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Publié par Carmen Montet


 

Dans le pays basque c'est Orentzero ou Olentzero un « charbonnier toujours chargé d'un grand sac  noir comme  autrefois « les paters »  qui fait office de « père Noël ». C'est un personnage  énigmatique qui peut être très sympathique pour les enfants sages mais aussi redoutable pour les vilains garnements désobéissants et paresseux.

Orentzero vivait dans la montagne et fabriquait du charbon de bois toute l'année. Parfois il descendait au village, mais c'était la veille de Noël et le jour de Noël qu'on l’attendait. Il faisait le tour des villages accompagné d'une escorte d'enfants. Parfois les enfants construisaient  un pantin à son image, avec un grand tablier noir, et on le promenait  la journée du 24 décembre dans les rues du village. La nuit, les parents prenaient la relève. A l'école, on parlait souvent d’Orentzero. Les petits en avaient peur et lorsqu'ils le croisaient, ils le fuyaient ou se cachaient derrière les jupes de leurs mamans. On disait qu'il enlevait les enfants polissons, qu'ils les mettait dans son grand sac noir et les emmenait  dans la montagne pour  les obliger à fabriquer du charbon de bois. Ces prisonniers ne pouvaient jamais s'échapper car un chien féroce les gardait : « Belzo ».

Bien sûr ce n'étaient que des légendes que véhiculaient les  mauvaises langues, car Orentzero était bien aimé. Voici l'aventure que  vécurent cinq  garçons  du village  d'« Euskadi ». Ces enfants, il faut le dire, n'étaient pas très sages. Leur chef était un garnement grand aux cheveux roux âgé  de douze ans qui  s'appelait : Bixente. Imanat était « son second », un  petit rondelet, à la langue bien pendue. Puis il y avait les trois plus jeunes plus timides : Andoni, Aitor et Patxi qui leur obéissaient au doigt et à l’œil. Les deux plus grands n'étaient jamais à court d'imagination pour inventer de nouvelles sottises. Dernièrement  Bixente et et Imatol  avaient dérobé  le sac  de charbon  d'Orentzero et y avait enfermé son chien. Puis ils l'avaient abandonné près de la rivière. Deux des trois petits, Andoni , Aitor et Patxi étaient allés délivrer le chien. Des vieilles dames les avaient vus et avaient alerté le maire.  Orentzero avait fait la promesse de retrouver les  plaisantins et de les punir...Les parents de Bixente et d'Imanol furent prévenus. Furieux d’apprendre qu'une fois de plus leur fils s'étaient  fait remarqués, ils décidèrent de les corriger à leur manière. La nuit venue. Orentzero alla frapper à la porte de la maison de  Bixente :

- Ola Ola ! Ouvre moi !  Bixente doit me rendre mon sac et mon chien ! Le garçon prit  de peur ne voulait pas se montrer. C'est son père qui le poussa par  les cheveux et ouvrit la porte au charbonnier :

- Voilà Orenztero mon fils, ce vaurien ! Fais -en ce que tu voudras !

Et Orentzero l'empoigna  et le poussa dans une vieille voiture que conduisait un ami du charbonnier. Bixente  criait  au secours  si fort qu'on l'entendit dans tout le village :

- Non Non !  je ne veux pas aller avec Orentzero ! Pardon pardon ! Je ne ferai plus de sottises !

- Trop tard ! Lui dit son père ! Et il referma la porte quand le véhicule démarra.
- C'est trop tard !  Surenchérit  le charbonnier. Avec moi tu vas bien travailler ! Le lendemain on parla de l' événement dans  tout Euskadi et  et tous les villages alentour. Ses amis s'inquiétèrent :

- Mais où est parti Bixente ? Questionna  Imanol.

- C'est Orenztero qui est venu le chercher la nuit dernière. Ne l'as tu pas entendu hurler ?

- Ses parents l'ont laissé partir avec le vieux fou ?

- Pour sûr ! Le père a dit : je n'ai pas réussi à l' éduquer. Je te le confie, Orentzero. C'est de la mauvaise graine !

- J'en ferai  de la graine de charbon de bois !? Lui a répondu Orentzero.

Imanol alla  à l'école contrairement à ses  habitudes et ne se fit pas remarquer. Oh surprise ! Il s'était mis à travailler. La nuit venue, lorsque le village était endormi  on entendit encore des cris : c'était Imanol qui hurlait :

- Laissez-moi, laissez-moi, Orentzero ! Je promets je ne recommencerai plus !

