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Publié par dix vins blog

 " Nous sommes toujours là

guettant une étoile dans chaque lettre de l’alphabet." 

 

 Mahmoud Darwich (محمود درويش), est une des figures de proue de la poésie palestinienne. Chantre  de la culture palestinienne, engagé dans la lutte de son peuple, il était aussi homme de paix et de justice. Profondément engagé, il n’arrêtera jamais de croire en une paix possible entre Israël et la Palestine. Président de l'Union des écrivains palestiniens, ses poèmes, centrés sur la nostalgie de la patrie perdue, sont internationalement connus et lui valent plusieurs récompenses prestigieuses. Ils sont traduits dans pas moins de 22 langues.

 

Arrêté et emprisonné plusieurs fois  pour ses écrits et activités politiques entre 1961 et 1967, le jeune  Darwich  «  rêve de révolution et chante la patrie, la défense de l'identité niée des siens et la solidarité internationaliste « . Il est connu aussi pour son engagement au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Membre du comité exécutif de l'OLP, il la quitte en  1993 pour protester contre les accords d'Oslo

Après plus de trente ans de vie en exil, il peut rentrer sous conditions en Palestine, où il s'installe à Ramallah. ( 1995 ).

Il meurt à Houston (USA ) en 2008, des suites d’une opération du cœur.

Son premier recueil de poésie "Oiseaux sans ailes "( 1960 ) fut publié quand il avait dix-neuf ans. 

En 1964, son recueil Rameaux d'olivier (Awraq Al-zaytun) fait de lui le chantre de la résistance palestinienne et sa renommée devient internationale. Son poème " IdentitéInscris : Je suis arabe " , le plus célèbre du recueil, devient un hymne chanté dans tout le monde arabe.

L’œuvre poétique de Darwich, est un véritable cri d’amour pour sa terre, son peuple , son pays : La Palestine !

Flamboyante, passionnée, épique, nostalgique, elle porte en elle toute l’histoire et les espoirs du peuple palestinien.

Les oiseaux


L’on se verra bientôt…
dans un an,
deux ans, dans un siècle…
et dans l’appareil photographique
furent jetés
vingt jardins
et les oiseaux de la Galilée
et la voilà partie, au-delà de la mer
cherchant un sens nouveau à la vérité.
ma patrie est une corde à sécher
et les rubans du sang répandu à
chaque minute…
Et sable, et palmiers, je me suis
étendu sur le rivage
Les oiseaux ne savent point, ma Rita,
que la mort et moi t’avons donné
le secret de la joie fanée
à la barrière douanière…
Et nous voilà, la mort et moi,
renaissant
dans ton front premier,
et dans la fenêtre de ta maison…
deux visages… moi et la mort.
Pourquoi fuis-tu?
Pourquoi fuis-tu, à présent, ce qui
de l’épi, fait les cils de la terre
et du volcan, un autre visage du jasmin
Mais pourquoi fuis-tu?
Rien, la nuit, ne me fatiguait autant
que son silence
quand il s’étirait devant ma porte
comme la rue, comme le vieux quartier…
qu’il soit fait selon ta volonté,
Rita !
Le silence serait une cloche
des cadres d’étoiles
ou un climat ou la sève bout ans
les flancs de l’arbre.
Je bois le baiser au tranchant des
couteaux
Viens ! Qu’on appartienne à la boucherie !…
comme des feuilles inutiles
sont tombées les vols d’oiseaux
dans les puits du temps
ET me voilà, ma Rita, repêchant leurs ailes bleues.
Je suis celui qui porte dans sa peau,
gravée par les chaînes,
une forme de la patrie.

 

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Inscris !

Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d’enfants : huit
Et le neuvième… arrivera après l’été !
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j’ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d’écolier
Je les tire des rochers…
Oh ! je n’irai pas quémander l’aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !


Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines…
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l’effusion de la durée
Avant le cyprès et l’olivier
…avant l’éclosion de l’herbe
Mon père… est d’une famille de laboureurs
N’a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.

Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux… couleur du charbon
Mes yeux… couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
…elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c’est
L’huile d’olive et le thym

Mon adresse :
Je suis d’un village isolé…
Où les rues n’ont plus de noms
Et tous les hommes… à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !


