Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Un soir, je jetais sur l'océan mon appel après avoir accompagné Jeff Moore jusqu'à la porte d'une de ses multiples antres de la nuit déversant des rythmes brûlants, je partais vers la fraîcheur du petit port de Terre-sainte presque désert à présent. Je me sentais si étrangère à ces femmes de militaires, de fonctionnaires et notables, insularisées de l’intérieur du coeur et du corps, trompées et trompant à leur tour leur ennui dans l'alcool et les aventures rapides. J'avais rendez-vous avec mon amour, mon océan, celui de Lafcadio Hearn, de saint- John Perse, de Mallarmé, avec Olivier le premier homme connu vingt ans auparavant, les premières étreintes au bord de l' Atlantique, un village des Landes de France.

Elle nageait encore en moi cette adolescente nue, les mouvements liaient son corps à l'eau et à la lumière et elle ne pouvait plus s'arrêter parce qu'elle voulait aller jusqu'au bout de la voie lumineuse que la lune ouvrait cette nuit-là.  Olivier l'avait ramenée de force dans les dunes et elle continua de nager vers lui jusqu'à l'aurore. La nuit Atlantique, mon corps peuplé de cette mémoire, de ce double baptême, la petite étoile, me faisaient retourner chaque soir vers Olivier, presqu'aux antipodes, loin de l'Île Élixir et Jeff Moore. Dans le silence  trompeur des premières neiges de novembre, la part d'Océan est là, rumeur en moi.

La respiration calme d'Oliver dormant près de moi. Pourtant cette nuit encore elle m'a réveillée, elle, l'Île.

Automne 1990, Montréal

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article