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Publié par C Montet

 

Il y a fort longtemps, en des années perdues vivait une communauté « celtil » dite gauloise en ce lieu sacré dit « Paraqueu. » Para signifie « falaise » et aquaeu : eau, autrement dit « la Falaise de l'eau » .Le site est composé d'une crête et à son sommet d' une croix. Il fait partie de la « géographie sacrée du Pilat » .

Un oppidum gaulois y était implanté dans l'alignement des roches de Merlin, là où le soleil se lève au solstice d'été, face à l'enceinte du Pic des trois dents et du Crêt de l'Oeillon . Sans aucun doute Paraqueu était un lieu de culte et la religion des druides y vénérait les éléments de la nature et tout particulièrement l'eau si abondante en ces lieux ! Ce site mégalithique se situe au dessus de Saint Martin en Coailleux : Aqualieu : lieu des sources de l'eau, village annexé par Saint-Saint-Chamond .

Ainsi donc ces montagnes gardèrent leurs secrets et leur passé enfouis à tout jamais dans leurs pierres . Les hommes ayant jeté sur ces temps ténébreux une couverture d'oubli épaisse de plusieurs siècles , il a fallu s'instruire auprès de quelques légendes et de quelques superstitions pour essayer d'éclairer la mémoire de ces temps ancestraux.

La nouvelle religion chrétienne ayant tout mis en œuvre pour détruire, effacer, interdire la religion antique des celtes, les vestiges culturels de nos lointains ancêtres n'ont pu être ni explorés ni étudiés comme ils le devraient. Il est vrai que les Gaulois sont en partie responsables de cela : la religion des druides n'interdisait- elle pas l'écrit ?

Tout était oral : les lois, les enseignements. Écrire pour les Gaulois, portait malheur. Écrire signifiait mourir. La parole valait mieux que le papier ou le parchemin ou l'écriture sur pierre...Mais voilà : les paroles s'envolent et les écrits restent ! Hélas nos celtils qui croyaient à l'éternité, ne pensaient pas qu'ils puissent un jour tomber dans l’abîme du temps !

Ainsi donc voilà la légende de Gaïa fille de la terre et de l'eau...

Il y fort longtemps vivait en cet oppidum oublié de Paraqueu, , une fort belle jeune fille. Elle avait pour nom : Gaïa qui signifie en celte " terre " . Ses parents étaient morts et elle n'avait ni frère ni sœur. Il y avait plus de 1000 ans que ses ancêtres « les celtils » avaient quitté ces lieux sous ordre des Romains qui avaient conquis la Gaule et qui avaient détruits les oppidums. Les celtils de Paraqueu durent descendre à leur tour dans la vallée à Saint -Saint-Chamond et à Saint- Martin. Leur culte cependant ne fut pas interdit et durant cinq siècles perdura à Paraqueu. La fête du solstice d'été demeura grandiose. .

...500 ans passèrent, il ne resta en ce village abandonné et interdit que Gaïa : ses parents étant les derniers habitants décédés de l'oppidum oublié . Elle demeura avec ses chèvres en Paraqueu. Elle vivait de la vente de ses fromages et autres fruits cueillis en ces bois du Pilat et vendus, aux foires de la contrée. Un jour, elle apprit que le Seigneur du Roussillon, Guillaume, devait organiser une grande fête en l'honneur de la naissance de son fils. Il recherchait du monde pour aider à la cuisine. Tous les volontaires seraient nourris, logés et surtout grassement payés à l'occasion du baptême de son héritier.

Gaïa se porta volontaire : cet argent, elle en avait besoin pour acheter des chèvres en remplacement de celles qui lui avaient faussé compagnie voilà quelques jours . Elle s'adressa donc à l'intendant et confia son troupeau à un vieux celtil qui ne manqua pas de la mettre en garde :

- Méfie-toi des hommes Gaïa ! De tous les hommes ! Belle, jeune et fraîche comme tu es, tous voudront de toi ! Ils voudront abuser de ta personne ! Comprends -tu ?

- Que dois je faire alors maître ? Dit la demoiselle .

- Si tu désires toujours y aller , alors ne montre pas tes beautés ! Cache ta chevelure d'or sous une cagoule noire discrète ! Boite ! Ne sourit jamais. Fais semblant de ne pas tout comprendre . Parle très peu et réponds en celtil si on t'interroge. Porte des vêtements amples et reprisés. Colore ton visage de cette potion orangée qui cachera ton beau teint rose. Surtout reste en cuisine. Ne sors jamais en salle. Dis que tu es maladroite et très peu fière de ta personne ! Une dernière chose : ne te fais pas appeler Gaïa mais Jeanne, nom courant portée par tant de femmes ! Ne dis pas d'où tu viens. Parle de Tarare. Tu comprends ? La jeune femme resta pensive, tandis qu'une magnifique colombe se posait sur son épaule. Le vieux celtil alors ajouta :

- Vois cette colombe, s'il t'arrivait malheur, elle sera auprès de toi, n'aies aucune crainte, elle te protégera !

Ainsi fut fait et Gaïa déguisée en « vilaine et boiteuse » devint Jeanne, venue de Tarare . Elle se rendit au château. On la prit tout de même en cuisine avec trois autres jeunes filles : Perrine, Axelle, et Reinaëlle. Les demoiselles rêvaient d'aller servir en salle pour voir les preux chevaliers applaudir les troubadours, voir les danses, écouter musique et poètes et manger bonnes victuailles.

