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Publié par dix vins blog

La canonisation de Jeanne d’Arc, décrétée par le pape  Benoît XV, le 16 mai 1920, est la conclusion d’une campagne, d’un mouvement d’opinion commencé au lendemain de la scène tragique du bûcher de Rouen.

Quelques années s’étaient à peine écoulées depuis le 30 mai 1431 que des protestations s’élevaient contre la sentence de Rouen. C’est un chanoine de Bruges, c’est un greffier de la Rochelle, c’est un moine écossais, c’est le prévôt de la cathédrale de Lausanne qui comparent le rôle des juges de Jeanne à celui des juges de Jésus.

Le jugement de Rouen fut bientôt disqualifié par la conduite des assesseurs universitaires de Cauchon qui firent, au concile de Bâle, œuvre de schisme et tentèrent d’opposer au pape de Rome un autre pape.

 

Ce Jean Beaupère, qui avait dirigé le 1er interrogatoire de Jeanne, devenait, en 1438, le porte-parole du concile «  schismitique «  de Bâle. De même ce Thomas de Courcelles qui avait joué comme rédacteur du procès rouannais un rôle si équivoque.

Le procès de la condamnation avait été un procès d’Eglise. Pour rendre inattaquable la révision du procès, il fallait lui opposer une contrepartie similaire.

Une personnalité se pose alors au premier plan, la plus apte à remplir cette mission. C’est le Légat du Pape, Guillaume d’Estanteville, un Français d’origine normande, cardinal et futur archevêque de Rouen.  Il s’adjoint l’Inquisiteur de France, Jean Bréhal, dominicain du couvent d’Evreux, qui fut l’âme de la procédure de réhabilitation.

Toute l’iniquité se révéla ; la vérité se fit jour et la sainteté de la victime jaillissait de tous les témoignages. Mais pour obtenir une décision supérieure, il fallait bien à cette cause le tribunal suprême de la chrétienté, le pouvoir pontifical.

En raison des événements européens, Rome ne pouvait prendre politiquement parti en faveur du roi de France contre l’Angleterre, il fut convenu que la famille de Jeanne se porterait requérante auprès du Saint-Siège.

Le pape Caliste III accueillit cette demande. Le 11 juin 1455, il institua pour l’examen du procès  une commission composée de Juvenal des Ursins, archevêque de Reims,  Guillaume Chartier, évêque de Paris,  et Richard Olivier, évêque de Coutances.

Le 7 novembre suivant, sous les voûtes de Notre Dame, une scène d’une incomparable grandeur se déroule.  Au milieu de l’émotion d’une foule  qui s’entasse dans la cathédrale, Isabelle Romée, mère de la Pucelle, toujours vêtue de noir, et ses deux fils,  Jean et Pierre d’Arc, se présentaient devant les commissaires le rescrit pontifical à la main et demandaient la révision du procès.

Dix jours plus tard, dans la grande salle de l’évêché parisien, nouvelle séance. On se donnait rendez-vous à un mois à Rouen, dans le palais de l’archevêque pour instruire le procès.

 

Des enquêtes sont faites à Paris, à Domrémy,  à Vaucouleurs, à Orléans, à Reims,  à Rouen :  des voix autorisées, des voix émouvantes et naïves se firent entendre. Toute la vertu et toute la force surnaturelle qui peuvent parer une jeune fille apparurent  triomphalement. Et l’on fixa le jour de la réparation suprême.

La grande salle de l'archevêché de Rouen la vit s’accomplir le 7 juillet 1456, vingt-cinq ans après le crime de la place du Vieux-Marché.

L’archevêque promulgua la sentence qui frappait de lacération judiciaire les douze articles d’accusation et déclarait son procès entaché  « de dol, de calomnie, d’injustice, de contradiction, de violation de droit, d’erreurs de fait «.

Une prédication solennelle de réparation fut faite à l’endroit même du bûcher.

Gabriel Latouche, lundi 16 mai 1921

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