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Publié par Piolet Edouard

L'ombre d'un soir

L’ombre s’avance. C’est un homme, du moins elle en a la forme.la lumière recule aussi, de moins cela devrait être ainsi.

Il fait un soir à ne pas sortir un fantôme, un soir qui claque des dents, un soir qui ricane au-dedans. Les objets s’éternisent dans leur tunique d’inutilité.

Il pleut toute la solitude du monde.

Tient ! Il fait jour, à l’œilleton du volet ! C’est la lune qui pousse son réverbère, sûrement. L’ombre me bouscule un peu et mes formes s’en habillent. Quel silence tonitruant ! Un silence de chaises inoccupées et de papier-peint, un silence d’horloge arrêtée, de pieds nus et de chaînes en carton.

L’ombre s’allonge et l’homme nain devient géant, escalade les murs et se tord au plafond, puis se recroqueville au fond de lui-même, tache misère sous les pieds, sous les pieds nus qui tachent le plancher.

Et cette pluie qui n’arrête pas, pleine d’aiguilles qui frappent aux carreaux du cerveau, qui affolent les chevaux, l’écheveau du cortège des mots.

Tiens ! Un sonneur sonne bien tard, au clocher de la mémoire ! je me souviens de tous…de vous…de toi…de rien.

C’est dehors la liberté, avec ses lois, ses marchés et ses chaînes, avec ses spectres qui se démènent pour un baiser, pour un foyer, pour un poème !

L’ombre progresse. C’est un semblant de tendresse. Elle en a les yeux fermés. C’est un homme pas bien arrimé.

Il fait un soir, un soir à ne pas rêver un  espoir.

 Mais le courage ouvre la porte, bouscule la grille qui clouait le dehors. Mais le nain rentre dans sons corps et de toute sa mort…et alors…

La lune est là, au grand jour de la nuit, dans le silence du charivari !

Et l’ombre immense danse, comme moi, sur les grands pieds humains de sa démence.

Juillet 2008

Poésie : A lèvres tues - Edouard Piolet -
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