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Publié par dix vins blog

C’est surtout entre les murs du collège, dans les ateliers d’artistes et à la caserne pour les BLEUS que fleurit la brimade, dont l’origine se perd dans la nuit des temps.

La plupart de ces vexations, exercées par de mauvais plaisants, sont plutôt méprisables, absurdes et méchantes à côté de celles qui furent et restent de tradition comique à notre école de Saint-Cyr.

Pour les décrire au mieux, laissons la parole à l’un de ses capitaines :

- Il y en avait d’inoffensives, pas toujours très spirituelles, mais certaines sont utiles.il était inoffensif, en effet de prendre dans un dortoir toutes les bottes des élèves et de les mélanger au point que, le matin venu, il fallait se précipiter sur ce tas de chaussures et choisir au hasard deux bottes vous allant tant bien que mal.

Il était d’un goût douteux de venir clandestinement dans une étude prendre une vingtaine de boîtes de compas appartenant aux MELONS ( les nouveaux venus ), de les démonter entièrement, et de faire en un mot ce que l’on appelait » une omelette «. C’était idiot, car bien souvent ces pièces se perdaient à ce jeu, et l’on n’avait plus ainsi les instruments nécessaires au travail.

Il était drôle, si l’on veut, bien que peu spirituel, de forcer un élève à se placer un pain à cacheter jaune au bout du nez, tandis que son vis-à-vis s’en était collé un bleu, et d’exiger que ces deux jeunes gens se frottassent le nez jusqu’à ce que l’on eût obtenu un pain à cacheter de couleur verte.

Mais ce que j’appelle une brimade utile c’est, par exemple, celle qui forçait les conscrits, dès que le clairon sonnait le réveil, à sortir brusquement du lit et à ne leur donner que cinq minutes pour s’habiller, alors que réglementairement ils avaient droit à un quart d’heure. Cela avait pour but de les forcer à se dégourdir.

A ce propos il est plaisant de noter une formidable brimade perpétrée dans un atelier de sculpture, célèbre au siècle dernier par les farces presque diaboliques de ses élèves.

Un jeune Champenois, devenu depuis un très grand artiste, entre pour la première fois dans l’atelier, que nous préciserons seulement en disant qu’il était situé près de la gare Montparnasse. Aussitôt les gais compères qui se trouvaient là de s’ingénier à monter une originale mystification, dont le nouveau venu serait à la fois le héros et la victime.

Le maitre étant absent, il n’y avait pas à se gêner. A voix basse, une décision fut bientôt prise. Le plus ancien de l’atelier s’approche du champenois et lui déclare que pour payer sa bienvenue, le nouvel arrivant doit obligatoirement servir de modèle à ses camarades.

- Vous plaisantez ?

- Pas à tergiverser, mon cher. Illico dans le costume d’Adam, et sur l’estrade !

- Le nouveau se résigne. Il commence à se dévêtir, essaye de discuter mais en vain, et finalement monte sur l’estrade, encore couvert de sa chemise.

- Or, à ce moment, un pas pesant s’étant fait entendre derrière la porte, un des compères s’écrie :

- Nous somme perdus, le patron !

- Perdus, Pourquoi ?

- Parce que, jour damné !...parce que nous agissions dans l’égarement, mal inspirés par le diable !...si le patron apprend ce qui se passe ici, à son insu, nous serons tous renvoyés. Sauvons-nous, sauve la situation, mon vieux. Laisse-nous te cacher !

- Ou cherche où le mettre …enfin on fait semblant, car la farce continue. Pas le moindre petit placard. Alors puisqu’il n’y a pas mieux il faut user de la fontaine qui, sert à mouiller la terre glaise, un vaste cube en grès qui justement est à sec. On presse le Champenois, on le supplie, il hésite, on le soulève et le voilà dans le récipient couvercle refermé.. A peine a-t-il disparu que la porte s’ouvre, et, au lieu du patron, c’est un porteur d’eau ( l’un des joyeux drilles sorti puis re-rentré ) qui apparaît. Il retire le couvercle de la fontaine et verse gravement sur celui qui s’y trouve deux seaux d’eau. Quelle douche ! et le malheureux qui l’avait reçue sortit de là ruisselant et transi…heureusement tout cela se passait en été ! tandis que les autres chantaient un chœur de circonstance pour fêter le succès de leur aquatique brimade.

Almanach Vermot : Brimades, Ecole militaire de Saint-Cyr et autres - Ferco -24 janvier 1940
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