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Le 3 août 2018, je vous avais proposé une recette de tomates farcies. Végane, c’est à dire sans ingrédients d’origine animale. Donc, sans chair à saucisse, sans chair de porc en particulier, puisque c’est souvent avec la viande de cet animal qu’on la fabrique.Dans la première partie mon article au sujet du cochon, parue sur le Dix Vins blog le 14 septembre, je vous ai parlé des noms du cochon, et j’ai évoqué la façon dont les humains l’utilise. Dans cette deuxième partie, je vais parler de la perception et de l’opinion que nous avons du cochon à travers quelques éléments de religion, et à travers des expressions populaires.

RELIGIONS 

Le Judaïsme et l’Islam voient dans le cochon comme « un animal impur » et la consommation de sa chair est interdite aux fidèles.

Le Christianisme a interdit longtemps de consommer de la viande certains jours de la semaine ou de l’année, par exemple les vendredis, la Semaine Sainte et lors de la période de Carême. Il semble que cette interdiction se soit affadie, en général, et soit devenue par la suite plutôt une désapprobation de la consommation de viande de porc. Il apparaît que ces prescriptions étaient faites plus dans un souci de mortification et d’un effort vers une certaine ascèse : il ne semble pas que le cochon ait jamais été considéré comme un animal officiellement impur par le Christianisme, du moins après le concile de Jérusalem, réuni vers l’an 50 de notre ère.

Je m’interroge sur l’expression « officiellement impur », pour laquelle je ne trouve pas de remplaçante satisfaisante… La question des tabous alimentaires, de toute nature, est complexe. À ce sujet, voir les très intéressants articles de Wikipédia dont je fais figurer les lien en fin d’article. Mais je me dois de rappeler l’épisode des démons « Légion » que Jésus chassa du corps d’un homme : voir Marc, chapitre 5, versets 9 à 13 ( notons que cet homme possédé fréquentait les sépulcres : Marc 5 : 2 ), et selon Luc 8 : 27 à 33, et Matt 8 : 28 à 32. Relevons que ce sont les démons qui demandant au Christ d’être transférés dans le corps des pourceaux qui paissaient là. Le Christ le leur accorde. Les pourceaux se précipitent de la falaise proche...On trouve dans Esaïe, chap 65 vers 4 : "/…/ qui habite les sépulcres et passe la nuit dans les lieux cachés; qui mange la chair du porc, et le jus des choses impures est dans leurs vases…"

N’y aurait-il pas un lien entre le porc et les sépulcres ?

De fait, le cochon, omnivore, capable de manger chatons, faons ou bébés humains, voire enfants, est un nécrophage, tout comme nos ancêtres du paléolithique l’ont été. Un nécrophage est un animal qui mange occasionnellement des carcasses d’animaux ; un charognard est un animal qui se nourrit habituellement, au moins partiellement, de cadavres d’animaux. Dans les deux cas, il s'agit de cadavres d’animaux qui n’ont pas été tués par le consommateur lui-même ni par un de ses congénères. Ainsi, les animaux qui chassent et mangent leurs proies ( loups, félins…) sortent de cette catégorie. De même que les hommes actuels, bien qu’ils consomment des morceaux de cadavres d’animaux, ne sont pas des charognards ni des nécrophages au sens du dictionnaire.

Cette habitude de consommation de cadavres, y compris humains, par les cochons, pourrait être un des motifs qui a conduit les anciens à les cataloguer comme animaux impurs. Pourtant, que seraient nos routes et champs sans les corbeaux et les pies ? Que serait le monde sans les nettoyeurs, des insectes les plus infimes au gros mammifères ?

Autres rites...

J’avais évoqué des sacrifices de cochons dans la première partie de cet article, parue sur ce blog il y a quelques jours ; la tradition de « la tuerie du cochon », appelée aussi selon les régions « tue-cochon », « tuailles » ou « sacrifice du cochon », n’en est pas forcément très éloignée sur un plan anthropologique. Je me rappelle que ma mère disait : « A l’automne, on tuait le cochon dans la ferme des B., juste en-dessous de la maison que nous habitions. Nous, les enfants, on ne nous laissait pas approcher, nous n’avions pas le droit de voir. Mais nous entendions le cochon hurler. Je me bouchais les oreilles... »

 EXPRESSIONS 

L’idée que nous avons des cochons transparaît à travers certaines expressions de notre langue, mais attention : inversement, ces dictons façonnent l’opinion que nous avons du cochon... Alors, attention à ne pas tourner en rond !

L’expression « dans le cochon, tout est bon », signe la façon dont nous estimons le porc : à notre seul bénéfice. En tout cas, à l’humain qui s’interroge « c’est du lard ou du cochon ? », la viande paraît toujours préférable à l’animal vivant.

D’ailleurs, le français connaît bien autres d’expressions au sujet de cet animal, expressions qui semblent relever qu’avec le cochon, tout va de travers : un temps de cochon, laisse ça, c’est une cochonnerie ( objet de peu de valeur, méprisable ), se faire du sang de cochon ( c’est comme se faire un sang d’encre ), un travail de cochon, …

On reproche donc à cet animal d’être :

- peu raffiné : suer comme un porc, ronfler comme un porc, et même être gras comme un porc ;

- têtu : quelle tête de cochon !

