, il lui plaisait qu’elle puisse, rien qu'en fermant les yeux, pouvoir donner des fruits qui feraient face à l’océan, celui qui fait les vagues hautes quand le sel des larmes et des embruns remonte à la surface de l’âme, et fait se recouvrir les joues de deux rides ruisseau de cristaux.
Elle voulait des étoiles, des chicanes, une petite tête posée sur son épaule, de ses têtes qu’on crie quand on les libère, de ces têtes qui réveillent, dors ma chérie, c’est un cauchemar, toute une vie durant, fièvres et maladies, premières rages de temps, premiers chagrins d’amour.
Elle voulait des étoiles, des chicanes, une petite tête posée sur son épaule.
A regarder le ciel, si elle ouvre sa fenêtre sur lui, elle verra ses étoiles, qui ne brillent que pour elle, elle sourira, parler d’amour, même dans sa tête, c’est un peu con, disons pas très mode ou vendeur, n’en parlons plus, encore une fois.
Elle sourira sans doute de sa chicane aux pêchers, là où l’horizon rejoint l’eau, à moins que ce ne soit l’inverse, lui n’a jamais trop su, et à vouloir trop bien comprendre, elle lui répondrait sûrement de se taire.
Puis, tendrement, elle passera la main sur son épaule, pour caresser la petit tête qu’elle voudrait plus présente, plus aimante, plus elle, en quelque sorte. Mais les fruits s’éloignent toujours de l’arbre où ils ont vu le jour. Seul le lierre, parfois. Mais elle n’était que fleur.
Alors, comme on chasse un insecte, elle sentira sa main se poser sur le vide.
Deux ridules ruisseau maquilleront ses traits.
Malgré son amour.
Malgré les étoiles.
Malgré sa chicane aux pêchers qui scrutent le soleil qui se couche dans l’eau.
Elle s’habillera encore de solitude et de froid, de caresses à trente jours, de regards différés, de frissons et de mots d’un autre temps, venus d’un autre ailleurs.
Puis elle fermera la fenêtre, la lumière, la porte de sa chambre et ses yeux.
Tandis que danseront encore longtemps ses fantômes assassins, lueurs d’espoirs dont on n’attend plus rien, disons encore un peu de lumière, le temps de voir jusqu’à demain.
En somme, trois fois rien.
Juste un samedi soir, quelque part sur le Terre, entre rien et le néant.

Photo Julie Ladret

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