- »Pas question pour Gaïa de les accompagner : elle gâcherait, par son aspect, le décor cette belle chevalerie ! », lui avait lancé méchamment la vieille cuisinière ...

Il advint que par malchance le feu embrasa la cuisine et que la vieille cuisinière et une des servantes Perrine furent couvertes de flammes. Jeanne-Gaïa, se précipita sur elles, retirant ses affreux vêtements y enroula dedans les deux femmes, retirant sa cagoule sous laquelle elle transpirait, laissant couler le liquide orangé du visage. Puis elle se rua sur les amphores et les barriques d'eau, les renversa sur les deux victimes, leur évitant une mort certaine.

Épuisée et trempée jusqu'aux os, elle s'affala à terre aux côtés des femmes. Arriva alors l'écuyer du Seigneur et le Seigneur en personne, alertés par les cris provenant de la cuisine et la fumée qui en sortait. Ils découvrirent les trois femmes à terre épuisées et effrayées, mais bien vivantes, et peu souffrantes. On releva la cuisinière et Perrine que l'on soigna mais leurs brûlures n' étaient que superficielles et sans gravité : elles reprendraient leur service bien vite. Quant à Gaïa, dite Jeanne, elle apparut telle qu'elle était : un ange sauveur blond, aux yeux émeraude, au visage fin, parfait, recouvert de suie et de fumée cependant. Le Seigneur Guillaume en fut tout ébloui et l'invita au baptême de son fils en la chapelle et à partager le festin du soir, pour la remercier. Gaïa n'osa refuser. On lui fit parvenir une très belle robe, une coiffe et un voile qui dissimulerait son visage à la chapelle au cours du baptême...

Mais Gaïa ne voulut pas participer à la fête. Une des jeunes servantes , Reinaëlle; demanda à prendre sa place. Gaïa refusa d'abord, puis, se dit que l'avertissement du vieux celtil ne concernait qu'elle et qu'en conséquence Reinaëlle ne risquait rien.

Reinaëlle était aussi blonde et ses yeux étaient bleu vert, presque de la même couleur que ceux de Gaïa. Les deux jouvencelles étaient de même taille ! La ruse pouvait marcher ! Le Seigneur n'avait vu qu'une fois Gaïa et encore le visage plein de fumée, les cheveux en désordre...Avec la coiffe et le voile sur le visage, Reinaëlle pouvait se rendre à la chapelle et participer au festin en toute tranquillité.

Après la chapelle, donc, tous se rendirent dans la salle du donjon où se déroulerait le festin. Reinaelle était assise aux côtés de Guillaume et d'un preux chevalier ». Il advint ce qui advenait tout le temps lorsqu 'on festoyait au Moyen Âge, sans demi mesure : le vin coulait à grands flots à très grands flots. Guillaume ivre voulut passer la nuit avec Reinaëlle ! Il projeta de la rejoindre . Mais les chevaliers désiraient eux aussi découvrir les grâces de la jeune fille.

C'était une nuit d'orage terrifiante ! Les éclairs illuminaient le ciel comme en plein jour. La foudre tombait sur les arbres alentour et le vent hurlant projetait des grêlons gros comme des boulets. Une nuit sinistre, inhumaine ! Nos chevaliers attendirent que Guillaume raccompagnât son épouse en ses appartements pour enlever la belle et l’entraîner en une salle isolée et désertée du château. Reinaëlle, alors, cria la vérité, arrachant son voile, parlant de la belle Jeanne qui était restée auprès d'Axelle et de Perrine ! Les trois chevaliers excités se rendirent aussitôt en cuisine . Ils s'en prirent aux deux demoiselles Axelle et Gaïa, laissant Perrine à ses blessures et ramenèrent de force dans cette salle sordide du château leurs prisonnières.

Gaïa hurlait, criait, suppliait. Alors elle se précipita vers une meurtrière géante, se hissa lestement et à l'approche des chevaliers menaça de sauter. Elle les tint à distance de longues minutes puis un d'entre eux, à bout de nerfs, fonça sur elle. Alors, Gaïa sauta dans le vide .

Lorsque les chevaliers se précipitèrent vers la meurtrière, ils ne virent pas de corps en contrebas bien que le ciel fut éclairé par les éclairs, mais ils virent une magnifique colombe qui virevoltait autour de la tour. Elle pénétra à l'intérieur de la pièce maudite et fonça sur l'un des chevaliers lui creva les yeux et recommença deux autres fois. Reinaëlle et Axelle terrifiées s'enfuirent à toute hâte et nul ne les revit jamais.

Gaïa, quant à elle, retourna à Paraqueu et reprit sa forme humaine. On dit que les nuits d'orage, quand la foudre tombe sur Paraqueu, c'est le feu de la cheminée du château que Gaïa abat sur la colline. On dit aussi que les grondements du tonnerre sont les hurlements des chevaliers qu'elle mutila, et que la pluie qui tombe sans discontinuer, ce sont ses larmes de jeune fille qu'elle verse à torrent sur la violence et la perfidie des hommes .

On dit, enfin, que Gaïa se transforme en colombe, pour venir en aide aux cœurs purs; aux innocents, à tous ceux qui sont victimes de l'injustice et de la violence.

Le  mystère de Paraqueu : La légende de Gaïa
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