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« Un sot qui ne dit mot ne se distingue pas d’un savant qui se tait. » [Molière, Le dépit amoureux]

Parler, ou se taire ?
Telle est la question… subsidiaire !
Et de Sisyphe le rocher
Qui ne se peut jamais fixer.
Mais, s’il faut parler net,
Il importe que l’homme honnête
Ne souffre pas d’ostentation du «Moi»,
Trop insupportable parfois.
Oyez ! Oyez ! et… entendez !
Voici tout le secret du « bien parler » :
Pour être intéressants… soyons intéressés !
Ne soyons point trop péremptoires :
Il est un art dans le silence,
Et c’est aussi de l’éloquence.
Ce récit le dit autrement : Certain bavard
Qui possédait l’art d’assoupir
[Dieu merci, nous ne sommes pas
De cette race-là !]

Avait hérité d’un âne, un fleuron d’âne,
Comme on en voit dans nos campagnes,
De ceux qui forcent le sourire

 

Tant ils sont doux et patients,
sobres en tout, et intelligents.
Il prend l’âne chez lui
Et fait les honneurs d’un logis,
Vide, depuis longtemps, sans parents ni amis,
Car, qui peut maîtriser une langue en folie ?
« Je ferai, se dit-il, de Grison un ami.
Moi, je lui parlerai, et lui m’écoutera.
Chacun de nous en tirera
Avantage et profit,
Car la parole vivifie
Dès qu’on sait – comme moi – y insuffler l’esprit ! »
L’âne est donc sur-le-champ
[Et dans le clos en même temps]

Promu confident des déboires
D’un fâcheux babillard,
Fort expert en bonnes chicanes,
Virtuose du coq-à-l’âne :
« Je vous fais Juge, lui dit-il, et sur mon âme,
J’ai le grand tort d’avoir en chaque cas raison !
Il en est qui m’en blâment
Et l’on me contrarie pour un oui, pour un non.
Ne voyez-vous pas là
Quelque cabale contre moi ? »
Son interlocuteur ne le contredit pas,
S’intéresse – en silence – à ces vastes débats,
Mouille des yeux compatissants
Quand le récit est émouvant.
Puis vous reçoit des jugements,
Sans pourvoi ni recours,
Agitant vers la Cour,
Signe évident d’approbation,
De très longues oreilles en inclinant le front ;
Et mâchonnant chardon ou foin,
Ne se fatigue pas de palabres sans fin.
L’âne, nous le savons, beaucoup plus que l’humain
Est apte à bien porter une charge plus loin.
Toujours frais et dispos, et toujours de bon poil,

 

C’est là l’auditeur idéal,
S’il ne lui manquait… la parole !
Et le débatteur s’en désole :
Tous les doctes vous le diront,
Le volubile veut l’interruption.
La chose y gagne en intérêt !
Il faut dire : « Ah..! » et dire :
 « Mais..? »
Il veut entendre qu’on l’approuve,

 

Qu’on le lui dise et qu’on le prouve ;
Car ce sont là gens de Pouvoir
Qui de conseils, ou vous assomment ou vous égarent.
Ses certitudes étant égales à l’ignorance,
Notre jacasseur pense
Qu’à force de patience et de soins continus,
Il peut rendre à Grison la parole perdue !
Le voilà dès potron-minet
Ânonnant l’alphabet à son baudet muet.
Il s’évertuait en cette vaine occupation
Quand là passe un quidam, qui lui prête attention :
« Crois-tu changer l’Ordre divin,
Et convertir ton eau en vin ?
Serais-tu Architecte ou Académicien
Dit-il, ton âne ne parlera point !
Mais sans nul doute pourrais-tu
– C’est une vertu nécessaire
Pour qui ne peut vivre reclus –
Apprendre de lui à te taire ? »

Il disait bien,
Je veux, dès cet instant, faire aussi bien.

1. D’après Cicéron.
2. Car la Lettre tue et l’Esprit vivifie. [Le Nouveau Testament]

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