- Peu aimable : avoir un caractère de cochon ;

- peu fiable, voire traître : cochon qui s’en dédie, jouer un tour de cochon ;

- incapable d’apprécier les bonnes choses, les choses délicates : donner de la confiture aux cochons (ou des perles : " Margaritas ante porcos "  ( voir Matthieu 7:6)

- un mauvais ouvrier, ou au moins négligent ( alors qu’on ne l’emploie guère que pour chercher des truffes, ce qu’il fait fort bien ) : un travail de cochon ;

- sale, par nature : sale comme un porc, c’est une vraie porcherie, manger comme un cochon, cochonner quelque chose, faire des cochonneries…

Notons que cette dernière expression peut concerner plus le comportement sexuel que l’hygiène. Car sur le plan des mœurs privées, on lui reproche d’être très intéressé par la chose, d’être brutal, et peu délicat : en tout homme un cochon sommeille, une histoire cochonne, cet homme est un vieux cochon (ou porc)... Ce qui serait moins bien que d’être un chaud lapin, ou monté comme un âne, et pas loin de « c’est une cochonne », cette dernière expression étant du même tonneau que « c’est une chienne », les humains n’étant pas toujours très regardants sur les différences zoologiques. Je dois citer « être une grosse truie », ce qui est peut-être le pire du pire en la matière.

Et bien sûr, « balance ton porc. »

Au Québec, les expressions ne semblent pas montrer le cochon sous un bien meilleur jour :

Donne à manger à un cochon, il viendra chier sur ton balcon : fais du bien à quelqu’un qui ne le mérite pas, et il risque de se retourner contre toi.

Ramasse ta soue : ramasse ton désordre

Sentir le verrat : puer, empester.

D’autres expressions paraissent plus anodines :

On n’engraisse pas les cochons à l’eau claire (Québec). Deux interprétations pour celle-ci : « il faut parfois donner substance pour en tirer résultat. » Ou, à destination d’un enfant : « on ne doit pas faire le difficile sur la nourriture, même si un morceau est tombé par terre ou n’a pas l’air appétissant, on doit le manger. » La seconde dérive de la première, je suppose. Engraisser des cochons, élever des enfants...

a soûle pas un cochon (Québec): « se dit de quelqu’un qui boit beaucoup sans se soûler. »

Casser son p’tit cochon(Québec) : « débloquer des fonds, sortir ses économies. »

Si les petits cochons ne le mangent pas, il ira loin : il réussira à surmonter les embûches.

On n’a pas gardé les cochons ensemble (ou les oies.)

Mais, me direz vous, il y a quand même bien une expression positive : « être copains comme cochons ». E bien, non ! Même pas ! Ce cochon-là n’est pas un cochon, mais un compagnon, un associé : du latin socius, ( mot qu’on retrouve bien sûr dans social, société…) en passant par les mots anciens soçon, chochon, selon le wiktionnaire.

CONCLUSION 

Il ressort de ces constatations qu’il semble que nous ne tenions pas le cochon en haute estime…

Dans la troisième partie de ce petit exposé sur le cochon, nous essaierons de savoir si le cochon ne pourrait susciter d’autres sentiments…

Sarah PIERRE-LOUIS.

 

LIENS ET RÉFÉRENCES 

Religions 

Interdits alimentaires : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tabou_alimentaire https://fr.wikipedia.org/wiki/Religion_et_alimentation

Bible : par exemple : http://www.interbible.org/interBible/ecritures/bu/index.php?bible=bfc&pag

Notons un passage du Lévitique détaillant de près les interdits alimentaires : http://www.interbible.org/interBible/ecritures/bu/index.php?bible=bfc&page=pericope&book=3&peri=23

Nécrophagie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nécrophagie http://www.ecosociosystemes.fr/necrophages.html

Marc 5-2 : Aussitôt que Jésus fut hors de la barque, il vint au-devant de lui un homme, sortant des sépulcres, et possédé d'un esprit impur. Puis Marc 5-9 à 13

Sacrifices de cochons : http://www.la-grece.com/cochon.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_de_sacrifice_de_porcs_de_Nem_Thuong

Expressions :

45 expressions, dont vieilles ou régionales, sur : https://www.proverbes-francais.fr/proverbes-cochon/

« nolite dare sanctum canibus, neque mittatis margaritas vestras ante porcos, ne forte conculcent eas pedibus suis et conversi disrumpant vos » Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. Matthieu 7:6 

Voir : https://la.wikipedia.org/wiki/Margaritas_ante_porcos#cite_note-1 http://www.expressio.fr/expressions/copains-comme-cochons.php

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Commenter cet article

Laurent de Coudenhove 28/09/2018 20:16

Article bien documenté. Je m'insurge cependant en faveur de mes amis du paléolithique. Ils étaient chasseurs (fabrication d'arcs, de flèches, de harpons...). C'est dans l'imaginaire d'un archéologue que de les considérer comme nécrophages. De même que penser qu'ils n'avaient pas de restrictions alimentaires. On n'en sait fichtre rien. Ce qui ne veut pas dire qu'un couillon qui a faim ne mangerait pas (quelle que soit l'époque) tout ce qui lui tombe sous la main. Donc si tu veux, l'homme est un omnivore, nécrophage opportuniste mais pas plus ni moins que nos amis du paléolithique.