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LE COCHON

De sanglier en sanglochon,

petit poème d’introduction

sur le cochon.

Bonjour !

Il y a quelques jours,

j’ai écrit

une recette de tomates farcies.

À la maison,

nous les faisons

sans cochon :

au lieu de chair à saucisse,

nous utilisons du blé à saucisse,

c’est à dire du seitan.

c’est plus marrant.

Surtout pour le cochon !

D’où le dicton : belle moisson épargne gentil cochon.

Ce dicton, je viens de l’inventer,

Vous vous en doutiez.

C’est pour vous dire que, quitte à faucher,

j’aime mieux faucher du blé

que la vie de mes amis.

Certains s’étonneront :

« Elle a donc des amis cochons ? »

Et pourquoi pas,

s’ils sont sympas ?

 

 

Le cochon : qui est-il ? Ou : mieux connaître notre presque pareil.

( Note : des liens sont proposés en fin d’article )

I – LES NOMS DU COCHON :

De son nom savant  Sus scrofa domesticus, le cochon a beaucoup d’autres noms. Suivant l’époque, la région, l’âge de l’animal ou son sexe, ou l’usage qu’on veut en faire, ou encore le degré de technicité du langage, on trouve :

- porc, bien sûr, qui nous vient du latin porcus, d’où pourceau, porcelet, et le vieux mot pourcel ;

- cochon, donc : ce mot ne viendrait pas de langues latines, germaniques, ni celtes, mais d’une onomatopée, quelque chose comme « coch-coch », utilisée par les éleveurs. Coche, c’est un vieux nom pour la truie ; la cochette est une jeune coche. Et voici le cochonnet, petit cochon châtré ou cochon de lait.

Le mot goret  vient du mot gore, ou gorre, goure, gouri. (Non, je ne parle pas ici de films plein de sang et de massacres ! Mais hélas, pour bien trop de cochons, la vie, encore aujourd’hui, en boucherie se finit…)

Le nourrain, ou nourrin, est un jeune porc qu’on engraisse. Du latin nutritem, nourriture : on le nourrit, on s’en nourrit... Le mot nutritem a donné nutrition, nutriment, nourrir, et… nourrisson !

Le mot truie vient du bas latin troia, féminin tiré de l'expression /porcus/ troianus : recette de porc farci, allusion au cheval de Troie, qui, lui, était farci… d’hommes en armes. ( En latin, la truie, officiellement, c’est scrofa, mot intégré au nom savant du porc domestique.)

Verrat (cochon mâle non châtré) : du latin verres, par l’ancien français ver.

Et, en franco-provençal, dont une branche, rappelons-le, est l’arpitan, dont notre gaga est issu : caïon, caion, crayon…

Les cochons sont nombreux à ne pas en être. En effet, le mot cochon sert à désigner beaucoup d’autres êtres que lui :

le sanglier, dont il semble descendre, et qui est interfécond avec lui, donnant comme hybrides des cochongliers, sanglichons ou sanglochons (les sanglochons des violons de l’automne, donnent… etc. Excusez-moi monsieur Verlaine, je n’ai pas pu m’empêcher.) Les mots cochongliers, sanglichons ou sanglochons désignent aussi bien les animaux issus de l’accouplement d’une truie avec un sanglier que ceux issus de celui d’une laie avec un porc.

Le cobaye, ou cochon d’Inde ;

les balistes, qui sont des poissons ; et aussi à certaines holothuries (concombres de mer) : les scotoplanes. Curieux animal, un peu translucide ; je vous invite à aller voir sur wikipedia par exemple à quoi ils ressemblent. Autrefois, le mot cochon de mer pouvait désigner les marsouins ou les bélugas. Il existe aussi des cerfs-cochons : ce sont en réalité des cervidés : « Axis porcinus, petite espèce de cervidés dont l'habitat s'étend du Pakistan au sud-est asiatique » et des tortues à nez de cochon, tortues aquatiques. ( A noter : la truie de mer est un poisson « acanthoptérygien de la famille des Scorpènes, également appelé zée forgeron. » Il semble s’agir de sébastes ).

Quant au mot soue, qui désigne en français l’abri pour les cochons, j’ai cru longtemps qu’il venait du latin sus, suis, qui désigne cet animal de façon peu précise : porc, truie, pourceau… (sus : nominatif : cas où ce nom est le sujet du verbe, et suis : génitif de ce substantif, c’est à dire cas dans lequel en français on dirait : du /du cochon./ ) Mais c’est un peu plus compliqué que ça. En effet, selon le wiktionnaire, le mot soue viendrait de l’ancien français sou, seut, mots eux-mêmes issus du bas-latin salique sotem, sutem, eux-mêmes issus du gaulois tardif sucoteg (« toit à porc »), forme composée de succos « cochon » (cf. breton houc'h) et tegos « maison » (cf. breton ti, irlandais teach) : voir sus, tégo et tectum en latin. J’adore comme les mots font des petits entre eux !

Quand on remonte au vieux mot sus, on trouve, toujours, dans le wiktionnaire : « De l’indo-européen commun sū (« cochon ») qui donne ὗς, hûs en grec ancien, et Sau, Schwein en allemand, sow, swine en anglais, svině en tchèque, свинья svinya en russe, etc. » J’adore comme les mots nous rappellent que les peuples sont des proches parents les uns des autres.

