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Publié par elsapopin

Un merveilleux poème à l'être aimé de Robert Desnos poète, journaliste, résistant (membre du groupe Agir) arrêté en février 1944 il meurt au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie le 8 août 1945 du typhus, un mois à peine après la libération du camp par les russes... Et bien sûr, c'est Carmen qui nous rappelle le poète et l'homme qu'il fut.



J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
et de baiser sur cette bouche la naissance
de la voix qui m’est chère ?
J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
et me gouverne depuis des jours et des années
je deviendrais une ombre sans doute,
Ô balances sentimentales.
J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie
et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi,
je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois
que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement
sur le cadran solaire de ta vie.

Recueil : "À la mystérieuse"

Un jour, un poème J’ai tant rêvé de toi - Robert DESNOS
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