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Publié par carmen Montet


 

C'était par un beau matin d’août. Un couple et ses trois enfants : Gauthier, Jocelyn et Gaïa la petite dernière, avaient passé la nuit dans un refuge de haute montagne à 3000 mètres  d'altitude.

Les parents, bons alpinistes, projetaient de faire l'ascension du  » Mont perdu », un mont réputé dangereux. Ils  confièrent leurs enfants  à  Mathias, un ancien guide reconverti en hôtelier, et  partirent de très bonne heure avant l'aube.

L'ascension ne durerait qu'une demi -journée et ils seraient de retour pour le dîner. Mathias  fut un bon animateur et occupa la petite tribu en cueillette de plantes, en observation de marmottes, chamois, aigles. Il fut aussi un excellent conteur d'histoires des montagnes, celles des chevreuils, de la crevasse, de  la montagne interdite et de la fée des glaces dont il fallait se méfier.

L'après-midi était déjà bien engagée quand Mathias fut appelé d'urgence dans la vallée. Avant de descendre  il prévint les enfants :

- Surtout restez  ici ! Vous avez des livres ! Je suis de retour dans deux heures .

- Ne t’inquiète pas Mathias, on bougera pas d'ici ! Rassura  le plus  grand, Gautier.

Le vieux guide partit avec ses bâtons de marcheur et plus bas, à deux kilomètres, il prendrait sa camionnette pour se rendre au village.... Le temps passait dans le refuge  et la petite sœur  proposa :

- Et si nous allions à la rencontre des parents ! Cela leur ferait une surprise !

- Oh oui ! S'écria Jocelyn.

Malgré ses réticences et la promesse faite au guide, Gautier ne put les retenir et pour calmer leur ardeur, leur proposa de ne pas aller  plus loin que le petit lac mauve,  à peine à cinq cents mètres et visible du refuge. 

Les petits acceptèrent le compromis, enfilèrent chaussures  et casquettes tandis que Gautier prépara  son sac à dos. Le soleil était haut dans le ciel. Il faisait presque chaud. Le petit groupe  atteignit assez vite le joli plan d'eau où le ciel se reflétait joyeusement. Gaïa enleva ses chaussures et se trempa les pieds, tout comme Jocelyn.

Soudain, un bouquetin et son petit s’approchèrent pour boire. Les enfants ravis les observèrent mais, les bêtes les apercevant,  détalèrent. Gaïa et Jocelyn remirent leurs chaussures et se lancèrent à leur poursuite sous les désapprobations de leur grand frère .

-Revenez, revenez !

En vain. Les petits avaient disparu au tournant du versant et arrivaient  à hauteur du plateau de neige. Les chevreuils étaient là.  Ces derniers décampèrent à l'arrivée des enfants, escaladant agilement les rochers abrupts.

Gauthier qui s'était lancé à la poursuite des petits les  avait presque rattrapés :  Gaïa et Jocelyn  se tenaient devant  le glacier et  il n'était qu'à six mètres d'eux :

- Comme c'est beau !  s'écria Gaïa : on glisse comme à la patinoire !

- Regarde ce gros trou ! S'écria Jocelyn.

Gaïa s'approcha  et s’exclama :

- Oh on dirait comme..

Elle  ne finit pas sa phrase, la glace céda sous le poids des deux enfants qui  furent projetés  au fond de la crevasse. Gautier  qui avait vu sa sœur et son frère disparaître se précipita en criant :

- Où êtes-vous ?  Jocelyn, Gaïa ! Pas de réponse. Le garçon atteignit  le trou béant   et aperçut  tout au fond les corps allongés, sans réaction, de son frère et de sa sœur. Sans perdre une minute, Il sortit une  corde de son sac,  l'accrocha  à un pieu et  descendit rejoindre les petits qui  avaient perdu connaissance. Gauthier constata avec soulagement  qu'ils respiraient encore et  décida d'aller chercher du secours, mais la corde qu'il avait précipitamment accrochée se détacha et il glissa lui aussi au fond de la grande crevasse. Affolé, il se mit à crier :

- Au secours, on est là ! 

Mais qui allait bien pouvoir passer par là  et les sauver ? Les petits gémissaient  et leurs corps  se refroidissaient. Que faire ? le temps pressait. Gauthier retira de son sac des cahiers, des livres et un briquet. Il fit un feu mais le papier brûlait bien trop vite. Alors  il chercha au fond de la crevasse quelque chose pouvant servir de combustible.. Il découvrit quelques  racines. Il alimenta  son feu de ce bois providentiel et en  approcha les petits. Il les réchauffa aussi en leur faisant des frictions comme il avait appris avec les secouristes de son école.

Pendant ce temps, Gaïa et Jocelyn, endormis ,entraient dans un autre monde : une belle fée des glaces se dressait devant eux en  robe de flocons de neige et en  cape de nuages. Elle leur souriait et leur proposait de la suivre dans son royaume des neiges éternelles. Elle les invita à monter  dans sa belle calèche tirée par des ours blancs. Elle offrit un collier de diamant à Gaïa, et une ceinture de rubis à Jocelyn. Elle les enveloppa dans de douces fourrures. Ils n'auraient plus jamais faim, froid, peur. Elle leur tendait ses mains bleues parées de bagues merveilleuses. Les enfants s’apprêtaient à  monter avec elle, lorsque Mathias apparut et les secoua ...les enfants émergèrent de leur torpeur  :

- Mathias c'est toi ? Tu es revenu du village ?

