Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Vous reprendrez bien des allumettes ?
Allez-y, c’est pour la vie,
pour allumer en nous ce qu’il reste d’enfance,
pour allumer le feu des corps,
les animer de cette danse qu’on juge obscène
quand on n’est qu’en strapontin,
spectateur de ceux qui s’aiment physiquement,
laids et tordus par leur désir mutuel.

Vous reprendrez bien des allumettes ?
c’est pour offrir,
pour remettre un peu de vie dans ces regards,
dans ces millions de gens qui se croisent
peut-être,
qui ne se voient jamais,
qui ne regardent que le vide qui va les aspirer.

Vous reprendrez bien des allumettes ?
Oui, c’est ça, foutre le feu à cette vie, 
brûler les ronces et les orties,
faire de ces fusées multicolores
des instants de vie,
de ceux qui retombent,
comme retombent nos corps,
dans un bruit de tonnerre et l’odeur de la poudre,
comme ces corps qu’on disperse,
c’était un beau feu d’artifice 
que ton dernier voyage,
la belle blanche, la belle rouge,
qu’on n’a pas vue venir,
qu’on regarde partir,
l’oeil humide, le vent est fort ce matin,
et le gris de ce ciel incestueux,
qui fait l’amour à la mer,
nous cingle le visage
de ses gifles salées.

Allez, madame, allez monsieur,
vivez encore un peu,
allumez un instant cette lueur,
ces yeux qui ne cherchent plus l’autre,
ces mains qui ne touchent plus
d’autres mains,
d’autres visages,
d’autres corps,
quitte à périr une dernière fois,
-combien déjà de jours
sommes nous morts depuis-
pour dire je t’aime,
pour dire je suis,
pour dire j’étais,
une fois, 
une seule,
une dernière.

Poètes des profondeurs : Pascal Depresle
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article