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Publié par J P clair

"Avec renversements de tendance " régalez-vous avec l'humour de Jean-Paul Clair...une façon de sourire sur les petits changements de notre société que l'on voit sans voir parfois...

 

A la boulangerie, journal et baguette du jour sont à la disposition du client. C’est « donnez-nous notre pain et notre quotidien ».

Au début du siècle dernier, les épiciers vendaient du pétrole. Aujourd’hui, on trouve de l’épicerie dans les stations–service, mais l’amabilité du petit commerçant a rarement suivi dans ce nouvel espace de vente. L’appellation de ces établissements est désuète, puisque le service a déserté ce genre de commerce. Vous remplissez vous–même votre réservoir et si vous croyez, comme au bon vieux temps, que l’on pourra vous changer une ampoule ou un balai d’essuie–glace, vous vous bercez d’illusion. En réponse à votre demande, deux réactions possibles : soit l’employé vous remet vertement à votre place en vous expliquant qu’il n’est pas payé pour ça, soit il rigole franchement en demandant où est la caméra cachée.

Avec son crayon sur l’oreille, le commerçant d’antan savait faire les opérations, et pour un résultat exact, on pouvait compter sur lui. Aujourd’hui, la moindre panne de caisse interdit toute vente. La technologie s’est mise à notre service pour limiter notre temps d’attente. C’est beau, et on y croirait presque, mais en réalité c’est pour accélérer le rendement des hôtesses de caisse. Vous avez terminé vos emplettes, vous analysez rapidement la situation pour choisir la meilleure file et vous accélérez le pas car il semblerait que quelqu’un lorgne au même endroit que vous. Vous prenez place en vous félicitant de votre option puis tout se passe bien jusqu’au moment où, immédiatement devant vous, temps mort comme on dirait au basket, un code–barre ne passe pas ou une carte bancaire se bloque. Vous vous demandez pourquoi c’est toujours sur vous que ça tombe.

Depuis de nombreuses décennies, l’hygiène s’est considérablement et progressivement améliorée. Autrefois, on pliait couramment les produits de consommation dans un journal qui déteignait quelquefois sur les aliments, ce qui n’était guère emballant. En rentrant chez vous, vous pouviez lire le journal en mettant votre beefsteak devant la glace. Nous avons tous en mémoire la fameuse scène du film « Le Schpountz » de Marcel Pagnol où l’oncle, joué par Charpin, explique à son neveu Fernandel que son frère a eu une idée géniale pour stimuler les ventes en baptisant « anchois des tropiques » des filets de ce poisson en cours de moisissure. On ne manquera pas d’évoquer également la recommandation de ne pas laisser les croissants sous le bidon de pétrole. C’était toute une époque, et les gens de ma génération ont connu de telles épiceries, et malgré cela nous sommes tous encore de ce monde. Aujourd’hui tout est complètement aseptisé, même le goût des fruits.

On évoque maintenant des points de vente multiservices pour essayer d’enrayer le dépeuplement des campagnes. Autrefois également, il existait des magasins à vocation diversifiée, et comme disait un brave homme qui avait installé une boulangerie–buvette pour ses deux fils : « C’est le petit qu’a le pain, et c’est le grand qu’a le bar ».

Privé de ses recettes de vignette après l’abolition de cette taxe et pénalisé par la baisse de la consommation du tabac, le buraliste s’est vu proposer la vente des préservatifs, ce qui est absolument logique puisqu’ils peuvent être utilisés pour faire des pipes …D’autre part, un coût attractif est envisageable, car les prix pratiqués en pharmacie ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

Un personnage est en voie de disparition : c’est le représentant qui venait vous solliciter à domicile, impeccablement vêtu, chaussé de souliers toujours brillants, attendu qu’il y avait des couvertures de laine dans les hôtels ! Dans un souci de rentabilité, il a été remplacé et on a installé des plates-formes d’appel. Quelques secondes suffisent pour passer d’un client potentiel à un autre. Pour gagner encore du temps, on appelle plusieurs numéros simultanément, et c’est le premier qui décroche qui a droit à une sollicitation formatée. En ne répondant pas avant quelques sonneries, on échappe bien souvent à cette amabilité de quelqu’un qui vous veut du bien. Cependant, ceux que l’on appelle les commerciaux ont toujours leur place. Formés et motivés comme l’on va à la guerre, ils livrent sans cesse bataille et lorsqu’ils vous font signer le bon de commande, c’est pour vous un acte de capitulation. Faire preuve de ténacité est l’une de leurs particularités. A ce propos, citons l’exemple de ce commercial reçu par un directeur en ces termes :

– C’est votre jour de chance, j’en ai refusé 7 aujourd’hui.

– Je sais, c’est la huitième fois que je me présente.

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