- Oui ! Il ne faut que vous suiviez la fée car sinon vous ne reverrez jamais vos parents .

La fée sourit et s'approcha des enfants, les prit par la main

- Allons, les enfants,  il est temps de dire au revoir à votre ami. Un monde merveilleux vous attend

-Non ! Hurla Mathias, en tirant  à lui les petits ! Partez, méchante sorcière !

-C'est  aux enfants de décider ! Dit la belle dame avec un sourire mauvais. Avec qui voulez-vous partir  ?

Les enfants se tournèrent vers Mathias et  allèrent se blottir contre lui. La fée, dépitée,  monta dans son carrosse et disparut dans un nuage de neige et de glace.

Gaïa et Jocelyn se réveillèrent. Ils n'avaient plus froid et même un peu trop chaud près du feu ardent.

- Mathias ? Questionna Jocelyn en regardant autour de lui, Où est Mathias ?

- Certainement à notre recherche ! Dit Gauhier  rassuré. Vous allez bien ?

- J'ai mal à l'épaule ! Lui dit Jocelyn et un peu à la tête, mais ça va ! Que s'est il passé ?

-Vous êtes tombés tous les deux dans la crevasse ! Et toi Gaïa ça va ?

- Je ne peux  me redresser, j'ai mal à la jambe, à la cheville.

Gauthier palpa la cheville de la petite qui hurla.  

- Eh bien une entorse, une foulure au bras ! Belle promenade ! Soupira Gauthier. Comme il maugréait, les deux chevreuils se pointèrent en haut de la crevasse :

- Ah vous voici, petits voyous ! S'écria Gauthier, C'est à cause de vous que nous sommes là !

Les animaux semblèrent comprendre le message et disparurent.

- Vous m'avez fait une peur terrible ! Dit Gauthier.

- Nous avons vu Mathias  dans la crevasse et la  fée des glaces dont il nous avait parlé dans son histoire  ! Expliqua Gaïa. Ils nous a empêchés de partir avec la belle dame .

- Oui ! confirma Jocelyn. Nous avons vu la fée des glaces, elle était vraiment belle et il y avait aussi Mathias.

Gauthier pensa que le choc, et le coup sur la tête avaient provoqué ces hallucinations. Il ne chercha pas à  contredire sa sœur et son frère .

- Il faut signaler notre présence à  Mathias car il doit être à notre recherche. Essayons de maintenir le feu pour que la fumée sorte de la crevasse.

De son côté, Mathias, de retour bien plus tôt que prévu, voyant que les enfants avaient quitté le refuge se lança immédiatement à leur recherche avec, au creux de l'estomac, un mauvais pressentiment. Comme il était devant le lac mauve, il aperçut deux chevreuils, un adulte et un petit, qui semblaient  l'attendre.  Mathias suivit les bêtes, persuadé qu'elles le guideraient  vers les enfants. Les chevreuils le conduisirent en effet  devant la crevasse  . 

- Ohé ! S'écria Mathias. Vous êtes tous ici, bien vivants ?

- Oui Mathias ! Deux blessés légers mais nous sommes bien vivants !

- Je vais vous hisser hors de là.

Et après un long moment le guide  put ramener les enfants à la surface. Il prit Gaïa sur ses épaules tandis que Jocelyn blessé à l'épaule était soutenu par son grand frère et rentrèrent au refuge où le guide leur prodigua les premiers soins.

Les parents arrivèrent une heure plus tard. Un médecin avait été appelé pour soigner les plaies des petits sans  gravité. Mathias s'en voulait d'avoir laissé les enfants seuls :

- Ce n'est pas de votre faute ! Lui dirent les parents, mais de la nôtre ! Merci Mathias de les avoir ramenés.

- C'est ma faute ! dit Gauthier la tête basse. C'était à moi de les empêcher. J'avais promis à Mathias de rester dans le refuge !

- Non, ce n'est pas de ta faute ! Dit Jocelyn à son grand frère. C'est de la mienne ! J'ai voulu suivre Gaïa et je t'ai désobéi !

Et Gaïa ajouta : 

- Moi, je dis que ce n'est ni la faute des parents, ni  la faute de Mathias, ni la faute de Gauthier, ni la faute de Jocelyn mais  la faute des deux chevreuils qui voulaient qu'on les suive et qui nous ont conduit dans la crevasse !

Tous se mirent à rire mais Mathias précisa :

- Non petite ! ce n'est pas la faute non plus des chevreuils car ce sont eux qui m'ont indiqué où vous étiez ! Ils sont venus à ma rencontre et m'ont guidé jusqu'à la crevasse ! Les enfants étonnés l'écoutaient

- Alors c'est la faute à qui ? S'écria Gaïa.

- Peut être à  la fée des glaces ! Conclut malicieusement Mathias .

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