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Publié par Edouard piolet

 
les mots oiseaux

Prends ta feuille blanche, un soir. Pose-la sur un coin de table ; pas besoin d’un grand bout, juste ce qu’il faut pour deux mains !

Assieds-toi devant, comme ça, presque par inadvertance. Laisse un crayon pas loin, taillé, prêt à t’attendre…si possible, couvre la cage du serin et laisse s’enrouler le chat, dans le coin supérieur du tableau de tes quatrains.

Et puis attends, en écoutant ce qui te semblera du silence. Derrière tes volets fermés, là-bas la ville s’en balance, engoncée dans sa somnolence ou son indifférence.

Toi, il te faut ouvrir, ouvrir le soir sur toi ; et t’ouvrir à sa voix. Quelque part il doit pleuvoir sur un dernier oiseau en retard. Recueille-le sur ton perchoir. Le chat ne dira rien son œil sera fermé, je le sais bien !

Ecoute alors. Les mots viendront, que tu le veuilles ou non : une plume pour oiseau, un arc-en-ciel pour pluie, une porte ouverte pour cage, et pourquoi pas pelage, et qui sait réverbère…

 Plus loin, douceur, quelquefois nuit, l’abri d’un parapluie, la bonne mine d’un crayon, ou la blancheur du papier…

Une autre fois amour, il se peut amitié, et puis la rime avec pitié, bien souvent enfant, et puis alors grand-mère…et puis peut-être guerre !

Tu ne pourras pas les rater ! Et si tu les rates, les mots recommence, laisse venir qui viendra, arrache leur sparadrap, ils ne demandent que ça !

Et puis espère ! Pose les mots, un à un, sur ta feuille blanche, comme des hirondelles sur les fils de septembre. Aligne-les, prépare-les, encourage-les de verbes et d’adjectifs, comme des caresses sur leurs plumes, avant leur grand voyage.

 Laisse faire ta main et le crayon va dessiner. Et tous les oiseaux vont chanter, sur les fils de ta liberté ! Tu ne peux pas les rater, accueille-les !

Un soir seulement, prends ta feuille blanche et envole-toi, une fois, sur l’aile surprenante des mots, déjà presque poète, sans bruit, pour ne pas déranger le chat !

 Janvier 2008

Poésie : A lèvres tues - E. PIOLET
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