- Trop tard, tu dois me suivre ! Dis au revoir à tes parents !

Et le garçon fut mis de force  dans une voiture que conduisait l' ami du charbonnier qui  disparut. Le lendemain les enfants  à l'école ne  parlaient  que de l' enlèvement d’Imanol. Andoni questionna  le maître :

- Maître, maître, Orentzero a enlevé deux de nos amis, cette nuit c'est mon tour ! J'ai peur, maître !

- Moi aussi ! s'écrièrent Aitor et Patxi . Ça va être notre tour !

Et tous les enfants de s'écrier :

- Nous aussi, on a peur ! On a peur d'Orentzero qui vole les garçons et les filles !

- Mais non ! Rassura le maître ! Ce sont ces deux grands nigauds qui ont embêté Orentzero et le charbonnier leur a donné une bonne leçon. Pas vous ! Toi Patxi toi Andoni  toit Aitor, vous avez délivré son chien ! Vous ne craignez rien ! Si vous êtes sages  à l'école et chez vous, Orenztero ne viendra pas vous prendre. Effectivement la nuit suivante et les autres nuits Orenztero resta dans sa maison dans la montagne et ne vint pas au village. Mais les trois garçonnets s'inquiétaient pour leur amis prisonniers :

- Nous devons aller les délivrer ! dit Patxi, C'est incroyable, leurs parents ne s’inquiètent pas !

- Il faut dire qu'il leur en ont fait voir de toutes les couleurs !  Expliqua Andoni. Bixente particulièrement. Comme son père est souvent  absent, il est marin pécheur, sa mère l'élève seule. Il ne l'écoute pas, lui désobéit, lui répond, mange n'importe quoi, refuse de faire ses devoirs ! C'est dur pour sa maman, tu sais !

- Et Imanol, lui aussi, était insupportable. Il battait ses petits frères. Son père, bûcheron,  le corrigeait  souvent et en avait assez de son mauvais caractère  ! Ajouta Aitor

- De plus ils étaient des cancres à l'école, n'apprenaient jamais leurs leçons. Ils répondaient au maître et faisaient souvent l'école buissonnière. Termina Andoni

- Oui mais ce sont nos amis quand même ! Dit Patxi. On s'amusait bien avec eux ! 
Nous devons  les délivrer du charbonnier .

- Et comment faire ? Il a son chien  Belzo qui n'est pas commode !

- On avait bien réussi à le mettre dans le sac ! Dit en riant Andoni. On trouvera une solution ! Les bambins réfléchirent :

- On va surveiller la cabane d'Orentzero et quand il s'absentera, on délivrera les amis !

Le plan fut établi et les trois petits partirent un mercredi dans la direction de la maison du charbonnier. Ils  se cachèrent et attendirent. Orentzero sortit, une hache à la main, et s’éloigna. Son chien  avait flairé des présences étrangères. Il aboya mais joyeusement. Alors Orentzero ne se méfia pas.

- Ça y est  ! allons-y !

Ils enfoncèrent la porte  et fouillèrent la cabane.

- Bixente, Amanol ! Ou êtes-vous ? Rien ! Rien : ils n'étaient pas là

- Ils doivent être dans la forêt, retenus  en train de travailler pour Orentzero ! Allons-y !

Ils s’apprêtaient à quitter la cabane,  quand le charbonnier revint :

- Eh  bien ! Vous entrez comme ça dans les maisons sans permission ! Vous n'allez n'allez pas vous en tirer comme ça !  Hurla Orentzero

- Où sont nos amis ? Cria Andoni

- Vos amis , quels amis ?

- Bixente et Amino ? Vous les avez kidnappés et cachés !

Orenztero  se mit  alors à à rire de plus en plus fort

- Oui ! oui je les ai enfermés dans la grotte près de la pierre qui chante mais attention mes amis  le  dragon  et la sorcière  les surveillent !

- Ce n'est pas drôle ! Hurla Paxti. Menez-nous à nos ami ,sinon ?

- Sinon quoi ? hurla Orentzero ! La plaisanterie  a assez duré. Vous ne faites perdre mon temps ! Déguerpissez !

Et il fonça sur les enfants en roulant de gros yeux. Alors Andoni  pour protéger leur fuite, jeta la table à terre et Orentzero trébucha dessus, tombant de tout son poids à terre. Un peu de sang coulait de son front.