( photo Servane Thibaud )

Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as raflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
…à ce que l’on dit !

DONC

Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n’ai pas de haine pour les hommes
Que je n’assaille personne mais que
Si j’ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur !
Rameaux d’olivier - 1964

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Rita et le fusil

( la chanson" Rita et le fusil"  raconte l'histoire d'amour véridique de Mahmoud Darwich "le Palestinien" et Rita "l'Israélienne" ).


Entre Rita et mes yeux: un fusil
et celui qui connaît Rita se prosterne
adresse une prière
à la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel

moi, j'ai embrassé Rita
quand elle était petite
je me rappelle comment elle se colla contre moi
et de sa plus belle tresse couvrit mon bras
je me rappelle Rita
ainsi qu'un moineau se rappelle son étang
Ah Rita
entre nous, mille oiseaux mille images
d'innombrables rendez-vous
criblés de balles.

Le nom de Rita prenait dans ma bouche un goût de fête
dans mon sang le corps de Rita était célébration de noces
deux ans durant, elle a dormi sur mon bras
nous prêtâmes serment autour du plus beau calice
et nous brulâmes
dans le vin des lèvres
et ressuscitâmes

Ah Rita
qu'est-ce qui a pu éloigner mes yeux des tiens
hormis le sommeil
et les nuages de miel
avant que ce fusil ne s'interpose entre nous

il était une fois
Ô silence du crépuscule
au matin, ma lune a émigré, loin
dans les yeux couleur de miel
la ville
a balayé tous les aèdes, et Rita
entre Rita et mes yeux, un fusil.

( Photo : Mahmoud Darwich et son amie JuiveTamar Ben Ami )

 

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Passants parmi des paroles passagères

Vous qui passez parmi les paroles passagères
Il est temps que vous partiez et que vous vous fixiez où bon vous semble
mais ne vous fixez pas parmi nous
il est temps que vous partiez
que vous mouriez où bon vous semble
mais ne mourez pas parmi nous
Nous avons à faire dans notre terre
ici, nous avons le passé
la voix inaugurale de la vie
et nous y avons le présent, le présent et l'avenir
nous y avons l'ici-bas et l'au-delà
Alors, sortez de notre terre
de notre terre ferme, de notre mer
de notre blé, de notre sel, de notre blessure
de toute chose, sortez
des souvenirs de la mémoire
Ô vous qui passez parmi les paroles passagères.

 

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 A Jérusalem

À Jérusalem, je veux dire à l’intérieur
des vieux remparts,
je marche d’un temps vers un autre
sans un souvenir
qui m’oriente. Les prophètes là-bas se partagent
l’histoire du sacré … Ils montent aux cieux
et reviennent moins abattus et moins tristes,
car l’amour
et la paix sont saints et ils viendront à la ville.
Je descends une pente, marmonnant :
Comment les conteurs ne s’accordent-ils pas
sur les paroles de la lumière dans une pierre ?
Les guerres partent-elles d’une pierre enfouie ?
Je marche dans mon sommeil.
Yeux grands ouverts dans mon songe,
je ne vois personne derrière moi. Personne devant.
Toute cette lumière m’appartient. Je marche.
Je m’allège, vole
et me transfigure.
Les mots poussent comme l’herbe
dans la bouche prophétique
d’Isaïe : "Croyez pour être sauvés."
Je marche comme si j’étais un autre que moi.
Ma plaie est une rose
blanche, évangélique. Mes mains
sont pareilles à deux colombes
sur la croix qui tournoient dans le ciel
et portent la terre.
Je ne marche pas. Je vole et me transfigure.
Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ?
Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension.
Mais je me dis :
Seul le prophète Muhammad
parlait l’arabe littéraire. "Et après ?"
Après ? Une soldate me crie soudain :
Encore toi ? Ne t’ai-je pas tué ?
Je dis : Tu m’as tué … mais, comme toi,
j'ai oublié de mourir.

"Et par le pouvoir d’un mot  Je recommence ma vie  Je suis né pour te connaître  Pour te nommer  Liberté ".  Mahmoud Darwich

"Et par le pouvoir d’un mot Je recommence ma vie Je suis né pour te connaître Pour te nommer Liberté ". Mahmoud Darwich

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