II – DE SALOIR EN SAVOIR

Vous vous êtes sans doute rendu compte que comme nourriture salée, je préfère les cacahuètes au lard, et vous vous doutez que je préfère dévorer des livres plutôt que des chairs animales. C’est pourquoi je vous propose un petit voyage entre l’utilisation du cochon et ses capacités de réflexion.

Je ne reviens pas sur le vieux dicton « dans le cochon, tout est bon » ; vous avez appris comme moi qu' on a tout utilisé, des corps des cochons morts : la peau, les sabots, les dents, les os, les soies. Les soies, « pour faire des brosses (même des brosses à dents, au XIXème siècle...) et des pinceaux » nous disait-on à l’école primaire. Les sabots et les dents, je ne sais pas à quoi on les utilisait : de l’engrais ? Les os : on en utilise encore pour fabriquer la gélatine alimentaire, qu’on trouve en feuilles, ou accompagnant certaines charcuteries comme le pâté en croûte, ou encore dans les bonbons, ou les gélules de médicaments, et diverses préparations alimentaires : lire les petites lettres de la composition. La peau : du cuir.

Et, bien sûr, la chair, qui, selon les explorateurs occidentaux du XIXème siècle qui ont eu l’occasion de manger de l’humain, a une grande parenté gustative avec celle de l’homme ! J’en profite pour rappeler que longtemps l’insuline injectable n’était pas synthétisée par des micro-organismes, comme maintenant, mais était extraite de pancréas de bœufs ou de porcs. Je ne pense pas que les patients diabétiques insulino-dépendants musulmans ou juifs étaient informés de cette origine.

J’en profite aussi pour signaler que bien des expériences sont menées sur les cochons. Certaines d’entre elles relèvent du génie génétique et ont pour but d’essayer de les rapprocher le plus possible de l’humain : il s’agit d’obtenir des organes à greffer. Ce sont des AGM, ou Animaux Génétiquement Modifiés.

Je ne reviens pas sur les divers types d’élevage du cochon à travers les âges, les pays et les types d’agricultures, plus ou moins industrielles : vous pouvez trouver facilement sur internet tout ce qui concerne l’émasculation à vif des porcelets, l’amputation à vif de leur queue, l’arrachage de leurs canines sans anesthésie, la contention à vie des truies et leur engrossement ad mortem, la mise à mort des cochons par gazage, etc. Je ne m’attarde pas sur les sacrifices des cochons dans un cadre religieux.

Je note tout de même qu’au moins en Grèce, en Roumanie, aux Antilles, « les chrétiens ont adopté ces rites païens et ont intégré le rituel du sacrifice du cochon comme faisant partie de la période qui prépare la grande fête religieuse de la Nativité. » Lier la naissance du Sauveur, descendu ici-bas pour vaincre la mort, par la mise en à mort d’un être qui nous ressemble beaucoup, personnellement je trouve cela un peu illogique.

Je vous recommande de vous référer au très beau livre de souvenirs d’enfance de Patrick Chamoiseau, " une enfance créole ", dans lequel il est question du cochon César et des émotions que l’intelligence de celui-ci suscita dans la famille, en particulier parmi les enfants.

Je termine sur cette partie saloir, et je vous donne rendez-vous pour plus tard ( dernier vendredi de septembre ), dans ce même blog, pour la partie savoir…

Sara PIERRE-LOUIS

Liens pour en savoir plus :

Noms du cochon, étymologies :

Homonymie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cochon_(homonymie) https://fr.wiktionary.org/wiki/soue https://fr.wiktionary.org/wiki/sus#la

Zoologie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Porc https://fr.wikipedia.org/wiki/Balistes_(poisson) https://fr.wikipedia.org/wiki/Scotoplanes

Littérature : https://www.babelio.com/livres/Chamoiseau-Une-enfance-creole-tome-1--Antan-denfance/15856

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MHV 28/09/2018 13:25

Bravo Sarah pour cet article - et celui, plus récent, de septembre. Tout sur le cochon. J'y ajouterai mon grain de sel (pas pour le saloir !) en reparlant du scandale des cochettes qu'on réduit dans les élevages à avoir leurs chaleurs toutes ensemble (standardisation de la production de porcelets), et ce à partir d'une hormone équine prélevée sur de pauvres juments "stockées", y a pas d'autres mots, dans des écuries quelque part en Argentine ou en Uruguay (loin, ça choque moins... pensent-ils) et à qui on tire pour cela leur sang jusqu'à leur mort par inanition et anémie. Sachez que même les éleveurs étiquetés "bio" utilisent ce produit, qui n'est pas répertorié comme intrant chimique si l'on peut dire. En effet, l'introduction d'une hormone "naturelle" dans la coche qui va "produire" les porcelets n'est pas considérée comme une pratique non-bio. Avis aux amateurs. Quand vous dégustez votre rondelle de sauc', ne perdez pas de vue l'image d'une jument squelettique agonisant quelque part sur un sol en béton dépourvu de la moindre litière.

Laurent de Coudenhove 15/09/2018 05:28

très joli poème, très sympathique article. De toute façon, le cochon fait l'article depuis des millénaires. A mon goût... votre texte :)