- Il est mort ? Il est mort ? Cria Aitor

- C'est toi qui l'a tué ! Reprochait Patxi à Andoni

- Il voulait nous attraper... Et tous les trois  terrorisés retournèrent au village le plus vite possible. - Il ne faut rien dire de tout cela, dit  Andoni. Car sinon on nous mettra en prison !

Mais Patxi ne put retenir sa langue et se confia à sa grand- mère Orenztero est tombé chez lui...et  je crois qu'il est mort. Il ne bougeait plus et du sang coulait sur son front.

- Mais tu l'a vu ?

- Oui !

- Qu'étais-tu allé faire chez lui ?

- Nous voulions délivrer Aminol et Bixente, qu'il détenait prisonniers et qu'il obligeait à  travailler pour lui ! La grand-mère esquissa un sourire qu'elle cacha bien vite.

- Ah oui ! Et vous les avez trouvés ?
- Non il n'a pas voulu nous dire où  il les avait cachés.

Puis il se mit à pleurer. La grand-mère appela le docteur et ils se rendirent  à la maison d’Orentzero. L’homme n'était pas mort, mais légèrement  blessé. Il avait perdu connaissance quelques instants. Le médecin le soigna. Orenztero ne voulut pas aller à l’hôpital, il se sentait bien et Noël était dans deux jours. Il ne dit pas un mot quant à  l'intrusion des trois petits chez lui et la fouille de sa maison. Il se reposa un jour puis commença les préparatifs.

Le 24 décembre il arriva au village sur des grandes échasses : c'était  la tradition. Il  fit le tour avec les enfants. Il chanta des cantiques  basques de Noël. Puis  on se rassembla sur la place et Orentzero, appela un par un  les  enfants, et sortant de son grand sac bien propre leur offrit de beaux jouets des habits, des cadeaux. Quand vient le tour des trois amis Patxi, Andoni et Aitor, Orentzero leur dit :

- Venez ici, vous trois !

Les enfants, intimidés, baissaient les yeux.

Le charbonnier allait-il les dénoncer devant tout le village pour le saccage de sa maison ?

-Pour vous trois, nous avons décidé avec vos  parents, d'un cadeau assez spécial : pas de tirelire, de  jouets, de surprises, d'amusements, de livres, de vêtements, de voyage, de chocolat, de vacances mais un cadeau que vous allez apprécier.

Et, aidé de deux villageois qui riaient sous cape,  ils apportèrent  trois  grands sacs  :

- Voilà pour toi Patxi, ton cadeau, allez, enlève la ficelle !

Et le garçon ouvrit  de sac.C'est alors qu'une forme bougea, et sortit : c 'était Bixente, tout étourdi ! La foule se mit à rire et à applaudir. Patxi était tout ému. Orenztero lui avait rendu son ami.

- A toi maintenant, approche, Aitor. Et il fit de même avec le deuxième sac : il l'ouvrit et  Aminol en sortit .

- Andoni, approche et ouvre le dernier sac ! Cria Orentzero.

L'enfant obéit et en sortit des planches, des clous, un marteau.

- Tu sais ce que cela veut dire ? Questionna le charbonnier

- Oui !Tu veux que je reconstruise la table que je t'ai cassée.

- Exactement !

Après, ce fut une clameur joyeuse qui monta dans le ciel étoilé. Les musiciens arrivèrent et tout le monde dansa. On but le vin chaud et on savoura les galettes préparées par les villageois. Il faisait très doux cette nuit-là : la montagne était calme, l'océan aussi. Une douce brise,soufflait. Bixente et Amino expliquèrent à leurs trois amis que ce  n'était pas Orentzero qui les avaient enlevés et qu'ils n'étaient pas détenus dans la forêt ( ce que tous les adultes du village savaient, pas leurs enfants ). Leurs parents désespérés par leurs résultats scolaires catastrophiques et leurs espiègleries, avaient décidé de les envoyer en pension pour  qu'ils reprennent  leurs études : la pension de Saint-Jean de Luz pour Bixente et celle d'Hendaye pour  Imanat, pas question de les mettre dans le même internat ! On avait simulé leur enlèvement pour faire peur aux autres enfants paresseux et turbulents  du village !

Le lendemain Andoni, aidé de ses quatre amis, se rendit chez Orenztero, les bras chargés de bonnes choses que ses  parents avaient préparées pour lui. Les cinq garçons réparèrent la table, remirent en place la maison, firent du ménage, coupèrent du bois,  rentrèrent le charbon stocké dehors et travaillèrent ainsi toute la journée de Noël, avec bonheur et joie !

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